La cocaïne des tourbières

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2000 - Éditions Ouest-France - Latitude Ouest
2002 - Éditions Ouest-France - Coffret poche
Site : www.edilarge.com

Résumé

- Edition 2000
Au pub, à l'heure du thé, un après-midi de printemps.
Si j'étais sculpteur et devais réaliser l'effigie de la jouissance d'être, je prendrais ce vieil homme pour modèle.
On ne s'étonnera pas qu'il soit vêtu d'un costume noir râpé et d'une chemise blanche. Son chapeau est posé sur la table et sa canne repose contre une chaise. Ses longs cheveux blancs coiffés en arrière rebiquent sur la nuque et les oreilles, ce qui dénote un détachement certain à l'égard des conventions.
Notre modèle est assis dans l'angle de la banquette sous la fenêtre, à gauche en entrant. Les reins calés, le visage baigné d'un rayon de soleil - soleil d'avril, à peine tiède -, il est à demi allongé, chevilles croisées, la main gauche sur l'estomac, l'autre tenant tour à tour une cigarette et un verre de whiskey sec, qu'il a l'intention de faire durer l'une comme l'autre. Il tire de petites bouffées, trempe ses lèvres dans le whiskey, ferme les yeux et soupire d'aise.
Je voudrais être ce vieux, quand je serai vieux.
A propos de Journal d'Irlande:
"Approche parfaite du meilleur de ce pays" (Michel Déon)
"Véritable déclaration d'amour, ce livre donne à voir, tout au long de ses voyages dans l'île-refuge, les paysages intimes de l'homme" (Marie-Claire)
A propos de Chroniques Irlandaises:
"L'Irlande a inspiré à Jaouen ses meilleurs livres et celui-ci mérite de trouver sa place auprès du Journal Irlandais d'Heinrich Böll" (Libération)
"Et tout cela avec un ton allègre, le charme d'une écriture toujours belle, qu'elle émeuve, raille, se fasse grave, tendre ou mordante. Et en prime à cette talentueuse littérature, quelle bouffée de grand air!" (Le Monde).

- Edition 2002
Réunis, Journal d'Irlande, Chroniques irlandaises et La Cocaïne des tourbières forment une trilogie unique en son genre. On y trouve le meilleur de multiples séjours d'Hervé Jaouen en Irlande au cours de ces vingt-cinq dernières années. Il nous emmène au milieu des paysages, dans les pubs, au bord des rivières, dans les farmhouses, sur les lacs, à la rencontre d'une Irlande rêvée par ceux qui n'y sont jamais allés et retrouvée par ceux qui ne pensent qu'à y retourner. La Cocaïne des tourbières clôt cette trilogie, et "le seul risque que prend le lecteur, c'est de ressentir soi-même l'ivresse de partager le plaisir subtil de la conversation d'apparence banale, l'émotion ressentie devant un paysage, l'anecdote qui révèle le tempérament rêveur de l'Irlandais et ses touchantes contradictions". (Daniel Morvan, Ar Men.)

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Lors de la conférence de clôture du colloque Seuils et Traverses - Enjeux de l'écriture du voyage (Centre de Recherche Bretonne et Celtique - Université de Bretagne Occidentale - Brest 6-8 juillet 2000), Hervé Jaouen a évoqué les titres de sa "trilogie".
Le texte de cette conférence - intitulé Ecrire pour voir, écrire pour revoir - a été publié dans un recueil de contributions, sous le titre du colloque (2002).

