Le crime du syndicat

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1984 - Denoël - Sueurs froides
1995 - in Toutes les couleurs du noir - Denoël - Sueurs froides
2003 - Les Éditions de La Chapelle - 5

Résumé

- Edition 1984 Ce livre insolite raconte la manipulation d'un cadre supérieur par ses propres chefs pour l'éliminer et entraîner la déconfiture d'un syndicat encombrant.
Récit extraordinaire - mais plausible, et même véridique, la transposition n'altérant pas les faits - qui analyse des tensions internes d'une banque française de niveau international, des mécanismes de l'intervention d'un cabinet spécialisé américain, et éclaire crûment la violence sourde qui aboutit au drame.
Récit ô combien édifiant, construit comme un rapport noir, par l'auteur de Quai de la Fosse (prix du Suspense français 1982) et de Toilette des morts.

- Edition 2003
Dans une grande banque de l'Ouest, des dissidents de la CFDT créent un syndicat révolutionnaire. La direction parisienne décide de tuer dans l'œuf la chienlit gauchiste. Comment ? En nommant comme DRH un ancien secrétaire général du syndicat des cadres...
Pourquoi Joseph Ruttard a-t-il accepté de la direction d'aller faire le nettoyage dans une filiale de l'entreprise ?... Gageons que ce roman va faire un tabac dans le personnel des banques... Un rapport d'enquête qui relève plus des Exercices de style de Raymond Queneau que du jargon administratif traditionnel.
(Jean-Paul Morel, Le Matin de Paris)
Le Crime du syndicat constitue un véritable tour de force littéraire et consacre, sans doute définitivement, le grand talent d'Hervé Jaouen.
(Le Magazine Littéraire)
Une articulation originale superbement tournée. Un style maîtrisé, efficace. Passionnant. Et c'est le lecteur qui est manipulé ! (Michel Vayac, Télérama)

Extrait

Mais ce serait faire preuve de faiblesse que de méconnaître les erreurs qui ont conduit à cette situation.
La première et grave erreur se situe au niveau de l'embauche.
Poussé, pressé par la croissance des années 1968 à 1974 au cours desquelles il a vu ses dépôts et ses remplois progresser de 30 à 40 % l'an, le C.R.O.C. a satisfait à ses besoins en personnel sans discernement aucun. L'embauche a été réalisée à tout va, sur la foi de tests d'intelligence ou de diplômes, sans le garde-fou que représentent les tests de personnalité.
Recrutant uniquement sur tests d'intelligence, le groupe K du C.R.O.C. s'est doté d'un personnel d'une très grande valeur technique, apte à assimiler les évolutions technologiques, mais à très haut risque politique et syndical. Qui plus est, ce personnel a été embauché sur place, et alors même que la convention collective du C.R.O.C. n'autorise pas la mutation d'office, l'occasion lui a été donnée de s'enraciner : des prêts immobiliers consentis à des taux d'intérêt très bas, largement inférieurs à l'inflation, ont permis la constitution d'un patrimoine, ajoutant cette sécurité à la stabilité de l'emploi. C'est la deuxième erreur.
Dans la période de croissance, il eût été préférable d'organiser des recrutements croisés : dans le Nord pour le Sud, dans l'Ouest pour l'Est, etc.
Aujourd'hui, tout se passe comme si le groupe K était devenu la propriété de son personnel. Ce groupe ressemble à une communauté, à un phalanstère, et les chefs, issus du pouvoir central, et venus d'autres horizons, constituent une atteinte insupportable au droit de propriété et à l'identité régionale.
Le pouvoir syndical, s'exerçant par influence directe du SATRA et à travers les instances élues (délégués du personnel et comité d'établissement), prime sur le pouvoir de l'entreprise.
Dans le groupe K, cette situation aberrante est telle que la seule solution paraît être la destruction pure et simple du SATRA par l'élimination de ses trois têtes : Masson, Jean Kramb et Amélie Tchouboukoff.

Critiques

- La manipulation d'un cadre de banque par sa direction, qui veut venir à bout de syndicalistes remuants.
Claude MESPLEDE

- Hervé Jaouen, le grand fresquiste de la province criminelle, avec ses brumes et salons moquettés, tente avec le CRIME DU SYNDICAT une prise directe sur l'actualité. A partir d'un fait divers, l'assassinat collectif d'un chef du personnel dans une banque de l'Ouest de la France. Plus flic que les flics patentés, ça se trouve, la preuve, et il va venir grossir la liste des crimes légaux. Pourquoi Joseph Ruttard a-t-il accepté de la direction d'aller faire le nettoyage dans une filiale de l'entreprise ? Qu'est-ce qui l'obligeait à faire montre d'un tel zèle ? A vouloir faire sauter la tête des autres, il ne finira par faire sauter que la sienne. Un peu trop collé au dossier, peut-être, mais gageons que ce roman va faire un tabac dans le personnel des banques. Et hors ces private jokes, Hervé Jaouen nous ménage heureusement un rapport d'enquête qui relève plus des Exercices de style de Raymond Queneau que du jargon administratif traditionnel.
Jean-Paul MOREL - Le Matin de Paris - 09/10/1984

