Lettres de la grande blasket

17/02/2011
Éditions dialogues

Prix du livre insulaire 2011, mention spéciale

Résumé

La Grande Blasket : au sud-ouest de l’Irlande, un gros rocher désolé où quelques familles vivent de la pêche, de la récolte de la pomme de terre et de maigres céréales, et se chauffent à la tourbe, quand les intempéries permettent qu’elle sèche… Pendant vingt ans, de 1931 à 1951, Elisabeth O’Sullivan confie à George Chambers, un lettré anglais, des bribes de son quotidien sur l’île, évidemment banal pour la jeune femme, tout à fait singulier pour n’importe quel autre lecteur.
Véritable petit chef-d’œuvre inédit en français, les Lettres de la Grande Blasket décrivent les vingt dernières années de la vie dans l’île, dictée par les saisons, les tempêtes et les privations.
Hervé Jaouen s’est attaché à conserver toute la saveur et les intonations de l’anglais maladroit d’Eibhlís Ní Shúilleabháin, influencé par l’irlandais. À la lecture, la ponctuation surprend, les tournures de la jeune femme font sourire. Mais nous voici, sans y prendre garde, sous le charme de ses confidences, et avec elle le cœur en berne, face au déclin irrémédiable d’une île qu’il faudra se résoudre à quitter.

Elisabeth O’Sullivan est née en 1911 sur l’île de la Grande Blasket, d’où elle écrit, sans imaginer que son émouvant et précieux témoignage d’une époque à jamais révolue nous parviendrait, quarante ans après sa mort en 1971.

Extrait

2 avril 1934

J’ai une très très mauvaise nouvelle pour vous à cette heure comme quoi tous les gens de l’île pleurent notre cher facteur, John Keane (Roi), qu’il repose en paix, mort subitement mardi soir. Un tout petit bouton est apparu sur son cou, derrière, il l’a gratté, et ça lui a empoisonné le sang en deux trois jours, il faisait aussi affreusement chaud, il se levait tous les jours. Il était à Dunquin vendredi dernier pour le courrier et le bouton est sorti ce jour-là et mardi soir il était mort. Oh Mr Chambers nous n’en revenions pas ! C’était aussi un cousin germain de John. Personne ne s’attendait à sa mort aussi ç’a été un très très grand choc pour nous tous les gens de l’île. Tout le monde l’aimait, oh tout le monde. Que de colis et de lettres – de bonnes nouvelles – il nous a apportés. Que Dieu accorde le repos à son âme. Amen.
Il laisse une veuve et sept enfants, cinq filles et deux garçons, l’aîné des enfants est une fille de quinze ans, le plus une petite fille de huit mois. Comme c’est malheureux. Et il était un très bon marin, il avait un courage formidable en mer et c’était rare qu’il manque un jour de courrier. Jamais plus nous ne verrons un meilleur facteur. Comme il nous a manqués aujourd’hui et hier vendredi sans personne pour le courrier. On dit que la semaine prochaine le fils de sa sœur fera le facteur jusqu’à ce que son propre fils soit en âge de quitter l’école. Il a eu le prêtre et le docteur le soir même où il est mort. Son père – "Le Roi", nous l’appelions – est mort il y a cinq ans. Qu’est ce que sa veuve va devenir avec les petits n’est-ce pas très dur pour elle. Elle n’est pas native d’ici elle est venue pour se marier avec lui. Il avait seulement quarante-neuf ans.