Extrait

Au pub, à l'heure du thé, un après-midi de printemps.
Si j'étais sculpteur et devais réaliser l'effigie de la jouissance d'être, je prendrais ce vieil homme pour modèle.
On ne s'étonnera pas qu'il soit vêtu d'un costume noir râpé et d'une chemise blanche. Son chapeau est posé sur la table et sa canne repose contre une chaise. Ses longs cheveux blancs coiffés en arrière rebiquent sur la nuque et les oreilles, ce qui dénote un détachement certain à l'égard des conventions - ma chère maman estimerait qu'il n'est pas "propre sur lui", qui oblige mon cher papa à se faire tailler sa couronne par ma fille aînée dès que trois cheveux dépassent du pavillon.
Notre modèle est assis dans l'angle de la banquette sous la fenêtre, à gauche en entrant. Les reins calés, le visage baigné d'un rayon de soleil - soleil d'avril, à peine tiède - il est à demi allongé, chevilles croisées, la main gauche sur l'estomac, l'autre tenant tour à tour une cigarette et un verre de whiskey sec, qu'il a l'intention de faire durer l'une comme l'autre. Il tire de petites bouffées, trempe ses lèvres dans le whiskey, ferme les yeux et soupire d'aise.
Je voudrais être ce vieux, quand je serai vieux.
Entre un couple, un homme et une femme, aussi âgés que lui. Ils se saluent. La vieille dame échange quelques mots avec le vieil homme, qui n'esquisse pas un geste pour se lever. Rien ne pourrait interrompre ses instants de jouissance. Ils s'appellent par leurs prénoms. Annie me chuchote : "Ils ont été à l'école primaire ensemble." Pourquoi pas ? Eté amoureux l'un de l'autre, dans le temps, et mené leur vie dans des directions opposées ? Le couple est vêtu chic, en habit du dimanche au milieu de la semaine. Robe à fleurs, cardigan et manteau droit ; veste en tweed, chemise sport, pantalon gris et cravate. La vieille dame prend un Bailey's et son mari un Perrier. Parce que sa femme l'a mis au régime, suite à la prescription de la Faculté ? Sa trogne rubiconde et sa brioche démontrent qu'il n'a pas bu que de l'eau gazeuse, dans le passé. La vieille dame a-t-elle été amoureuse du vieil homme, au temps du collège ? Regrette-t-elle de ne l'avoir pas épousé ? Le supposé copain d'enfance est resté bel homme, tandis que le mari n'aspire plus qu'à vivre en pyjama froissé. Ne prenons pas tout cela au pied de la lettre : déformation professionnelle, métier du romancier que de fournir des destins à des personnages. Quoi qu'il en soit, l'époux a une tête à avoir été dans les affaires. Pourquoi cet arrêt chez Eddie's, au beau milieu de l'après-midi ? La vieille dame voulait-elle célébrer quelque chose en buvant un Bailey's, et son mari y a consenti malgré l'obligation du tristounet Perrier ? Vente ou achat d'un bien ? Règlement des formalités de la messe de mariage d'une petite-fille ou d'un petit-fils ? Commande d'un repas de noce chez Burke's, le restaurateur d'à côté ?
Le vieil homme s'en balance : il tète sa cigarette, sirote son whiskey et offre son visage à la caresse du soleil.

Critiques

- Ce volume fait suite au Journal d'Irlande et aux Chroniques irlandaises où Hervé Jaouen consigne le plaisir qu'il éprouve, depuis 1977, à arpenter l'île verte par tous les temps - et singulièrement sous la pluie. Les stations prolongées dans les pubs, les parties de pêche, à la truite ou au saumon, occupent une place éminente, dans ce recueil comme dans les précédents.
... Spécialité irlandaise, la Cocaïne des tourbières engendre une irrémédiable dépendance aux êtres et aux lieux, comme aux traces qu'ils ne cessent de déposer dans une littérature originale en perpétuelle re-création.

- Rencontre avec Hervé Jaouen, pour La cocaïne des tourbières.
Hervé Jaouen est "fondu" d'Irlande et de pêche à la mouche ! Dix ans après Le journal d'Irlande, "approche parfaite du meilleur de ce pays", selon Michel Déon, et donnant suite aux "Chroniques irlandaises", il a de nouveau trempé sa plume dans l'encre verte pour faire partager, au travers de dizaines d'anecdotes émaillant ses voyages, sa passion pour l'Irlande et les Irlandais.
Directeur de la collection "Latitude Ouest", Hervé Jaouen est reconnu dès ses débuts, en 1979, comme l'un des grands maîtres du roman noir français. Il est aujourd'hui l'auteur d'une œuvre diversifiée riche d'une trentaine de titres (romans, notes de voyages, livres pour la jeunesse) couronné par de nombreux prix. La Bretagne et l'Irlande sont ses principales sources d'inspiration.
Le Télégramme - 29/04/2000