- Ce qu'on aime chez Hervé Jaouen, c'est qu'il ne fait pas dans la dentelle pour décrire un petit monde pourri qui prospère en province française. Le Crime du Syndicat ne fait pas exception, avec une histoire brutale où les personnages sont à couteaux tirés. En effet, Hervé Jaouen peint là, avec des ingrédients simples, une situation conflictuelle, tendue, entre les collaborateurs d'une banque et leur chef du personnel. Bref et rapide, son roman fonctionne à merveille et témoigne du solide métier d'écrivain de polars de l'auteur.

- Jaouen ouvre son livre par une petite citation de Jack London, "Quand Dieu eut créé le serpent à sonnettes, le vampire, le crapaud, il lui restait quelque boue hideuse dont il fit le briseur de grèves".
Tout un programme ! Humeur de LA - 01/02/2003

- ... Le Crime du Syndicat... Son face à face avec Léo Mallet, dans l'émission de Luce Perrot C'est à lire), sur TF 1, à propos de ce livre, est resté dans bien des mémoires. Les sarcasmes sans humour du père de Nestor Burma vaudront à Jaouen, d'un seul coup, une certaine célébrité. Pendant quelques jours, on ne parlera plus que de ce jeune écrivain descendu en flammes par un romancier dont certains tentent de faire une gloire nationale. Et les rieurs, pour une fois, seront du bon côté.
Maurice PERISSET - Panorama du polar français contemporain

- L'auteur passe en force chez Denoël avec un ouvrage tout en dentelle qui a dû faire avaler de travers leurs crêpes à beaucoup de ses collègues banquiers, de quoi faire des gorges chaudes et avoirs des sueurs froides. C'est, si je ne me trompe pas, l'époque où un banquier au sourire de requin nous susurrait, façon de nous prouver que si les murs ont des oreilles, ils peuvent aussi avoir une sale gueule : "Votre argent m'intéresse..."
Donc, Le Crime du syndicat (Sueurs froides, 1984) se déroule dans une banque de l'Ouest et du Centre. Débarque un dégraisseur chargé de faire le ménage et de virer quelques malpropres ou inutiles. Dans le collimateur, Rutard, le patron d'une agence de Neuilly, président du syndicat des cadres, qui est un redoutable empêcheur de banquer en rond. Impossible de le balancer comme un moins que rien. Cela ferait hurler. Alors on lui mitonne une belle peau de banane qui va le faire glisser en douceur jusqu'à son nouveau poste, loin du siège, en province. Notre homme n'en mijote pas moins l'un de ces petits plats bien préparés qui se dégustent froid. En attendant, il se délecte, avec pour amuse-gueules les persécutions quotidiennes dont il accable ses malheureux subordonnés. Tout cela finira mal, très mal...
Les gaietés de la banque valent bien celles de l'escadron, c'est du moins ce que l'on se dit chaque mois en payant ses agios. Mais vue de l'intérieur, l'institution bancaire n'a rien à envier en stupidité et duplicité à sa consœur militaire. Jaouen excelle dans la charge et la dérision, le trait est féroce, la flèche de Parthe naturellement mortelle. On rit à mort, c'est tout dire...
Jean-Pierre DELOUX - Le Polar régionaliste français (Polar n° 8 - Décembre 1992)

- Qui a liquidé Joseph Ruttard, un cadre supérieur du C.R.O.C. (Crédit Régional de l'Ouest et du Centre) ? On a retrouvé son cadavre, effondré sur une cuvette de W.C. et lardé de coups de couteau, à l'issue d'une séance de C.E. particulièrement dramatique.
Ahurissant, ce polar "social" presque entièrement construit à partir de rapports et de dossiers, où Hervé Jaouen raconte une conspiration mise sur pied par la direction d'une grande banque nationalisée : son but, éliminer une section syndicale par trop autogestionnaire.
La machination débouche sur le drame et Jaouen (qui a reçu le prix Suspense français en 1982), observant la violence cachée des institutions, propose un "Crime du syndicat" qui n'est pas sans rappeler certains ouvrages de René-Victor Pilhes.
P. G. - Les Dépêches de Dijon - 16/01/985