Critiques

- Au bout de l'Europe, l'Eire du large.
J'ai eu pendant des années la version originale de cet ouvrage dans ma bibliothèque. Mes connaissances en anglais étant pour le moins sommaires, je n'ai jamais eu vraiment l'occasion de le lire sérieusement. Je suis donc très satisfait de la sortie de cette correspondance enfin traduite en français. Et je suis encore plus content que ce soit un spécialiste de l'Irlande comme Hervé Jaouen qui l'ait faite.
Les Blasket, qui comportent six îles, ont eu le mérite de servir de pépinière à quelques-uns des plus grands écrivains de langue gaélique. Surtout la Grande Blasket (An Blascaod Mór en gaélique) dont les vingt-deux derniers habitants furent évacués le 17 novembre 1953 sur ordre du gouvernement, qui considérait que la vie était trop dangereuse ainsi, isolée de l'Irlande.
Eibhlís Ní Shúilleabháin écrit en anglais (qui dans ces îles n'est pas la langue natale), ce qui pour l'époque devait être relativement rare. Mais son anglais est parsemé de mots gaéliques et de tournures de phrases de cette langue.
Cette correspondance avec Georges Chambers commence en 1931 et va  durer plus de vingt ans, mais Eibhlís, son époux Seán (John) Ó Criomhtháin et leur fille Niamh cesseront de résider dans l'île dès 1942.
[…]Un document très précieux qui complète fort utilement les autres écrits sur la vie sur ces îles, témoins d'une époque révolue. En postface Hervé Jaouen nous explique pourquoi et comment est née l'idée de cette traduction.
Extrait de http://eireann561.canalblog.com/ – 18/02/2011

- Ici s'exprime avec force l'intensité d'un déchirement. La première lettre est datée du 29 octobre 1931 et la dernière, écrite sur le continent, du 30 décembre 1951. Entre ces deux dates, Elisabeth O'Sullivan a vécu l'inéluctable déclin d'une communauté, ponctué d'instants proches de l'extase mystique et d'autres empreints d'angoisse, de désarroi et du dénuement le plus rigoureux. La vie intime de l'île s'y exprime sans apprêt : labeur des champs et de la grève, inquiétude quand les hommes prennent la mer, soins aux enfants et aux plus âgés, obsession de la mort, vie sociale, accueil des touristes, relations avec l'autre côté ou la Grande Terre, et, comme les années passent, la fatalité du déclin.
Elisabeth O'Sullivan, son mari et leur fille Niamh se sont résignés à quitter l'île en 1942. Le souvenir porte la marque des rigueurs endurées autant que de l'enchantement d'un monde perdu : "Quand le temps est mauvais ma jolie île ne me manque pas beaucoup mais par beau temps bien sûr je pense à ses beaux paysages que je n'ai jamais tant aimés que maintenant (…) oh comme je voudrais revoir mes parents encore une fois et tous mes amis et m'élancer à corps perdu encore une fois sur la Grève Blanche" (p. 135).
Comme tous les îliens, Elisabeth s'exprimait en gaëlique. L'anglais ne lui était pas naturel ; c'est dans cette langue pourtant que sont rédigées les lettres adressées à son ami George Chambers. Hervé Jaouen s'est attaché à respecter la tonalité d'une expression où la noblesse de pensée et de style l'emporte de beaucoup sur la maladresse. L'amour de l'Irlande et la familiarité avec le breton parlé ont soutenu ce bel exercice de traduction.
Extrait de http://jacbayle.perso.neuf.fr/ – 21/02/2011

- Ces "Lettres de la Grande Blasket" sont d’une beauté stupéfiante.
Séverine AUFFRET

- Un peu dans la veine du "Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates", ces "Lettres de la Grande Blasket" nous transportent dans le monde d’Elisabeth O’Sullivan, au sud-ouest de l’Irlande, un gros rocher battu par les vents et la mer. […] On tombe vite sous le charme et c’est à regret que l’on termine ce livre tant on aimerait que cette halte irlandaise se poursuive encore un peu…
Corinne ABJEAN – Le Télégramme – 6 mars 2011