- Hervé Jaouen : "No problem"
Il ne s'en lasse décidément pas. Après "Journal d'Irlande" et "Chroniques irlandaises", Hervé Jaouen rend une nouvelle fois hommage à la verte Erin dans La cocaïne des tourbières, un journal de voyage en forme de puzzle, qu'il est venu présenter samedi à l'Espace culturel.
Pêcher la truite et le saumon. Savourer les pages du "Irish Times". "Traquer le bavardage" dans les pubs les plus reculés de l'ouest du pays. Voilà, en résumé, l'agenda d'Hervé Jaouen quand il se retire, deux ou trois fois par an, dans sa seconde patrie irlandaise. Son Irlande fleure l'authenticité, "loin des circuits touristiques" et de Dublin la citadine, grignotée par le stress et la City.
Une Irlande insouciante, où "le temps qui passe ne compte pas" et où la chronologie appartient toujours à l'incongru.
& quot;Je m'y sens bien, comme saisi par une indicible langueur", raconte-t-il. Un bien-être conforté par l'état d'esprit d'une nation que l'écrivain surnomme "Le pays du no problem".
"En Irlande, seule la mauvaise santé est jugée désagréable. Il y a forcément une réponse aux autres désagréments de la vie".
Comme les deux précédents, Hervé Jaouen a rédigé son "journal de voyage" irlandais en France. "Sur place, je prends toujours quelques notes, mais pas plus. La mémoire sélectionne le meilleur. Et l'essentiel." Le titre du roman a néanmoins vu le jour sur les terres de l'Eire.
Mais l'écrivain n'en revendique pas la paternité. "Un gentleman farmer du comté de Clare m'a vivement suggéré La cocaïne des tourbières, car les gaz qu'elles dégagent auraient toutes les propriétés de la cocaïne !
Une théorie pour le moins, fumeuse, initialement défendue par un savant anglais au XVIIIe, ou XIXe siècle !
Le Télégramme - 02/05/2000

- "La cocaïne des tourbières" : au gré d'une respiration
Hervé Jaouen n'a pas seulement dédicacé son livre, hier, au Comptoir Irlandais. Il a aussi pris le temps de bavarder.
Hervé Jaouen dédicaçait son livre, "La cocaïne des tourbières", hier après-midi au Comptoir Irlandais. L'ouvrage, suite de Journal d'Irlande et de Chroniques irlandaises, est comme les précédents un recueil de notes de voyage en Irlande, prises entre mai 1995 et juillet 1999.
"Ce sont des fragments, raconte l'auteur, comme si on se baladait en Irlande, au gré des conversations dans les pubs, des pêches au bord des rivières, au gré des paysages...". Au pub, à l'heure du thé, un après-midi de printemps... Le titre dit à lui seul ce que ressent l'écrivain pour la terre irlandaise : la "cocaïne des tourbières" est une image du bonheur que l'on connaît là-bas. Un gaz s'échappant des tourbières irlandaises aurait les mêmes propriétés que la cocaïne...
"Ce qui expliquerait qu'en Irlande on se sente si bien", explique l'écrivain. "Dès qu'on pose le pied là-bas, le temps n'existe plus. Il y a quelque chose dans l'air..."
Vu de face, Hervé Jaouen n'est que sourires doux, yeux pétillants. Pourtant, l'une de ses nouvelles préférées, "La Prairie", dans un autre de ses recueils (1), raconte l'histoire d'un couple de ruraux, nés en 1910, qui meurent à la fin du siècle parce qu'ils sont déconcertés par l'évolution de la campagne, des paysages, des mœurs. Alors ils en finissent... "Comment pouvez-vous écrire des choses si noires, et être si souriant ?", lui a demandé une dame venue chercher sa dédicace. C'est l'histoire d'Hervé Jaouen, un pessimiste bardé d'un sourire heureux.
Julie BOURGOIS - Le Télégramme - 07/12/2000<
(1) In "Merci de fermer la porte" - Denoël, 1999 et 2001. Note de Jean-Yves BOIVIN

- Hervé Jaouen a prouvé depuis longtemps qu'il était un écrivain doué de diversité. L'auteur de romans noirs se double d'un poète en prose, aimable pêcheur à la ligne et de lignes, quand il s'agit d'évoquer, en homme tranquille, l'Irlande dans ses notes de voyage.

- Dans un autre style, je suis en train de finir la trilogie d'un auteur breton, Hervé Jaouen. Ce passionné d'Irlande a beaucoup voyagé dans l'est de l'île. Les passages sur la pêche dans le Mask ou le Corrib, à l'époque de la mouche de mai sont vraiment beaux.