- Joseph Ruttard est cadre du C.R.O.C. (Crédit Régional de l'Ouest et du Centre), l'une des premières banques européennes. Manipulé par un cabinet américain spécialisé - avec l'accord de la direction - il est muté, n'ayant pas le chois, dans une agence de province, en tant que directeur du personnel. À charge pour lui de saboter le SATRA, syndicat dissident qui semble prendre un peu trop d'ampleur.
Est-ce parce qu'il s'est montré trop intransigeant ? Toujours est-il que, lors du dernier comité d'entreprise, Ruttard est retrouvé "lardé" de quatre coups de couteau, sur le siège des toilettes. Un vrai crime en chambre close que le "flic" chargé, quelque temps plus tard, de refaire l'enquête, résoudra à la plus grande satisfaction de l'"assassin".
La Vie du Rail - 10/01/1985

- C'est au Crédit Régional de l'Ouest et du Centre (CROC) que débarque un expert américain, spécialiste du "dégraissage d'entreprises". Le talon d'Achille du groupe bancaire ? Le syndicat des cadres, que dirige un certain Ruttard, directeur d'agence à Neuilly. Difficile de l'éliminer brutalement, ce qui susciterait une levée générale de boucliers. Alors, on monde contre lui une savante manipulation, une machination digne de Monte-Cristo ; convaincu d'avoir fait perdre à la banque une somme énorme, Ruttard est bien obligé d'accepter sa mutation dans une agence de province où il sera muselé. Mais Ruttard, tel Edmond Dantès, mijotera une vengeance à l'orientale, accablant ses subordonnés de brimades courtelinesques... jusqu'au crime, infamant, dans les chiottes.
Nourri dans le sérail, Hervé Jaouen, banquier lui-même, a extrapolé sur une affaire authentique, qui défie bien entendu l'imagination la plus délirante et dévoile sur l'univers secret de la banque des détails aussi hilarants que sordides. Une réussite d'autant plus remarquable que Jaouen, célèbre pour ses outrances néo-polardières ("La Mariée rouge") se confirme ici comme écrivain de premier ordre. En outre, il est le seul à avoir sans encombre le gouffre séparant l'ex-néo (phénomène de mode) du grand roman social. Mutation heureuse et significative.
Question fondamentale : "Pourquoi le papier-toilette, de bonne qualité avec l'arrivée de M. Ruttard, a-t-il été remplacé par une espèce de papier d'emballage, dur et glacé ?"
L'Année du polar 1985/1986

- Rififi au syndicat
Des spécialistes purs et durs. Un patronat de combat. Un flic qui fredonne une chanson de Gainsbourg en se roulant une cigarette : tout cela pourrait n'être qu'un polar de plus sur fond de luttes sociales, mais Hervé Jaouen va beaucoup plus loin avec "Le Crime du syndicat".
D'emblée il avertit le lecteur : "La similitude avec des pratiques habituelles mais cependant méconnues, n'est pas une coïncidence." De quoi s'agit-il ? Ni plus ni moins que d'enrayer les progrès de la CFDT dans l'entreprise, ici une grande banque, en détruisant sa cellule la plus active, le remuant syndicat autonome des travailleurs révolutionnaires et autogestionnaires dit aussi SATRA.
La campagne débute par la commande d'une étude sur le personnel et son classement en données psycho-politico-sociales, cela par un cabinet américain spécialisé. Puis débute la deuxième phase, une superbe machination boursière qui livrera une victime qu'il sera facile de manipuler par la suite. La guerre à fleurets mouchetés que se livrent patron et syndicat dans l'agence bretonne où prospère la SATRA, dégénère une guerre totale. Tous les moyens seront employés : menaces, pressions, sanctions, délations, corruptions.
A bout du compte, les chefs révolutionnaires devront quitter le syndicat, mais leur ennemi y laissera la vie. L'auteur nous livre ce récit sous forme de rapports, notes et documents issus des archives de la banque. Un roman édifiant, bien documenté, qui permet au lecteur de s'instruire tout en se distrayant.
Pascal HELLE - Le Matin (Suisse) - 27/04/1985

- Merveilleusement bien écrit, vif, serré, voici une variété d'Imprécateur naviguant dans l'univers de John Le Carré. Un cadre haut de gamme (comme dans les histoires d'espionnage) est manipulé par des forces mystérieuses et la mission qu'on lui donne n'a pas le but qu'on lui avoue. Et nous voilà happés dans les rouages et engrenages de la banque, de la haute finance. Passionnant. Marie-Claire - Avril 1985

