Histoire d'ombres

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1986 - Denoël - Sueurs froides
1991 - Libraire générale française - Livre de poche 6942
1995 - in Toutes les couleurs du noir - Denoël - Sueurs froides
2004 - Les Éditions de la Chapelle - 11

Résumé

- Edition 1986
La rivière Doubs n'est pas innocente. Nina non plus, aussi fine mouche que les leurres des amateurs d'ombre chevalier.
Dans le monde clos des pêcheurs au lancer, Hervé Jaouen dynamite l'image de l'éternel trio : le mari, la femme et l'amant.

- Edition 1991
Une auberge, au bord du Doubs. Le lieu idéal pour se détendre en découvrant les secrets de la pêche au lancer. C'est la raison qui a amené là le héros de ce livre, en quête de solitude réparatrice.
Mais il y a les autres clients, et notamment un couple étrange : lui riche, assez âgé, excellent compagnon de pêche. Elle jeune, belle, provocante... et rêvant de tuer son mari.
Si bien que l'aventure érotique facile se révèle bientôt être un piège redoutable.

- Edition 2004
Une auberge, au bord du Doubs. Le lieu idéal pour se détendre et pêcher à la mouche la truite sauvage et l'ombre commun. C'est la raison qui amène là un personnage en quête de solitude réparatrice. Mais il y a les autres clients, et notamment un couple étrange. Lui : riche, assez âgé, excellent compagnon de pêche. Elle : jeune, belle, provocante... et rêvant de tuer son mari. Pour le pêcheur d'ombres, aventure facile ou piège redoutable ?
Dès les premiers mots, Jaouen nous ferre. On referme le livre pantelant... Un conte façon Maupassant : sensuel, concis et dense à la fois. Un polar aussi, façon James Hadley Chase : hoquetant, crispant, implacable. Un excellent récit, enfin, au style visuel, au ton mordant, aux scènes torrides.
(Michel Bellaton, Le Dauphiné Libéré)
Un très grand Jaouen qui confirme qu'il est un des meilleurs auteurs de polars du moment.
(Warrens Magazine, Belgique)
Un véritable chef-d'œuvre, l'un des maîtres livres de la littérature policière moderne. Utilisant de façon extrêmement originale le thème du triangle amoureux à la Cain ou à la Chase, il le subvertit complètement tout en lui conservant sa noirceur et son caractère de fatalité implacable.
(Jacques Baudou, Mystères 88)

Extrait

De cinq à sept, j'ai pêché. Je suis parti en voiture et j'ai choisi un coin différent des environs de l'hôtel. A travers un bois de résineux, j'ai dévalé une pente. Là, le Doubs était plus torrentueux que majestueux. Cependant, il y avait dans les virages de superbes lisses. Et, pas loin, j'ai repéré une gravière en partie couverte d'herbiers.
En traversant un courant j'ai manqué dévisser. Ce terme d'alpinisme me semble plus approprié pour exprimer cette sensation plutôt désagréable d'être soulevé par le courant et de ne pouvoir s'accrocher à quoi que ce soit, dans l'eau jusqu'aux aisselles. Mes bottes chassaient. Heureusement, lorsque j'ai commencé à déraper, le fond remontait. J'ai repris pied.
Je n'ai ramené qu'une truite, mais quelle truite !
Je me trouvais dans un bras, en aval d'un îlot qui divisait le Doubs en deux, et un fort et large courant me séparait d'un lisse. Je visais le calme sans l'atteindre. Ma soie était emportée et ma mouche draguait.
Je venais de lancer une dernière fois et, découragé, j'observais mon sedge qui était emporté vers l'aval. Tout à coup, j'ai vu une truite jaillir du lisse, foncer à la surface et me dépasser. J'ai pensé que ma soie l'avait effrayée et qu'elle prenait la fuite. Quel n'a pas été mon étonnement de voir la zébrée rattraper mon sedge, à vingt bon mètres de là, et l'engamer sauvagement.
Ceux qui ont déjà travaillé un poisson d'une livre dans un courant, sur quatorze centimètres, devineront les difficultés que j'ai eues à épuiser ma truite - épuiser dans le sens de fatiguer et non pas le néologisme qui signifie "mettre dans l'épuisette".
Naïf, et conscient de ma naïveté, j'ai trouvé cette truite plus belle que les autres. Elle avait eu de l'esprit et de la volonté.
Elle avait poursuivi ma mouche. Je n'avais jamais vu cela.
Je l'ai comparée à Nina.