- Ne vous y méprenez point, la Grande Blasket n’est pas le surnom donné à une jeune femme, comme on dit la Grande Sophie ou autre. Non, la Grande Blasket, c’est la plus grande des six îles qui composent l’archipel des Blasket, sur la côte ouest de l’Irlande, proche de la péninsule de Dingle dans le comté de Kerry. Quelques dizaines d’îliens habitaient sur cette butte de terre, vivant un peu de l’élevage de moutons, de quelques ovins et de la culture de la pomme de terre. Quelques touristes s’aventurent parfois et c’est ainsi qu’Elisabeth O’Sullivan fait la connaissance de George Chambers, un lettré Anglais avec lequel elle va correspondre durant vingt ans, de 1931 à 1951, jusqu’à ce que le gouvernement irlandais décrète en novembre 1953 l’évacuation des vingt-deux îliens restants, jugeant leur condition de vie trop pénible.
Lorsque débute ce récit épistolaire Elisabeth O’Sullivan, en irlandais gaélique Eibhlís Ní Shúilleabháin, n’a que vingt ans. Elle décrit la vie de la communauté, au fil des saisons, avec ses mots simples, ses approximations, avec naturel, naïveté, fraicheur, candeur, ingénuité. Elle s’amuse de tout et de rien, de même que les autres insulaires qui résident à longueur d’année. Un quotidien frustre bien loin de l’électricité, de la télévision, du modernisme. Il n’y a pas de magasins sur ce tertre posé sur la mer et l’approvisionnement s’effectue par canots jusqu’à la ville, Dingle, quelques fois jusqu’à Dunquin. Outre l’élevage et la pomme de terre, la pêche constitue également l’une des ressources alimentaires, celle au homard étant réservée à la ressource financière, mais il faut acheter le sucre et autres denrées de première nécessité. L’aide sociale, 5 schillings par semaine, ne couvre pas toutes les dépenses. Il faut compter 2 schillings pour le tabac des hommes et le reste est absorbé en thé et confitures. Vivre chichement n’est pas synonyme de morosité. Et puis l’été aidant, les visiteurs débarquent sur l’île. Les visiteurs, terme affectif et pudique pour désigner les quelques touristes qui prennent gîte chez l’habitant. En général ils ne restent guère longtemps, mais ils sont fidèles. L’hiver, les insulaires organisent des soirées, ils dansent, une occupation saine et distrayante. Et à la Saint Patrick, comme la fanfare est inexistante "nous prendrons une vieille boîte de conserve, et nous taperons dessus avec quelque chose en faisant le tour du village le soir". Autre moment qui fracture le quotidien, c’est lorsque l’un des îliens décède. Une occasion lors de la veillée funèbre pour se retrouver. "Le mort était allongé sur son lit avec son costume neuf sur lui, sauf sa casquette et ses souliers comme vous le savez vous-même et il était très agréable à regarder". "La maison était pleine de monde. Nous sommes restés là jusqu’à huit heures du matin. Nous avons passés une nuit agréable". La mort est souvent présente et les veillées ne sont pas réservées aux pleureuses. "Ç’a été une nuit distrayante pour nous. A écouter raconter des histoires et tout pour que la nuit soit plus courte". Mais les veillées funèbres ne sont pas si nombreuses et d’autres petits plaisirs ponctuent la jeunesse d’Elisabeth, comme lors de la veille de la Toussaint. Par exemple "griller des haricots dans le feu, deux à la fois et nous imaginons que ce sont un garçon et une fille. Après les avoir ôtés du feu nous les jetons dans une tasse d’eau et s’ils se rapprochent tous les deux, tralalalalère c’est bon signe pour ce que vous pensez et s’ils ne se rapprochent pas ça ne fait rien, nous nous moquerons et rirons pareil du garçon et de la fille s’ils sont dans la maison". Mais au fil des ans le mariage d’Elisabeth avec un petit cousin et la naissance d’une fille, les temps sont plus durs, la guerre sévit sur le continent et les lettres perdent leur insouciance, s’écrivent dans un registre plus grave.
Dans sa postface, Hervé Jaouen, qui professe une véritable passion pour l’Irlande, nous raconte comment il a été amené à découvrir cet ouvrage, ce qui l’a amené à le traduire, les difficultés qu’il a rencontrées pour rendre au plus juste la version française, sa découverte de l’île de Blasket, et des moments intenses et des émotions qu’il a ressenties. Un récit épistolaire émouvant que le lecteur découvre en ne pouvant s’empêcher d’effectuer un parallèle avec notre quotidien assujetti aux plaisirs de synthèse. Une leçon de vie, d’amour, de simplicité.
Paul MAUGENDRE – 21/03/2011