- Attention, ce livre est une provocation ! La manipulation d'un cadre supérieur d'une grande banque régionale par ses propres chefs. Objectif : entraîner l'élimination d'un syndicat remuant. Le déclenchement de ce surprenant mécanisme va provoquer l'escalade de tensions internes et de violences qui aboutiront au meurtre du mauvais ange exterminateur. C'est un rapport noir écrit avec la précision et le glacé de documents administratifs classés dans l'ordre chronologique. Ce qui déroute et rend la lecture un peu fastidieuse au début. Mais cette rigidité est compensée par un contrepoint romanesque qui alterne et fait saigner l'action. Une action qui se veut inspirée par "des pratiques habituelles" dans certains milieux de la haute finance, tient à préciser Hervé Jaouen qui est aussi l'auteur de "Quai de la Fosse" et de "Marée basse".
Un travail fort intelligemment fait. Une articulation originale superbement tournée. Un style maîtrisé, efficace. Passionnant. Et c'est le lecteur qui est manipulé !
Michel VAYAC - Télérama - 21/11/1984

- Faites sauter la banque !
S'il fallait un jour faire l'inventaire détaillé des lieux d'action de la littérature policière, le monde de la banque serait sans conteste un des privilégiés. Mais, le plus souvent, les auteurs ne l'abordent qu'à travers l'optique d'un casse, voire celle d'une opération délictueuse, et il est donc rare qu'on pénètre vraiment dans les arcanes de cet univers, qu'on se penche sur ses mécanismes subtils qui permettent à ces sommes d'argent de circuler bizarrement d'un compte à l'autre, ou d'un portefeuille à l'autre. Il est vrai que cela suppose quelques connaissances particulières, un savoir presque professionnel... Ce monde, précisément, Hervé Jaouen le connaît bien. Il en fait partie depuis plusieurs années et ceux qui ont suivi ses livres savent qu'il l'évoque assez régulièrement. Pourtant, avec son dernier ouvrage, "Le Crime du syndicat", il l'envisage d'une manière tout à fait inédite : il s'intéresse au personnel d'une agence, dans une intrigue qui combine machination et manipulation. Et c'est, à la vérité, assez terrible !
Au cœur du propos, un certain Joseph Ruttard, cadre supérieur. Mais, comme tout individu de son espèce, il est chapeauté par des personnes qui sont plus supérieures que lui et qui vendraient père et mère pour défendre les prérogatives de leur entreprise. Dans le cas présent, il s'agit du Crédit Régional de l'Ouest et du Centre où un syndicat a, semble-t-il, acquis un certain pouvoir. En haut lieu, on est décidé à l'éliminer et on désigne justement Joseph Ruttard pour cette base besogne, après lui avoir fait commettre une très grave faute professionnelle. Et voilà le zigue sur le terrain où, sans tarder, il commence son travail de sape, visant d'abord et avant tout quatre syndicalistes qui bientôt ne savent plus où donner de la tête pour échapper à la "répression". Et ils ont beau en appeler à leur directeur, rien ne change. À moins de tuer Ruttard... De le faire disparaître le plus proprement du monde. Bref, d'imaginer à cette fin le crime parfait.
"Le Crime du syndicat" frappe, c'est sûr, par son sujet, par la précision avec laquelle Hervé Jaouen décrit les tensions internes d'une banque - et on a le sentiment ici que tout est plausible, que la situation envisagée, malgré son caractère exceptionnel, fait bien partie de la réalité quotidienne. Mais le roman frappe davantage encore par la manière étonnante dont il est construit. Divisé en trois parties et quarante-huit chapitres courts, il se présente comme un rapport, une sorte de dossier dont chaque pièce revêt une fonction essentielle. Une fois, on a affaire à la narration pure et simple, une autre à un compte rendu, une autre encore à un tract, puis, plus loin, on se trouve en présence d'un procès-verbal, d'une fiche signalétique, d'une note de service et on les a à peine parcourus qu'on passe, presque sans transition aucune, à un récit en forme d'enquête policière où domine le Flic, avec F majuscule, lequel au tout dernier chapitre et à la toute dernière page dévoilera le fin mot de l'énigme. Par là, "Le Crime du syndicat" constitue un véritable tour de force littéraire et consacre, sans doute définitivement, le grand talent d'Hervé Jaouen dont la collection "Carré Noir" réédite par ailleurs deux livres, "La Chasse au merle" et "Pleure pas sur ton biniou".
Alexandre LOUS - Le Magazine Littéraire - Novembre 1984

- Big Brother en Bretagne
Comment éliminer un syndicat encombrant ? Quand on dirige la première banque européenne, on n'y va pas par quatre chemins, on fait carrément appel à une agence spécialisée (ça existe ?...). C'est ainsi que Ruttard, directeur d'agence à Neuilly, se voit parachuté chef du personnel à Rennes pour faire le ménage. Manipulé par ses propres chefs, Ruttard fera monter la tension dans sa succursale jusqu'à l'anéantissement total du syndicat trop remuant. Il maniera d'ailleurs si bien la provocation qu'il y laissera sa peau.
"Le Crime du syndicat" se présente comme un rapport d'enquête quasi-clinique où nous sont présentées toutes les pièces du dossier, comptes rendus des réunions du Comité d'entreprise, enregistrements, tracts, etc. Etonnant et remarquablement bien écrit, bien construit. Où l'on voit qu'une précision digne d'un entomologiste n'exclut pas l'humour.
L'Écho du Centre - Limoges - 27/11/1984