Critiques

- Histoire d'ombres de Hervé Jaouen : tableau de pêche...
Quimper - C'est une sombre histoire que conte Hervé Jaouen, dans son dernier roman. On y pêche l'ombre à la mouche dans le Doubs. L'ombre au masculin. Ce fameux poisson de rivière est l'emblème d'un récit sans label policier, mais où plane la noirceur tragique du polar, cher à l'auteur quimpérois.
Tout commence comme un bon vieux Agatha Christie. Une auberge de pêcheur à la frontière suisse. Le héros, en crise conjugale, y débarque seul un soir. Quelques spécimens humains, de l'énarque stupide à l'adolescent boutonneux, jouent des mandibules dans la salle du restaurant "ringard". Notre homme s'attable pour se refaire une santé morale en pêchant, tranquille et bucolique durant deux semaines.
Mais c'est lui qui va se faire "harponner". Piégé et séduit par une pécheresse, une "garce" prédatrice, par qui tout le mal arrive. "J'ai reconstitué le trio infernal du mari, de la femme et de l'amant, explique Hervé Jaouen. Mais j'ai dynamité l'image de ce trio éternel pour le faire sortir des stéréotypes. Le mari est riche et vieux mais il est intelligent, la femme est garce mais elle est fragile, enfin l'amant est tout sauf consentant."
A partir de cette situation, et au gré des scènes de pêche au lancer, qui raviront les spécialistes en cette période d'ouverture de la truite, le drame va se jouer. Un enchaînement fatal fait que les cadavres s'accumulent. Mais pas de meurtre. Pas de sang. La mort est ici suicidaire et aquatique. Presque douce. Douce et coulante comme l'écriture de Jaouen. Aussi transparente et pure que l'eau cristalline du Doubs.
Avec cette histoire rapide, Hervé Jaouen parvient à une remarquable maîtrise du style. Aucune fioriture, une implacable nécessité emporte le récit, sorte d'hommage aux grands Américains tels que James Mac Cain. De l'action, des faits, un destin. La mort. C'est tout !
Pour ce huitième roman, l'écrivain quimpérois confirme une évolution amorcée avec Le Crime du syndicat, son précédent livre paru chez Denoël, l'an dernier. La recherche d'un au-delà du polar par la mise en œuvre d'une démarche littéraire plus rigoureuse et fouillée.
G. GUITTON - Ouest-France - 28/02/1986

- Dans ce livre Hervé Jaouen renouvelle un schéma classique du roman noir en l'incrustant dans un milieu inédit : celui de la pêche à la mouche, qu'il connaît fort bien, puisque c'est une de ses passions. Les premiers fils de l'intrigue sont simples : Ralph Bakchine, un personnage en quête de solitude et de tranquillité, s'en va pêcher au bord du Doubs, à deux pas de la frontière suisse. Là il rencontre un drôle de couple : richissime mari âgé et très jeune épouse pressée d'hériter. Dans un roman de James Hadley Chase ou de James Cain, Bakchine tomberait aussitôt dans les bras de la belle et accepterait illico d'occire le vieux mari. Ici, Jaouen renverse le schéma. C'est parce qu'il devient l'ami du mari et refuse les avances de la fille que le héros tombe dans un piège machiavélique qui, comme dans tout bon roman noir, mènera à une fin tragique. Sous le même titre, Histoire d'ombres a été adapté à la télévision (A2) par Denys Granier-Deferre, sur un scénario de Michel Grisolia, avec pour interprètes principaux Claude Rich, Pierre-Loup Rajot, Ludmilia Mikaël et Aurèle Doazan.