- Hervé Jaouen est tombé amoureux de l'Irlande en 1977. Ce n'est que de longues années plus tard qu'il s'est senti autorisé à rendre compte de ses multiples séjours. Il craignait que son regard ne fût celui d'un "touriste" et ne dénature un pays qui est devenu sa seconde patrie. Force est de reconnaître qu'il a réussi à restituer ses émotions, puisque Journal d'Irlande est devenu le livre de chevet de nombreux irlandophiles et que Chroniques Irlandaises a été considéré par Libération comme digne de trouver sa place, à trente années de distance, auprès du fameux Journal irlandais d'Heinrich Böll, prix Nobel de littérature. La tâche était ardue, vous dira-t-il. Comment rendre compte d'émotions subtiles, nées de presque rien, c'est-à-dire de paysages, de rencontres, de conversations en apparence banales ? En les décrivant dans leur simplicité, en prenant le meilleur de l'humour des Irlandais, en s'amusant de leurs contradictions, qui font tout leur charme.
1996 fut en France l'année de "l'imaginaire irlandais" et Hervé Jaouen fut très sollicité pour donner des conférences, animer des causeries, signer ses livres. Il vous dira que la question répétitive qui l'irrita le plus, au cours de ces manifestations, fut celle-ci : "Pourquoi l'Irlande ?", à laquelle on lui demandait de répondre en deux minutes, alors qu'il estime, si on additionne La Cocaïne des tourbières et ses deux précédents ouvrages, n'y avoir pas encore répondu en plus de 1 000 feuillets. Échaudé, il mit au point cette réponse laconique : "Pourquoi l'Irlande ? Parce qu'en Irlande les nuages charrient de la spiritualité, qu'il pleut de la poésie et que... les Irlandais ne portent pas d'imperméable." Hervé Jaouen n'en porte pas non plus. Sa démarche est poétique. Pas plus qu'un amoureux ne se préoccupe de faire radiographier sa belle avant de l'épouser, Hervé Jaouen ne s'attache outre mesure à la réalité économique ou politique de l'Irlande. Il se contente de l'esquisser quand le contexte s'y prête. Entre l'Irlande et Jaouen, il y a une véritable histoire d'amour fou, et bien qu'elle soit essentiellement spirituelle, même ou surtout, quand on pêche la truite ou le saumon en sa compagnie ou qu'on l'accompagne au pub, dans cette histoire l'Irlande acquiert cette présence charnelle que seul un écrivain peut donner à un pays.
Comme il l'explique dans un avant-propos à "La Cocaïne des tourbières", Hervé Jaouen pensait ne plus rien avoir à écrire sur l'Irlande après les Chroniques. Heureusement pour le lecteur que cela n'a pas été le cas. Il ne souhaitait pas rompre avec l'Irlande, mais simplement, sans doute, vivre désormais comme un vieux couple, ne plus déclarer sa flamme chaque jour. L'île Verte ne l'a pas voulu, pour notre plus grand bonheur. L'entreprise de séduction de l'Irlande n'a pas de limites, Hervé Jaouen l'a définitivement admis, et le dit dans son avant-propos à "La Cocaïne des tourbières", où il nous donne en outre l'explication du titre de son troisième ouvrage, comment résister aux muses irlandaises quand elles vous soufflent un tel titre ?
"Cette année comme les autres années, nous avons encore eu avec Mrs. O'Leary, véritable héroïne de mes trois volumes de notes de voyage, cette conversation qui nous amuse beaucoup, elle et nous, sur l'engourdissement et le doux bien-être dans lesquels vous sombrez en Irlande, sur cette langueur intemporelle au sein de laquelle nous avons depuis plus de deux lustres appris à nous complaire.
J'ai eu la même conversation avec un gentleman-farmer et poète, Jim Robson, propriétaire de Clifden House, un manoir près de Corodin, comté Clare.
"Qu'est-ce qu'il y a dans l'air ?" Vous ignorez la réponse, Hervé ? Vraiment ? Elle ne date pas d'hier, pourtant. Au XIXe siècle, un savant anglais a découvert que s'échappait des tourbières un gaz dont les propriétés sont très proches de celles d'un alcaloïde bien connu sous le nom de cocaïne. Compte tenu de l'immensité de nos tourbières, l'air irlandais est saturé de coke. On est tous shootés du matin au soir et d'un bout de l'année à l'autre.
Enfin, tout s'explique ! Nous sommes accros à la cocaïne des tourbières ! J'ai donc eu raison d'écrire quelque part que l'Irlande est une drogue douce qui crée un terrible effet d'accoutumance."
Et dont rien ne peut vous guérir.
De toute façon, il faudrait être bien sot de vouloir subir une cure de désintoxication."
Site : www.edilarge.com

- On y trouve le meilleur des multiples séjours d'Hervé Jaouen en Irlande au cours de ces 25 dernières années. Il nous emmène au milieu des paysages, dans les pubs, au bord des rivières, dans les farmhouses, sur les lacs, à la rencontre d'une Irlande rêvée par ceux qui n'y sont jamais allés et retrouvée par ceux qui ne pensent qu'à y retourner.