- Sanglants cols blancs
Une grande banque française. Un cabinet américain d'étude en données psychosociales. Genre vilains manipulateurs. Un crime et une reconstitution chirurgicale par un flic qui chante, dès les premières lignes : "Dieu est un fumeur de havanes, je vois ses nuages gris." Il aime donc Serge Gainsbourg. Le tout à une sauce roman noir d'excellente facture. Qui décortique les rapports de forces entre syndicats et direction dans une atmosphère politico-bancaire on ne peut plus actuelle. Une odeur d'ordinateur démoniaque ou d'informatique sanglante plane sur ce roman à lire d'un seul jet, jusqu'à la phrase fatidique : "Je sais pourquoi Joseph Ruttard a été assassiné." Bien écrit, ce qui n'est pas désagréable.
C.-F. B. - L'Hebdo (Suisse) - 29/11/1984

- Hervé Jaouen change de son registre habituel pour cet étrange roman en forme d'analyse coupante comme un rasoir sur l'univers pourri de la haute finance. Une manipulation sur plusieurs niveaux dans une grande banque, manipulation destinée à l'élimination d'une fraction syndicale sans étiquette (donc inachetable). Le monde de l'argent démonté par cet auteur de talent nous livre la rouerie des directions générales et le pouvoir immense de la hiérarchie galeuse. Ajoutons à cela un dénouement en forme de clin d'œil à Agatha Christie et nous avons un roman rare qui frappe juste et fort.
Allez quand vous aurez lu tout ça, nous approcherons du printemps. Courage !
RICK - Les Nouvelles d'Orléans - 18/10/1984

- Une grande banque française, le C.R.O.C., commande au cabinet américain Roscoe & Worley une étude sur son personnel et son classement en données psycho-sociales. Fort de ses conclusions, le cabinet R. & W. propose d'enrayer les progrès de la C.F.D.T. dans l'entreprise. Malgré l'arrivée de la gauche au pouvoir, qui incite à la prudence, et les réticences du directeur des relations sociales, la deuxième phase est mise en chantier. Et, stupéfaction pour le P-D.G. du C.R.O.C., c'est Joseph Ruttard, le secrétaire général du syndicat des cadres, que le cabinet américain propose de manipuler.
Ce Ruffard, dont le père a été directeur régional de l'établissement, est un personnage médiocre et alcoolique doté par surcroît d'une femme monstrueuse et angoissée. Sa vocation tardive de syndicaliste provient assurément d'un besoin de compensation.
Se faisant passer pour un certain David de Chaulieu, John Roscoe, du cabinet Roscoe & Worley, propose à Ruttard de faire fructifier un dépôt de huit millions de francs. L'opération est en place. On achète des valeurs, on les vend, on recommence et on termine par une vente à découvert, toujours à l'initiative du pseudo-Chaulieu qui, bien sûr, disparaît. Dès lors, Ruttard est à la merci de son patron qui va pouvoir l'utiliser contre le noyau dur syndical composé de Kraub, secrétaire de la section C.F.D.T., d'Amélie Tchouboukoff, l'égérie irréprochable, et de Thomas Masson, créateur du Syndicat autonome des travailleurs révolutionnaires et autogestionnaires.
Ce roman noir, documenté à la perfection et construit sur le modèle d'une enquête contradictoire, est une redoutable machinerie politico-bancaire. La violence feutrée (pas toujours, du reste) de la situation éclaire crûment des personnages qui, en fin de compte, sont tous manipulés. Un roman en tout point remarquable.
Le Bien public - 23/10/1984