- La relation littéraire d'Hervé Jaouen avec la région est beaucoup plus sereine. Il faut dire, comme il l'explique lui-même, que son roman, Histoire d'ombres, aurait parfaitement pu ne jamais voir le jour s'il n'avait, un après-midi de juillet, remonté la rivière du Doubs pour taquiner la truite. Car, si lui recherchait l'ombre sur l'eau, ce n'était pas le cas d'une jeune femme, qui, dans les hautes herbes de la berge, profitait nue du soleil. Cela aurait pu en rester là, si Jaouen, une fois rentré chez lui, en Bretagne, ne s'était pas demandé ce qu'il serait advenu, si un autre que lui avait croisé cette créature "au triangle roux".
Ainsi est né le personnage de Nina ; né de la passion de l'auteur pour la pêche à la mouche et de sa curiosité à vouloir exploiter une situation romanesque offerte par la vie.
Pas d'intrigue donc, au départ, mais une envie de développer cet archétype du roman noir américain donné par cette belle inconnue, à savoir celui de la garce absolue, de la rousse diabolique, totalement autodidacte et perverse, n'ayant pas eu besoin de lire Machiavel pour en connaître l'œuvre.
Peut-on pour autant parler d'un roman de facture classique ? Non. Car, en fin connaisseur du genre et en auteur véritable, Jaouen ne pouvait se contenter de répéter les partitions si parfaites composées par Mc Bain, Ballinger ou Salvatore Lambino. Aussi, prend-il appui sur des standards pour mieux les détourner. Le narrateur, Ralph Bakchine, brave homme fuyant femme et soucis parisiens, se retrouve dans une pension de famille des bords du Doubs pour taquiner la ligne et évacuer son stress par ce retour lénifiant aux plaisirs du terroir. Il y fait la connaissance d'un sexagénaire fortuné, sympathique, fataliste et sans illusion, accompagné pour son malheur, d'une jeune garce de vingt ans.
Le décor est campé. Le trio en place. La rivière dangereuse et la proposition rapidement faite. C'est là qu'intervient la torsion. Car si le mari trouve bien la mort et si le narrateur couche effectivement avec la belle, il n'y aura pas de meurtre. Ralph a beau se poser des questions sur ses choix de vie, il est suffisamment lucide pour ne pas croire aux promesses de Nina. Suffisamment faible pour ne pas l'avoir tenue assez à distance et laisser les apparences, comme souvent trompeuses, faire de lui un coupable idéal. Un coupable tout désigné par "la garce" qui ne pourra jamais lui pardonner de l'avoir refusée, elle, sa jeunesse, sa fortune et sa vanité. On n'échappe pas à son destin. Le ressort de la tragédie antique, propre à tout bon roman noir, est dans les lignes de cette Histoire d'ombres qui aura pris pour décor une vallée du Haut-Doubs pour un texte touchant à l'universel des relations humaines.
Verrières n° 7 - Février 2002

- Le dernier roman de Jaouen, Histoire d'ombres, parfaitement maîtrisé, rassemble, sous son oeil impitoyable, le mari, la femme et l'amant. Et Jaouen, nous dit son éditeur avec juste raison, dynamite l'image de l'éternel trio.
Maurice PERISSET

- ... Autre Breton égaré dans l'Est, Hervé Jaouen, à croire qu'ils se refilent les bonnes adresses. Ici, dans Histoire d'ombres, une petite auberge pour accro de l'hameçon, en l'occurrence un homme marié venu, en solitaire, réfléchir à son couple qui bat de l'aile. Survient une pêcheresse, flanquée d'un riche mari, qui séduit, comme il se doit, le pêcheur qui, heureusement, l'histoire se passe dans le Doubs, ne s'abstient pas ! Sinon, nous eussions été privés d'un petit chef-d'œuvre qui renouvelle le thème éculé du triangle. Cela ne fait pas l'ombre d'un doubs...
Jean-Pierre DELOUX - Province homicide - Polar n° 8 - Décembre 1992