- La cocaïnes des tourbières irlandaises
Il se l'était juré : "Je n'écrirai plus sur l'Irlande." Hervé Jaouen avait déjà livre deux épisodes de ses notes de voyage dans l'Île Verte : "Journal d'Irlande", en 1990, suivi de "Chroniques irlandaises", en 1995. Il se contenterait désormais d'être au auteur-pêcheur-contemplateur, de se laisser engourdir par la douce atmosphère du pays. Comme ce soir-là, dans ce manoir du comté de Clare. La conversation dévie sur l'air si particulier qui flotte en Irlande. "Vous savez pourquoi, Hervé ?" demande l'hôte, poète à ses heures. "Non ? Au XIXe siècle, un savant anglais a découvert que s'échappait des tourbières un gaz dont les propriétés sont très proches de celle d'un alcaloïde bien connu sous le nom de cocaïne." Hervé Jaouen ne pouvait garder cette anecdote pour lui. Elle a même donné le titre à son troisième journal irlandais : "La Cocaïne des tourbières". Un livre plus mélancolique que les autres : Jaouen ne goûte pas cette Irlande nouvelle qui doit ajouter deux mots nouveaux à son vocabulaire : pollution et spéculation immobilière.
Michel DERRIEN

- Hervé Jaouen jouerait-il avec nos nerfs ? "La Cocaïne des tourbières", son dernier ouvrage, laisse imaginer des ramifications irlando-bretonnes au cartel de Medellin. Il n'en est rien : le maître du néo-polar en fait ici que dégainer une troisième fois pour l'Irlande, sur laquelle il pensait n'avoir plus rien à écrire. C'est oublier qu'il écrit justement avec rien, ce rien impalpable qui euphorise sa plume dès qu'il met le pied sur la tourbe.
Alors, justement, ce titre ? La préface l'explique. S'entretenant avec sa fidèle hôtesse, la maternelle Mrs O'Leary, et un ami poète, à propos du doux engourdissement qui saisit le visiteur en Irlande, ce dernier en donne une explication à l'auteur : "Qu'est-ce qu'il y a dans l'air ? Vous ignorez la réponse, Hervé ? Vraiment ? Elle ne date pas d'hier, pourtant. Au XIXe siècle, un savant anglais a découvert que s'échappait des tourbières un gaz dont les propriétés sont très proches d'un alcaloïde bien connu sous le nom de cocaïne. Compte tenu de l'immensité de nos tourbières, l'air irlandais est saturé de coke. On est tous shootés du matin au soir et d'un bout de l'année à l'autre." Le seul risque que prend le lecteur de "La Cocaïne des tourbières", c'est de ressentir soi-même l'ivresse de partager le plaisir subtil de la conversation d'apparence banale, l'émotion ressentie devant un paysage, l'anecdote qui révèle le tempérament rêveur de l'Irlandais et ses touchantes contradictions. Ce n'est pas le "tigre celte" que nous décrit le Quimpérois, ni l'Irlande high-tech, mais un pays d'éternelles fiançailles, une Avalon paradisiaque à laquelle on veut bien croire, entraîné par une écriture qui épouse la nonchalance et la douceur irlandaises.
Hervé Jaouen se fond dans le paysage de l'Île Verte, reprend sa "love story" là où il l'avait laissée dans "Chroniques irlandaises". Pourquoi l'Irlande ? "Parce qu'en Irlande les nuages charrient de la spiritualité, qu'il pleut de la poésie et que les Irlandais ne portent pas d'imperméable." Et aussi parce qu'il y a des pubs et des saumons, lesquels inspirent à l'auteur une robuste philosophie de la vie. Et les récits de pêche d'Hervé Jaouen ont au moins une différence avec ceux des dîners en province : ils ne rasent pas leur public.
Quant au pub irlandais, Hervé Jaouen souligne que son image de convivialité ne date pas des années "flower power". Le vrai pub n'étant à tout prendre qu'un cousin des buvettes de carrefour de l'après-guerre en France, avec leur sol en terre battue, imprégné d'alcool et recouvert de sciure. La panoplie du pub irlandais se vend aujourd'hui en kit, avec machine à coudre et serveuse rousse. Mais le vrai pub, explique Hervé Jaouen, se construit comme un paysage.
Daniel MORVAN - Ar Men - Juillet 2000