- "Il n’y a sur l’île aucune boutique, aucun médecin, aucune infirmière, aucune église ni auberge. Beaucoup d’enfants n’ont jamais vu ni un arbre ni quoi que ce soit qui possède des roues." Entre 1931 et 1951, Elisabeth O’Sullivan, une des rares habitantes de la petite île irlandaise de la Grande Blasket, a correspondu avec John Chambers, un lettré anglais qui était venu passer un court séjour sur ce caillou oublié de tous. Leur relation cordiale et épistolaire n’avait pas vocation à être publiée, mais Chambers lui trouva une telle force de témoignage qu’il en fit un recueil. C’est ce recueil, remodelé, reclassé et traduit que proposent les éditions Dialogues. La langue d’Elisabeth O’Sullivan, qui écrit dans un anglais qu’elle maîtrise mal, est âpre, la grammaire contournée, mais ce style dru confère à ses lettres une belle vigueur. Les îliens vivent pauvrement, passent des hivers effroyables. Les femmes, plus que tous, mènent une existence sans espoir : les grossesses s’enchaînent et le travail n’en finit jamais. Et pourtant, Elisabeth O’Sullivan garde pour sa prison à ciel ouvert une tendresse touchante, et pour ses compagnons d’infortune un attachement sincère. Elle conte à son ami anglais les superstitions locales (on croit aux fées et aux morts qui vagabondent), les chants traditionnels, la pêche aux homards, la maladie, les décès, les rares mariages. Sur la Grande Blasket, où l’on est coupé de tout, les soubresauts politiques et la Seconde Guerre mondiale se font à peine sentir. Passent au loin les frasques du roi Edouard VIII, nulle trace des tensions entre l’Irlande et la Grande-Bretagne. Petits bonheurs et grands malheurs cohabitent. "J’ai été heureuse dans le chagrin sur cette île", confie-t-elle. Dans une postface très documentée , Hervé Jaouen raconte ses visites sur l’île et les recherches menées sur les O’Sullivan.
Les éditions Dialogues ont publié là un beau livre de témoignage, qu’un code donné en fin du volume permet d’écouter sur le Net ou sur n’importe quel Smartphone. Une formule complémentaire qui convient tout à fait à la forme épistolaire, à laquelle il ne manquait qu’une voix.
Franck MANNONI – Le matricule des anges – Avril 2011

- Au large de l’Irlande, durant la première partie du XXe siècle, quelques marins-pêcheurs tentent de survivre tant bien que mal sur un îlot rocheux. Dans un style bien particulier, Elisabeth O’Sullivan offre des tranches de leur quotidien à travers des lettres adressées à un ami londonien : c’est une humanité bien à part ! Le Breton Hervé Jaouen a su traduire avec esprit ces textes imprégnés d’un humour très celtique. Pour lui, ils sont comparables du "Cheval d’orgueil" de Pierre-Jakez Hélias par leur plongée dans des traditions disparues. Sa "postface" d’une quarantaine de pages enrichit les textes de l’auteure irlandaise.
Yann POILVET – Armor – Avril 2011