- La Bretagne apparaît encore dans la création d'Hervé Jaouen lorsqu'il évoque un crime dans les milieux des pêcheurs amateurs en rivière franc comtois (Histoire d'ombres, Sueurs froides, Denoël, 1985) sous forme de réminiscence ou de retour en arrière !
Jean-Yves RUAUX - Écrire en Bretagne - Roman policier en Armorique

- Histoire d'ombres, paru en 1986, est un véritable chef-d'œuvre, l'un des maîtres livres de la littérature policière française moderne. Utilisant de façon extrêmement originale le thème du triangle amoureux à la Cain ou à la Chase, il le subvertit complètement tout en lui conservant sa noirceur et son caractère de fatalité implacable.
Mystère 88 - Livre de Poche 6502

- Ce pourrait être : le pêcheur se ferre toujours deux fois. Une histoire bâtie sur le canevas du fameux roman de James Cain ; ce n'est pas la seule ni la dernière. La relation des parties de pêche par sa froide précision suggère le drame. On y mord.
L'Humanité-Dimanche - 13/06/1986

- Depuis "Le Crime du syndicat" Hervé Jaouen (hormis un "Journal d'Irlande" qui n'avait rien d'un roman noir) ne nous avait rien offert. La pause était si longue qu'on se demandait si l'écrivain le plus doué de la nouvelle génération ne se consacrait plus qu'à l'élaboration de portefeuilles d'actions (il est banquier).
Nous étions quasiment en manque. Mais voici que Jaouen nous apporte un roman tout à fait remarquable où on retrouve avec bonheur son style mis au service d'une histoire qu'on n'est pas prêt d'oublier.
Celle de Ralph Bakchine venu chercher au bord du Doubs, rivières franc-comtoise, le calme et le repos... du pêcheur et qui y trouvera le drame, l'amour et la mort. Trois femmes et une rivière tels sont les "personnages" principaux de cette tragédie qui commence pourtant benoîtement et permet à Jaouen de nous livrer un étonnant cours de pêche au lancer, des pages bucoliques et splendides sur le choix d'une mouche, l'art et la manière de faire le "coup du soir" à l'heure où la truite ou l'ombre viennent moucher en surface.
La rivière inspire donc à Hervé Jaouen de très belles pages emplies d'une évidente sensualité, pour lui la rivière se fait femme, calme en surface puis soudain capricieuse et fantasque.
La rivière, les femmes ! pour Ralph venu chercher la paix en ces lieux bénis la quiétude initiale tourne vite au tragique à cause de Nina, provocante, sensuelle qui l'attire comme le leurre attire le poisson. Et Ralph est pris comme au filet. S'il succombe aux charmes pervers de la belle rousse, il recule devant le crime qu'elle lui réclame. Et si finalement le mari riche, mais gênant, meurt noyé au cours d'une partie de pêche Ralph n'y est pour rien. C'est vrai bien sûr, mais qui va le croire ? D'autant que la veuve si séduisante laisse supposer les choses et se livre sur Bakchine à un étonnant chantage.
Et tout finira par un énorme gâchis.
Depuis "La Mariée rouge", son premier roman plein de bruit et de violences, Hervé Jaouen a affiné son écriture et gommé ses outrances. Son encre aujourd'hui charrie des glaçons. Plus froid en apparence l'écrivain sait maintenant mener une action à son paroxysme avec la virtuosité d'un maître et sous la surface tranquille d'un récit anodin faire soudain jaillir l'étincelle qui provoque le désastre.
Comme la truite qui se débat au bout de la ligne le héros de Jaouen cherchera à retarder l'échéance. En vain !
Michel RENAUD - Le Dauphiné Libéré - 15/03/1986