- Dans la collection "Sueurs froides", les Éditions Denoël viennent de publier "Le Crime du syndicat", un roman policier de notre compatriote Hervé Jaouen. L'auteur n'en est pas à son coup d'essai. Il a déjà remporté le prix du "Suspense français" avec "Quai de la Fosse", paru en 1982.
Comme son titre l'indique, "Le Crime du syndicat" est l'histoire d'un de ces meurtres collectifs dont les responsabilités sont si difficiles à démêler. On y voit comment le cadre supérieur d'un établissement bancaire, qui a cessé de plaire à ses chefs, se fait manipuler par eux, un peu à la manière d'un appât, pour entraîner l'élimination d'un syndicat gênant et la sienne propre, par voie de conséquence, ce qu'on appelle : faire d'une pierre deux coups.
Je me garderai bien d'entrer dans le détail des péripéties. Elles obéissent aux lois classiques du genre, en ménageant l'intérêt jusqu'au tout dernier chapitre. L'originalité du roman réside surtout dans le choix du milieu et des personnages : ce monde de la banque et de la finance, si mystérieux pour les profanes et qui recèle, en son sein, tant de sources de conflits d'intérêt ou d'ambition.
Hervé Jaouen nous en démonte les mécanismes avec maestria, comme s'il avait été de la maison. En tout cas, il s'est admirablement documenté. Il nous en apprend de belles sur le montage des coups de Bourse et sur les méthodes de mise au pas d'un syndicat trop agissant. Autre originalité : le récit se présente sous la forme d'une succession rapide de rapports de police ou d'agence privée, de procès-verbaux de comité d'établissement, voire de décisions du conseil des prud'hommes. On est en pleine crédibilité.
L'écriture est alerte, moderne, efficace, avec de savoureuses pointes d'érotisme et d'humour, comme le chapitre inénarrable sur la qualité du papier hygiénique mis à la disposition du personnel. Hervé Jaouen a parfaitement dosé son cocktail. Gageons qu'il aura la faveur d'un nombreux public.
Pierre AVEZ - Le Télégramme

- Comment les dirigeants d'une grande banque imaginent de se débarrasser de syndicalistes gênants grâce à la complicité - forcée - d'un cadre hautement compromis par les soins de ses supérieurs, assistés du cabinet-conseil Roscoe and Worley. L'horrible machination se joue en plusieurs temps. Son total sadisme nous épate et le suspense - il y en un - mérite... une garantie bancaire et toute notre chaude estime et reconnaissance. Hervé Jaouen, en mariant les sueurs froides et la finance internationale, a réussi une très jolie première.
P. R.

- Hervé Jaouen n'en finit pas de nous étonner et de nous ravir. Avec "Le Crime du syndicat" il vient de signer un grand, un très grand roman. Est-ce un polar ? Une étude économique ? Un bouquin de sociologie ? Un pamphlet peut-être ?
Et si c'était tout simplement une histoire de notre temps en prise directe sur la réalité et qui commencerait ainsi : il était une fois... la direction d'une banque qui avait décidé de casser le syndicat encombrant et, par la même occasion, de se débarrasser d'un cadre supérieur. D'une pierre deux coups. Alors commence le plus passionnant des récits avec un Jaouen en super état de grâce tirant les ficelles de toutes les marionnettes qu'il nous montre avec une maîtrise absolue.
Dans ce roman l'auteur s'offre le luxe et le plaisir rare de varier l'écriture - non pas au gré de sa fantaisie - mais à mesure que l'histoire prend corps. D'abord ce sont de froids documents signés par l'agent en France du cabinet américain chargé d'analyser les rapports de force entre les syndicats et la direction. Après les rapports généraux viennent les fiches personnelles et quand Jaouen a bien mis les acteurs en place le drame commence.
De petites escarmouches on passe vite aux grandes offensives, des coups d'épingle aux coups en vache, de la comédie rigolote au drame puis à la tragédie.
Et tout ça vous une de ces gueules ! Hervé Jaouen est décidément un des plus grands de la jeune génération des polardiers.
Michel RENAUD - Le Dauphiné Libéré - 27/10/1984

- Un thriller syndicalo-bancaire
"Toute ma reconnaissance à la C.F.D.T. Magazine dont un article m'a inspiré ce livre". Il est assez rare qu'un romancier, fût-il de gauche, use d'une telle dédicace. En tête du "Crime du syndicat", son dernier livre, Hervé Jaouen annonce la couleur. Son polar aura une coloration politique sinon la couleur du sang.
Dans ce thriller syndical, l'auteur quimpérois affirme mieux que dans ses précédents ouvrages ("Quai de la Fosse", "Toilette des morts"...) la virulence d'une critique sociale où se reconnaît depuis 68, une poignée d'auteurs de polars français, Manchette en tête.
L'univers du "Crime du syndicat", c'est la banque. Un univers que Jaouen connaît bien puisqu'il est lui-même cadre dans un organisme bancaire de Quimper.
Dans le livre, la direction du C.R.O.C., Crédit Régional de l'Ouest et du Centre, une multinationale, se sert d'un cabinet spécialisé américain pour établir "une cotation socio-politique du personnel".
"Cela s'est fait il y a quelques années en France, je me suis inspiré de faits réels, indique Hervé Jaouen, tant il est vrai que l'imaginaire emprunte toujours les chemins de la réalité". La grille de cotation permet de classer les employés de banque en 7 catégories : les passifs, les alliés hostiles, les inconditionnels du patron, les préférés, les opposants qui veulent imposer, les béni-oui-oui et les irréductibles irrécupérables.
Mais le cabinet américain va au-delà de la classification. À la demande de la direction, il va "manipuler un cadre supérieur". But de la manœuvre, l'éliminer, et surtout procéder à "l'éradication de cet abcès" que constitue le SATRA : le Syndicat autonome des travailleurs révolutionnaires et autogestionnaires, situé sur l'aile gauche de la C.F.D.T. et qui gagne de l'audience dans l'entreprise.
C'est le moment de l'abattre car, fait dire Jaouen au président de la banque, "les jours de la gauche sont comptés... Il faut profiter de l'état de grâce pour couper des têtes, désherber, extraire les racines du chiendent, si nous voulons éviter une révolution dans la banque".
Et vogue la galère. La sordide manipulation suit son cours et réussit. Jaouen y met tout le désenchantement de "l'après socialisme". Ses héros syndiqués quittent la banque pour tenir un café. "Retour à l'égoïsme individuel, disent-ils. Un bistrot, quelques concerts de jazz ou de folk, des touristes en été... Un coefficient de dix sur la bière pression, nous sommes intégrés. Et merde au peuple !"
Hervé Jaouen a choisi de raconter cette histoire à l'aide de petits chapitres qui sont autant de fiches de police mises bout à bout. Son roman tient à la fois du Sulitzer pour la description précise des boursicotages et autres finasseries financières, du Orwell de "1984" pour cette vision à peine prémonitoire du totalitarisme dans l'entreprise et à Agatha Christie pour le sens de l'énigme.
Au total, un cocktail détonnant et propre à faite sauter l'établissement bancaire. L'artificier Jaouen n'a pas raté sa cible, lui qui écrit aussi pour "trouver un exutoire" à sa vie professionnelle.
Georges GUITTON - Ouest-France - 20/10/1984