- "Lettres de la Grande Blasket" aux éditions Dialogues ont été écrites de 1931 à 1951 par Eibhlis Ni Shuilleabhain (Elizabeth O’Sullivan), native de cette île située dans le Kerry, au sud-ouest de l’Irlande. Elles sont adressées à George Chambers, un anglais qui avait rencontrée la jeune fille en visitant la Grande Blasket et était devenu son ami. Les lettres sont suivies d’un texte de Hervé Jaouen, le traducteur, qui raconte sa visite de l’île désertée par ses habitants.
Seul un tiers des lettres de la jeune femme a été conservé pour des questions de format de l’ouvrage. Et je l’ai un peu regretté, il faut bien le dire, parce que l’on finit par s’attacher à Eibhlis et on aimerait en savoir plus sur elle. À travers ses écrits l’on devine son caractère, son courage, sa patience, sa résignation aux décrets de Dieu, ses peines et ses joies et aussi sa finesse, sa sensibilité à la beauté. Quand on apprend subitement qu’elle est mariée, on aurait aimé savoir comment elle avait choisi son mari, pour ne donner qu’un exemple… Bref ! entrer plus encore dans l’intimité de cette voix amie comme si ces messages nous étaient adressés en personne. J’adore ce genre de lettres  rédigées par des gens du peuple qui racontent leur vie quotidienne avec leurs mots, sans recherche esthétique, mais avec une émotion et un sincérité d’où naît la poésie. La langue de Eibhlis est un anglais maladroit, précise le traducteur, avec un vocabulaire et des tournures gaéliques. Eibhlis raconte la beauté de son île et son amour pour cette terre natale si sauvage, si éloignée de tout. Mais elle parle  aussi des privations, des souffrances de ces insulaires qui sont peu à peu obligés de quitter leur île pour s’exiler en Amérique afin de pouvoir survivre.
Classées par ordre chronologique mais choisies pour leur thématique, les lettres conservées ont pour but de nous montrer les aspects essentiels de la vie sur l’île et elles se révèlent passionnantes, peignant une civilisation maintenant disparue qui nous paraît étrange. Le travail d’abord, très dur, très pénible, quand il faut aller chercher la tourbe en haut de la montagne et la redescendre à dos d’âne, ou épandre dans les champs le goémon que les hommes arrachent à la mer, quand il faut transporter un à un, sur le dos, les moutons ou les vaches que l’on va vendre à la ville par un petit sentier escarpé et dangereux jusqu’au bas de la falaise. Elles montrent aussi les pêcheurs privés de leur seul moyen de subsistance par les tempêtes et l’arrivée de l’hiver. En effet, les conditions climatiques sont extrêmes, l’hiver dure jusqu’à fin d’Avril, les vents sont redoutables, la mer trop souvent déchaînée coupe tout lien avec la terre. Les privations, la disette sont le lot de tous. Parfois, certains n’ont plus que quelques pommes de terre pour survivre. Eibhlis raconte aussi les coutumes, les enterrements, la petite bouteille d’eau bénite que les pêcheurs accrochent à leur canot, les superstitions. Ici on a peur des morts et on croit aux fées. Nous partageons aussi les moments de joie, comme la fête de Noël, qui nous paraissent bien modestes mais qui apportent un peu de gaieté dans le cœur de tous. C’est presque un travail d’ethnologue que fait la jeune femme sans le savoir et l’on devine parfois que son correspondant l’y invite en lui posant des questions précises.
J’ai été étonnée aussi d’apprendre que la Grande Blasket fut une pépinière de talents, "une île aux trésors" dit Hervé Jaouen : le livre "L’homme des îles" écrit par le grand oncle de Eibhlis, Tomas O’ Crohan ; "Vingt ans de jeunesse" de Maurice O’ Sullivan  et "Peig" de Pieg Sayers.  Et je suis curieuse  de lire ces ouvrages maintenant après avoir fait connaissance de la jeune fille des "Lettres de la Grande Blasket". Je lui laisse d’ailleurs la parole en guise de conclusion avec ces mots si beaux, si pleins d’émotion :
8 décembre 1945
Niamh* m’a montré un livre il y a quelques jours avec dessus une photo de la vieille maison, et je pleurais presque en la regardant, cependant que le sable des souvenirs faisait s’écouler à travers ma mémoire ces images perdues de la mer si calme et les mouettes qui crient et les canots revenant de la Grande Terre et la Grève blanche, blanche de sable blanc, et comment les bandes d’entre nous y jouaient ensemble comme une seule famille, tellement éparpillée maintenant et même plus un seul enfant sur ces sables blancs abandonnés.
* Niahm : La fille d’Eibhlis
Claudialucia – 14/05/2011