- Lomont, dans le Doubs, à la frontière franco-suisse, est un petit village bien tranquille. C'est également le paradis du pêcheur à la ligne. Comme l'atteste la fameuse Auberge de la Truite où l'on vient de tous les coins de France se refaire une santé, en taquinant le goujon.
Ralph Bakchine est un assureur mal dans sa peau. Il vient d'essuyer pas mal de problèmes d'ordre financier, sa femme Édith prend ses distances, sa vie professionnelle ne le motive plus, bref, il a besoin de prendre du recul. Quinze jours tranquilles de pêche dans le Doubs lui remettront les idées en place.
A l'Auberge de la Truite, Ralph fait la connaissance d'Alexandre Bloch, un riche industriel vieillissant et désabusé, voire cynique, qui sympathise avec lui et l'initie aux secrets de l'art de la mouche ou de la cuillère. Pour Ralph, Alexandre représente finalement un peu tout ce qu'il n'est pas, l'aisance, la décontraction, le train de vie élevé, et surtout Nina. Nina, la compagne du vieil industriel, jeune beauté légèrement nymphomane, un rien provocante et de la race de celles par qui le scandale arrive. Nina, qu'évidemment la pêche indiffère, tombe amoureuse de notre assureur qui, en d'autres circonstances, aurait peut-être été enchanté, mais qui pour l'heure, est bien ennuyé. Ce n'est pas en trouvant une maîtresse qu'il va se réconcilier avec Édith et améliorer une vie professionnelle. Il refuse donc de céder aux avances de Nina. Mais ne dit-on pas qu'il est dangereux de rejeter une femme amoureuse qui s'offre, car elle ne vous le pardonnera pas ?
Une fois de plus, Hervé Jaouen nous donne la preuve de son talent diabolique. Faisant véritablement éclater la structure classique du trio mari - femme - amant, il nous plonge dans une histoire passionnante, parfaitement maîtrisée, à la construction sans faille. Un engrenage superbe sur fond de pêche à la ligne, que n'aurait pas renié un Hitchcock. Un roman subtil qui vous fera en même temps découvrir les secrets d'un sport que ne connaissent pas forcément les amateurs de polar. Un cadre inhabituel pour une intrigue policière qui est sans conteste l'un des meilleurs romans de la collection Sueurs Froides de ces derniers mois. Un très grand Jaouen qui confirme qu'il est un des meilleurs auteurs de polars du moment.
Michel ROSSILLON - Warens Magazine

- Une noyade accidentelle, trois meurtres, deux suicides, en tout six cadavres, sans compter ceux des poissons. Hervé Jaouen nous en a fait bonne mesure dans son dernier polar : "Histoire d'ombres" paru chez Denoël. C'est la loi du genre, comme ce fut celle des tragédies antiques.
J'ai beaucoup la manière dont l'auteur nous avait fait naguère le récit de ses séjours irlandais. C'est là que se fortifia sa passion de la pêche au lancer. Les ombres-chevaliers dont il nous parle aujourd'hui avec tant de sympathie, de compétence et d'appétence sont de ces rois d'eau douce que l'on capture encore dans le Doubs, mais son héros aura moins de fil à retordre avec eux qu'avec Nina, belle à damner un saint et que l'on dirait vomie par l'enfer.
Je ne vous en dirai pas davantage. Sachez qu'une fois embarqués dans cette lecture, vous irez d'une traite jusqu'au bout, tant l'histoire est prenante et contée de main de maître, en une série de flashes déjà prêts pour l'écran.
Pierre AVEZ - Le Télégramme - 31/02/1986