- Le cadre d'un malaise
Du syndicat du crime au "Crime du syndicat" il y a plus que la finesse d'un chiasme. Cela signale assez l'évolution du polar français. De l'exotisme social où il se cantonnait il passe désormais à l'exploration sociale. Et dans le roman d'Hervé Jaouen il y a suffisamment de matière documentaire pour s'en régaler déjà. Lui-même reconnaît avoir trouvé l'anecdote originelle relatée dans une revue syndicale.
C'est ici le beau démontage d'une belle manipulation : comment mouiller un cadre de banque pour, ensuite, lui faire jouer, dans une agence de province, les casseurs de syndicalistes dissipés. Un tel prétexte satisferait plus d'un faiseur dans le genre...
Mais Jaouen est écrivain. Il joue et détourne. Ainsi l'essentiel du récit est-il constitué de rapports du cabinet américain qui met au point la manipulation. Technique éprouvée dans le polar et bien avant, ailleurs. Or, ces rapports, loin d'avoir leur habituelle forme faussement précise et empâtée, sont ici rédigés avec une élégance littéraire très française. Voilà pour le plaisir. Jaouen met le vêtement côté doublure. Donc Jaouen est écrivain. Comme on mire à contre-lampe les billets suspects il dit et donne à voir tout ce qui se noue et se dénoue au-delà de l'apparent et qui confère leur sens réel aux gros traits de l'histoire.
Le cadre casseur est assassiné. Châtié pour ses turpitudes pro-patronales ? Pas seulement. Il est puni tout autant d'avoir cassé un jeu social spécifique, comme on dit "particulier".
Ici, nous sommes en Bretagne. Voici les nouveaux petits cols blancs de l'Ouest. L'action syndicale les mobilise bien plus pour ce qu'elle offre de griserie communautaire que pour la stimulante rugosité de la lutte quotidienne. Élégies autogestionnaires et guérilla verbale sur la qualité du papier hygiénique. C'est, encore une fois, un jeu. Le terrain en est bien délimité. Et chacun y trouve son rôle. Même le chef de groupe régional de la banque : Louis-Alexandre Bisquerra ; de famille Action française, il se donne des airs d'oisif irlandais. "La pensée, écrit Jaouen, que l'aristocratie est révolutionnaire le rasséréna." Mais un envoyé des pouvoirs centraux trouble ce jeu. Ça ne pouvait pas finir autrement. Un crime rituel en quelque sorte.
Ce roman est celui des illusions perdues, celles d'un certain lyrisme militant, celles de la France aux yeux un peu étonnés du printemps 1981. "J'ai eu la faiblesse de croire qu'après mai 1981, dit Bisquerra, les entreprises nationalisées seraient les vitrines du changement social et que nous pourrions ensemble faire avance les choses." Alors les militants du défunt SATRA (Syndicat autonome des travailleurs révolutionnaires et autogestionnaires) empruntent l'autre versant du rêve communautaire : devenir marchant de vin et de soupe dans une gargote "sympa". C'est là que le flic devant les quatre assassins dit : "Maintenant buvons et mangeons...". Comme si notre pays en cette fin de 1984 n'avait à nous offrir que ces derniers divertissements.
Heureusement quelques-uns - dont Jaouen - veillent.
Louis DESTREM - L'Humanité Dimanche - 07/10/1984