- Auteur de romans noirs, Hervé Jaouen est tombé amoureux fou de l'Irlande il y a une vingtaine d'années, au point de pouvoir écrire que cette île "est une drogue douce qui crée un terrible effet d'accoutumance". À chacune de ses visites il se laisse guider par le hasard, fréquente les pêcheurs, aime la pluie, le vent. Amateur de pubs et de guesthouses, Jaouen n'oublie pas de goûter l'agneau grillé garni de pommes de terre nouvelles. L'Irlande lui rappelle Joyce, John Huston. Il prend son temps pour vider quelques verres de whisky avec le barman du coin, discute des journées entières avec des experts en pêche qui racontent à quelle profondeur évolue le saumon, la meilleure façon de piéger la truite et, quand il n'y a pas de truite, de se rabattre sur le brochet. Hervé Jaouen plante ses pointes d'humour là où il faut, tend l'oreille sans s'attarder ; il déguste une bière bien noire, à la recherche de chemins nouveaux. Il note, pour bien faire comprendre au lecteur son émerveillement, qu'"on ne décrit pas l'Irlande à la mine de plomb mais à la plume d'oie, qui oblige aux pleins et aux déliés".
A. E. - Valeurs Actuelles - 21-27/07/2000

- Hervé Jaouen est tombé amoureux de l'Irlande en 1977. Ce n'est que de longues années plus tard qu'il s'est senti autorisé à rendre compte des ses multiples séjours. Il craignait que son regard ne fût celui d'un "touriste" et ne dénature un pays qui est devenu sa seconde patrie. Force est de reconnaître qu'il a réussi à restituer ses émotions, puisque "Journal d'Irlande" est devenu le livre de chevet de nombreux irlandophiles et que "Chroniques irlandaises" a été considéré par Libération comme digne de trouver sa place, à trente années de distance, auprès du fameux "Journal irlandais" d'Heinrich Böll, prix Nobel de littérature.
La tâche était ardue. Comment rendre compte d'émotions subtiles, nées de presque rien, c'est-à-dire de paysages, de rencontres, de conversations en apparence banales ? En les décrivant dans leur simplicité, en prenant le meilleur de l'humour des Irlandais, en s'amusant de leurs contradictions, qui font tout leur charme.
Comme il l'explique dans un avant-propos à "La Cocaïne des tourbières", Hervé Jaouen pensait ne plus rien avoir à écrire sur l'Irlande après les "Chroniques". Heureusement pour le lecteur que cela n'a pas été le cas. Il ne souhaitait pas rompre avec l'Irlande, mais simplement, sans doute, vivre désormais comme un vieux couple, ne plus déclarer sa flamme chaque jour. L'Île Verte ne l'a pas voulu, pour notre plus grand bonheur.
L'entreprise de séduction de l'Irlande n'a pas de limites, Hervé Jaouen l'a définitivement admis, et le dit dans son avant-propos à "La Cocaïne des tourbières", où il donne en outre l'explication du titre de sons troisième ouvrage.
"J'ai eu la même conversation avec un gentleman-farmer et poète Jim Robson, proriétaire de Clifden House, un manoir près de Corodin, comté Clare. Qu'est-ce qu'il y a dans l'air ? Vous ignorez la réponse, Hervé ? Vraiment ? Elle ne date pas d'hier, pourtant. Au XIXe siècle, un savant anglais a découvert que s'échappait des tourbières un gaz dont les propriétés sont très proches de celles d'un alcaloïde bien connu sous le nom de cocaïne. Compte tenu de l'immensité de nos tourbières, l'air irlandais est sature de coke. On est tous shootés du matin au soir et d'un bout de l'année à l'autre."
"Enfin, tout s'explique ! nous sommes accros à la cocaïne des Tourbières ! J'ai donc eu raison d'écrire quelque part que l'Irlande est une drogue douce qui crée une terrible effet d'accoutumance. Et dont rien ne peut vous guérir. De toute façon, il faudrait être bien sot de vouloir une cure de désintoxication".
Le Trégor - 27/04-03/05/2000




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