- Dans le Doubs poissonneux et glacé une ombre est tout à l'heure passée...
Vous avez dit ombre ? Oui, de trente à trente-cinq qui a donné du fil à retordre. Mais derrière l'ombre, il y avait une ombre : celle de Nina ; Hervé Jaouen en a fait un agréable roman noir.
"J'ai ouvert la fenêtre. Le soleil se trouvait déjà bien au-dessus de la ligne de crête, en face, de l'autre côté du Doubs, en Suisse. J'ai touché aux tuiles du toit : elles étaient tièdes. En bas, au-delà de la terrasse, la rivière gazouillait et l'odeur des herbiers montait jusqu'au chalet. Ce parfum m'a rappelé les pêches de mon enfance et les effluves du mucus des truites qui colle aux mains".
Hervé Jaouen a placé l'action de son huitième roman à "Lomont", dans le Doubs, et, au-delà de la frontière, dans un village qu'il a appelé "Pierre Ligier". Directeur de la BNP à Quimper, cet auteur "noir" est un grand amateur de pêche à la mouche : ":Le sujet de "Histoires d'ombres", dit-il, m'est venu d'un séjour que j'ai fait en Franche-Comté, il y a quatre ou cinq ans. Le Doubs est une rivière extraordinaire : l'eau est cristalline et il y a de la profondeur. C'est un coin formidable pour pêcher la truite et l'ombre. Malheureusement, c'est loin de la Bretagne et je vais plus fréquemment en Irlande : en un peu plus d'une nuit de car-ferry, je suis sur place".
A l'Auberge de la Truite
Les ombres du roman ne sont pas seulement les poissons, "entre trente et trente-cinq", qui "tirent comme un cheval" sur la ligne : ce sont, aussi, les ombres de trois personnages qui, dans cette partie de fines mouches, emmêlent leurs fils jusqu'à plonger dans cette autre forme d'ombre, définitive, qu'est la mort.
Tout, ou presque, se passe autour de "l'Auberge de la Truite" à Lomont. Directeur d'un cabinet d'assurances, Ralph Bakchine, marié, deux jumelles, est venu seul oublier sur les bords du Doubs ses ennuis d'argent et la déprime qui le mine. À "La Truite", les pensionnaires venus en famille sont tous des as de la mouche : "Un dernier conseil : quand les gobages sont bruyants, montez un sedge. Quand ils sont silencieux : un cul de canard ou une petite grise à corps jaune". Parmi eux il y a Block, riche industriel et très fine gaule, qu'accompagne sa femme Nina, son "hochet", sa "deuxième Jaguar, en chair et en os".
Nina, aussi, pêche. Pas les truites ou les ombres. Les hommes : "Méfiez-vous d'elle, Ralph, elle vous a déjà fait du gringue... Non pas que je sois jaloux mais c'est une cavale trop sauvage, un type comme vous ne peut pas dompter ce genre de fille". La nymphe réussit à ferrer le poisson Ralph, "en pleine cambrousse, sur un coin d'herbe, au bord d'une rivière, dans un air rempli de bourdonnements d'insectes et d'effluves de menthe et d'herbe écrasée, un corps nu devient magique". La "cavale sauvage" détruira tout autour d'elle.
Dans le vert tendre de l'herbe
Ce roman, qui inaugure la nouvelle formule de la collection "Sueurs froides" de Denoël, est habilement conçu. Il s'ouvre sur un premier épilogue que complète un deuxième à la fin du récit. Trois thèmes se superposent astucieusement : le désarroi d'un homme qui doute, l'ambition possessive d'une femme, le monde clos des pêcheurs au lancer : "La pêche a été beaucoup utilisée dans le roman à énigme anglais. J'y ai pensé, moi, pendant mon séjour dans le Doubs, à cause du décor et parce que j'ai vraiment découvert une femme nue dans le vert tendre de l'herbe".
Hervé Jaouen, qui rêvait d'être professeur de lettres et qui s'est retrouvé à la section économie des Arts et Métiers, écrit beaucoup. Déjà il a remis à Denoël le manuscrit de "Les Chiens du Sud" qui évoque la Géorgie et l'Alabama. En mai paraîtra chez Mazarine un roman dont le titre n'est pas arrêté : "C'est l'histoire d'une femme qui a eu une enfance merveilleuse et qui est complètement détruite par un homme. Ça se passe à la fois à Saint-Pierre-et-Miquelon, d'où ma femme est originaire, et en Bretagne. C'est un livre à double balancier".
Est-ce ce qu'on appelle un "cataroman" ? En tout cas, Hervé Jaouen a le vent en poupe.
M. C. - L'Est Républicain - 27/02/1986