- Mené tambour battant. Ce qu'on aime chez Hervé Jaouen, c'est qu'il ne fait pas dans la dentelle pour décrire un petit monde pourri qui prospère en province française. "Le Crime du Syndicat" ne fait pas exception, avec une histoire brutale où les personnages sont à couteaux tirés. En effet, Hervé Jaouen peint là, avec des ingrédients simples, une situation conflictuelle, tendue, entre les collaborateurs d'une banque et leur chef du personnel. Bref et rapide, son roman fonctionne à merveille et témoigne du solide métier d'écrivain de polars de l'auteur.
Daniel FATTORE - 26/06/2005

- Les immondes du travail.
Roman écrit en 1984, l'auteur nous rappelle que la gauche est au pouvoir politique, mais le monde des affaires et de l'argent obéit à ses propres lois, souvent hors des lois. Nous suivrons dans ce roman la manipulation d'un homme, le chantage exercé sur lui et sa mort au nom du profit et de la destruction d'un syndicat trop gênant.
Un policier (Le flic) enquête sur la mort violente du chef du personnel dans les toilettes de la banque. Pour l'instant, le meurtre reste mystérieux.
Nous suivons la manipulation d'un homme, suite à une faute professionnelle voulue et orchestrée par sa direction. Ensuite vient le chantage, il est nommé en Bretagne dans le but de détruire un syndicat qui met des bâtons dans les roues dans le bon fonctionnement de cette succursale. Commence le combat entre la direction, dépassée par des ordres venant de plus haut, qui donne les pleins pouvoirs à Ruttard, promu pour la circonstance directeur du personnel, et le syndicat. Pour Ruttard, toutes les méthodes sont bonnes, de la provocation aux conflits internes pour des peccadilles. Diviser pour régner même au prix des pires bassesses.
Disons-le tout net, le personnage le plus sympathique, pour ne pas dire le seul, est "Le Flic".
Joseph Ruttard est le prototype du pauvre type, c'est vrai, pas aidé par la vie, mais qui ne doit sa place qu'au fait que son père ait fait toute sa carrière dans cette banque. Les syndicalistes, jeunes et bardés de diplômes, semblent prendre leurs revendications comme des combats personnels et forment un trio pour le moins complexe. Mais tous sont victimes du système et de la chasse à la promotion et d'un monde incroyablement inhumain.
Un roman plus effrayant qu'un polar classique, car ici nous assistons à la programmation, et aux préparatifs de la mise à mort d'un homme. Ruttard est désigné, poussé à la faute et obligé de s'exécuter. Mais c'est lui qui sera exécuté. Ce qui inquiétant, c'est que ce roman semble "vrai" et que cette histoire est plausible.
La narration du drame s'effectue à différents niveaux. Des notes policières, des documents saisis lors de perquisitions et des compte rendus syndicaux.
Les quelques pages du rapport sur les compétences du personnel sont hallucinantes. Les "Passifs", les "Alliés", "les Irréductibles irrécupérables", etc... Un très attendu suspense final pour un bon roman, pas très facile à lire pour les non initiés au monde bancaire.
Extraits :
- En soit le meurtre est sans importance.
- Les difficultés conjugales de Ruttard n'excusent pas sa veulerie professionnelle et syndicale. Heureusement ! Il nous épargne ainsi les états d'âmes et peut-être les remords.
- Lui dira-t-il un jour à Masson, que Ruttard avait été réellement payé pour ça !
- Il est à noter qu'un tel mouvement n'était pas totalement imprévisible dans la mesure où le Breton a toujours été frondeur (chouannerie, révoltes paysannes du XXème siècle), rêveur (théorie des climats), et passéiste.
- Masson était à éliminer d'urgence.
- George Orwell a écrit 1984. Nous sommes en 1984. L'infâme Ruttard n'a pas raté son rendez-vous avec le futur.
- La victoire de la gauche nous a porté malheur. Les gens attendant je ne sais quoi du gouvernement.
- Guérisseur des cœurs, il était sans le divan, le psychiatre des portefeuilles.
- Il y aura de la compréhension entre nous, mais jamais d'amitié.
http://eireann561.canalblog.com/ - 12/03/2007

- Ce livre insolite raconte la manipulation d'un cadre supérieur par ses propres chefs pour l'éliminer et entraîner la déconfiture d'un syndicat encombrant.
Récit extraordinaire - mais plausible, et même véridique, la transposition n'altérant pas les faits - qui analyse des tensions internes d'une banque française de niveau international, des mécanismes de l'intervention d'un cabinet spécialisé américain, et éclaire crûment la violence sourde qui aboutit au drame.
AToms - 15/12/2008




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