- Ouvrons cette nouvelle livraison en rendant hommage aux éditions de la librairie Dialogues à Brest (editions-dialogues.fr) qui ont publié récemment l’ouvrage d’Irène Frachon dénonçant le Médiator mais dont la vocation est surtout littéraire. Hervé Jaouen s’y exerce à un nouveau genre, la traduction. Ce passionné de l’Irlande, qui a consacré de nombreux ouvrages romanesques à ce pays, traduit cette fois un beau recueil épistolaire d’Elisabeth O’Sullivan, "Lettres de la Grande Blasket", jusque-là absolument inédit en français. L’auteur, née il y a juste un siècle sur l’île de la Grande Blasket, y est morte à seulement 60 ans en 1971. Il aura encore fallu quarante ans pour que ses lettres, adressées à un Londonien rencontré un été alors qu’il visitait l’île, soient traduites par le romancier finistérien. Les missives, parfois très brèves, factuelles, soucieuses seulement de dire l’essentiel, racontent un monde âpre où l’on vit, l’on survit de très peu, de maigres récoltes, de la pêche incertaine, de la sempiternelle pomme de terre. Des vies ainsi déroulées (la correspondance dure vingt ans entre 1931 et 1951) dans leurs difficultés majeures au sein d’un monde infiniment attachant en même temps que condamné par la modernité et ainsi empli d’une dévorante mélancolie qu’avive le portrait de la mort, toujours rôdante, toujours menaçante. Une belle postface du traducteur n’hésite pas à comparer ce monde en voie de disparition à celui décrit par Pierre-Jakez Hélias dans "Le Cheval d’orgueil". On sera sensible également à la maladresse émouvante de la langue d’Elisabeth O’Sullivan que Hervé Jaouen sait rendre avec le talent simple et juste de ceux que leur tendance naturelle ne pousse jamais à se payer de mots, mais, au contraire, à rester absolument fidèles aux humbles dont ils se font les délicats et discrets porteurs de voix. Ce livre : une merveille sensible.
Alain-Gabriel MONOT - Hopala ! – n°36, mai 2011

- …Sur le plus gros caillou [la Grande Blasket] de cet inconcevable archipel vivait Elisabeth O’Sullivan (Eibhlís Ní Shúilleabháin). De 1931 à 1951, elle confia son quotidien à un lettré anglais. Ces lettres firent un livre et ce livre un trésor littéraire secret, qui vient d’être traduit par Hervé Jaouen. Un livre ? Oui, mais pas comme les autres. Sans doute parce qu’Elisabeth O’Sullivan, née le 6 mai 1911, hacheuse de tourbe comme tous ses semblables, pousse ses six moutons attachés jusqu’au boucher de Dingle, décore sa maison de lierre pour Noël, et reste la plus belle narratrice à l’ouest de l’Europe avant l’Océan.
Daniel MORVAN – ArMen – Mai/juin 2011

- Merci tout d’abord merci à la Librairie Dialogues pour cette belle découverte !
La Grande Blasket est une toute petite île au Sud de l’Irlande où quelques familles vivent recluses.
Pendant vingt ans, de 1931 à 1951, Elisabeth O’Sullivan (Eibhlís Ní Shuilleabháin) entretient une correspondance avec Georges Chambers, un Anglais. Devant la beauté de ce témoignage, Hervé Jaouen décide de la traduire.
Elle y décrit sa vie sur l’île : l’organisation pour le ravitaillement concernant la nourriture, les tempêtes, les fêtes qui ponctuent les saisons, mais aussi les décès et les mariages (peu nombreux)…
Leur façon de vivre, leurs coutumes, leurs croyances (fantômes) y sont décrites et restent assez étonnantes pour un citadin tel que Georges. Les questions de la demoiselle sur Londres nous apparaissent naïves et touchantes, mais vivant en autarcie il ne faut pas oublier que rien (ou presque) ne leur parvient de l’extérieur !
Toutes ses lettres montrent également l’extinction de sa communauté, Elisabeth ayant quitté, elle aussi, l’île avec mari et enfant.
Sa langue d’origine n’est pas l’anglais et cela se ressent tout à fait à la lecture. Sa prose est parfois maladroite mais toujours touchante et authentique.
Ce recueil de lettres me fait vaguement penser au "Cercle littéraire d’épluchures de patates", à la différence ici que rien n’est romancé, et que tout est beaucoup plus tranquille !
Les livres d’Agathe – 28 mai 2011