- Il y a des gens qui ont plus ou moins de chance. Ceux qui vont entamer la lecture du dernier roman d'Hervé Jaouen, "Histoire d'ombres", en ont vraiment beaucoup, et l'on se surprend, à peine le livre reposé sur la table de nuit où il n'a pas traîné longtemps, à envier tous les petits veinards qui vont passer d'excellents moments au bord du Doubs, en compagnie de Ralph et de la sulfureuse Nina.
On regrette, aussi, d'avoir cédé à la gourmandise en dévorant avec avidité les 164 pages d'un livre qui confirme tout le bien qu'on pensait déjà de l'auteur, du reste primé en 1982 du "Prix du suspense français" pour son délicieux "Quai de la Fosse" (Éd. Fleuve Noir).
La gourmandise, un péché capital : on se méfiera davantage la prochaine fois d'Hervé Jaouen, qui doit déjà nous préparer un nouveau tour à sa façon. Parlant de péchés capitaux, Nina les cumule, elle. Belle, elle l'est, c'est sûr. De cette beauté secrète des plantes vénéneuses. Riche, elle le deviendra. Sans doute, si son mari meurt rapidement en lui léguant sa fortune. Un accident est si vite arrivé. Et elle aime beaucoup, passionnément, à la folie, les plaisirs de l'alcôve, surtout si c'est elle qui choisit son partenaire, l'emprisonne dans sa toile, le rend fou en se livrant pour lui à une danse macabre.
Nina ferait sûrement une jolie veuve. Le noir sied bien aux mantes religieuses...
F. BOITELLE - Paris-Normandie - 18/04/1986

- Cela faisait déjà quelques années que je n’avais pas ouvert un roman d’Hervé Jaouen.
Non pas que je n’aime pas, bien au contraire. J’avais adoré "Quai de la Fosse" et j’avais été saisi par la qualité et le suspense de "Hôpital souterrain" (Grand prix de la littérature policière 1990).
Je pense que, en Bretagne, nous sommes nombreux à pouvoir le remercier, lui et Jean-François Coatmeur, de nous avoir ouvert la voie. Et bienheureux sommes-nous si nous ne leur arrivons qu’à la cheville ; ce serait déjà une belle perf’…
Mais revenons à "Histoire d’ombres". Initialement édité chez Denoël en 1986, réédité aux éditons de la Chapelle en 2004, ce petit bijou de 156 pages se dévore littéralement d’une traite.
Première surprise : il commence par un… premier épilogue, complété par un deuxième à la fin du récit.
Seconde surprise, alors que l’on semble se diriger vers un clin d’œil aux intrigues chères à James Hadley Chase, au classique trio vieux mari/jeune épouse/amant, Jaouen renverse totalement le schéma.
Le mari est riche et vieux, certes, mais il tout sauf aveugle, la femme, sous des dehors d’allumeuse, cache une vraie fragilité et l’amant n’est pas forcément décidé à tomber dans les bras de la belle.
Ajoutez-y un décor bucolique à souhait, non non ni la Bretagne, ni l’Irlande, mais plutôt la vallée du Doubs, entre Suisse et France, une plongée très intéressante dans l’univers de la pêche au lancer, (en fermant les yeux on aurait presque pu se croire dans une scène de "Et au milieu coule une rivière"), un sens du suspense toujours aussi rigoureux et une fin, tragique à souhait, et vous aurez tous les ingrédients pour passer un moment des plus agréables… au bord de l’eau ou ailleurs !
Bruno SÉGALOTTI – 16/06/2010




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