- Les îles Blasket, en Irlande, ont vu leurs derniers habitants évacués en 1953, en raison de conditions de vie trop rudes. Elles ont fait l'objet de nombreuses études, complétées par de précieux témoignages d'insulaires, comme celui de Tomâs Ô Crohan (L'Homme des îles, 1929). Un autre de ces témoignages nous est donné par Elisabeth O'Sullivan (Eibhlis Ní Shúilleabháin en gaélique), sous forme de lettres adressées à un ami anglais, entre 1931 et 1951.
La vie insulaire, les traditions, mais aussi les difficultés pour soigner les malades ou simplement s'approvisionner, tout est décrit avec précision et simplicité : "La Saint-Patrick est très proche. Aurez-vous des fanfares à Londres ? Ici vous savez nous prendrons une vieille boîte de conserve, et nous taperons dessus avec quelque chose en faisant le tour du village le soir." Mais, tandis que la population baisse, que l'école ferme, l'économie s'effondre en même temps que le moral des habitants.
L’auteur doit se résoudre à quitter la Grande Blasket en 1942 : "La viande et la nourriture et la farine ont augmenté et cela ajouté aux autres difficultés des îles ne laisse absolument aucun espoir [...]."
C'est à Hervé Jaouen que nous devons la traduction de ce recueil. Dans une postface copieuse, il raconte comment, tombé sous le charme de cet "anglais maladroit er cependant élégiaque", il a tenté de le restituer dans un français influencé par le breton. Le résultat est singulier et touchant, comme la correspondance d'Elisabeth O'Sullivan.
Jacques DYONIZIAK – Le Peuple breton – Juin 2011

- Hervé Jaouen a mis sa plume et son talent de traducteur au service d'Elisabeth O'Sullivan, auteur des "Lettres de la Grande Blasket". Née en 1911, celle-ci décrit, à travers une abondante correspondance, la vie quotidienne sur ce gros rocher désolé situé au sud-ouest de l'Irlande. Ces lettres sont le fruit d'une rencontre. En 1931, le londonien Georges Chambers se rend sur La Grande Blasket, afin de visiter le phare de Tiaracht rock. On lui conseille d'installer son camp de base sur La Grande Blasket. C'est là qu'il rencontre Elisabeth. Du 18 août 1931 au 30 décembre 1951, elle va lui adresser d'innombrables lettres, souvent fort émouvantes, dans lesquelles elle raconte, par le menu, son quotidien.
L'île au jour le jour
La jeune femme dresse ici un portrait de l'île à laquelle elle est si attachée. Elle parle des tâches qui lui sont confiées : "aller à la tourbe, ramasser les pommes, blanchir sa chambre". La pluie, le vent, les soirs très sombres, les belles et longues nuits, Elisabeth les aime visiblement. Elle jette aussi un regard sur ses concitoyens et en particulier sur les enfants. "Certains nu-pieds, d'autres sans beaucoup d'habits de laine... Je pense que les enfants d'ici ont une bonne constitution". Elle raconte aussi les jours de marché, la maladie, le rituel entourant la mort et nous dit comment le vent et la pluie coupant toutes communications peuvent entraver ce rituel. Plusieurs semaines avant d'accoucher, elle quitte son île et sa famille, pour plus de sécurité. Loin des siens, elle s'inquiète.
Découverte
Dans sa postface, Hervé Jaouen revient sur "les trésors littéraires des îles Blasket qui lui sont révélés en 1989, lors de la parution en français du livre de Tomas O'Crohan, L'homme des îles ". "Aux yeux d'un Breton, ce livre est comparable au Cheval d'Orgueil de Pierre-Jakez Hélias". Au cours de l'été 1990, lors d'une promenade à Cork, il achète un petit livre intitulé "Lettres de la Grande Blasket". "Cette correspondance me procura une émotion profonde". Longtemps après, il s'embarque pour l'île du bout du monde et part à la recherche de la maison d'Elisabeth.
Éliane FAUCON-DUMONT – Le Télégramme – 16 juin 2011

- C’est au cours de l’été 1990 qu’Hervé Jaouen a découvert par hasard "Les Lettres de la Grande Blasket". La Grande Blasket, pas véritablement une île perdue du Kerry, plutôt un rocher. Ici vécut Elisabeth O’Sullivan qui, de 1931 à 1951, entretint une correspondance avec un lettré anglais, Georges Chambers. Une correspondance en forme de journal. Elisabeth y conte son quotidien bien banal pour elle, étonnant, émouvant pour nous.
Nous connaissons tous Hervé Jaouen, romancier quimpérois aux allures bien irlandaises. L’Irlande est sa terre adoptive. Il aime y battre la lande, y taquiner la truite, traquer la bécasse. Lorsqu’un écrivain devient traducteur, il transcende la langue. Il fallait le flair de Jaouen, pur setter des lettres, pour pointer ce mince chef d’œuvre désormais plus inconnu.
Anthony PALOU, extrait de son discours de présentation de l'ouvrage lors de la remise du prix du livre insulaire 2011, mention spéciale, à Ouessant, le 21 août 2011.

- Wednesday March 02 2011
ONE of the best known books by a Blasket writer has just been published in French.
Letters from the Great Blasket, by Eibhlís Ní Shúilleabháin, was first published in 1978 and gives a woman's account of daily life on the island when it was still inhabited. The French edition is translated by Hervé Jaouen who has written a number of books about Ireland.
Eibhlís Ní Shúilleabháin's daughter, Niamh Ní Chriomhthain Uí Laoithe, told The Kerryman the translation of the book into French would have been beyond her mother's dreams.
"The Blasket centre got a copy of the book and Daithí de Mordha said to me that little did my mother think, when she was writing those letters to George Chambers, that some day people would be reading them in French. My mother started writing those letters to George Chambers in London in 1931. He wanted to know about life on the Blaskets and when he died his family sent me the manuscripts. He had typed out all the letters," Niamh told The Kerryman.
"I gave the manuscripts to Seán Ó Coileáin in UCC and he said it would be nice to have some of them published and they were published by Mercier in 1978. I have the original papers and they read like a diary of events on the islands," she added.

Traduction :
Un des livres les plus connus de l’un des écrivains des Blasket vient de paraître en français.
"Lettres de la Grande Blasket", d’Eibhlís Ní Shúilleabháin, a été publié pour la première fois en 1978 et décrit, du point de vue d’une femme, la vie quotidienne sur l’île quand elle était encore habitée. La traduction en français est d’Hervé Jaouen qui a écrit de nombreux livres sur l’Irlande.
La fille d’Eibhlís Ní Shúilleabháin, Niamh Ní Chriomhthain Uí Laoithe, nous a dit que sa mère n’aurait jamais pu imaginer que le livre fût un jour traduit en français.
"Le musée des Blasket a reçu un exemplaire du livre et Daithi de Mordha [son directeur] m’a dit que ma mère était sûrement loin de penser, en écrivant ces lettres à George Chambers, qu’un jour des gens les liraient en français. Ma mère a commencé à écrire ces lettres à George Chambers, à Londres, en 1931. Il voulait tout connaître de la vie sur les Blasket et quand il est mort sa famille m’a envoyé les manuscrits. Il avait tapé toutes les lettres à la machine", nous a précisé Niamh.
"J’ai les ai données à Seán Ó Coileáin de l’UCC [University College Cork] et il a dit que ce serait bien d’en faire publier une partie et elles ont été publiées par Mercier en 1978. J’ai les documents originaux et ils se lisent comme un journal de la vie sur les îles", a-t-elle ajouté.
The Kerryman - 2 mars 2011

... Car la vie est de plus en plus rude, les années passant : la pêche au homard périclite, le prix de toutes les denrées augmente, la vie durant l'hiver est de plus en plus cruelle. Au début du printemps, on est "à court de tout" et le repas se résume à quelques pommes de terre "sans cuisine", entendez par là la viande ou le poisson qui devrait les accompagner.[...]Lecture sinistre, allez-vous penser ! Eh bien non ! Lecture pleine de charme au contraire, de joie de vivre, d'amour pour sa famille et sa terre. [...] Un très beau livre donc !
ANNIE, 16/10/2013, uneviealire.blogspot.fr




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CARNETS IRLANDAIS
Editions OUEST-FRANCE
24/04/2015



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