Journal d'Irlande 1977-1983/1984-1989

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1990 - Editions Ouest-France - Signatures
2002 - Editions Ouest-France - Coffret poche

Prix des Écrivains Bretons

Résumé

- Edition 1990
Hervé Jaouen est né à Quimper en 1946. Dès ses premiers livres (La mariée rouge, Quai de la Fosse), il est reconnu comme un des maîtres du roman noir français (il a obtenu en septembre 1990 le Grand Prix de littérature policière pour son quatorzième roman, L'Hôpital souterrain). Mais il est aussi celui qui a su dépasser le genre (L'Adieu aux îles, Le Fils du facteur américain). Véritable déclaration d'amour, Journal d'Irlande révèle une autre facette du talent de l'écrivain et donne à voir, tout au long de se voyages dans l'île-refuge, les paysages intérieurs de l'homme.

- Edition 2002
Réunis, Journal d'Irlande, Chroniques irlandaises et La Cocaïne des tourbières forment une trilogie unique en son genre. On y trouve le meilleur de multiples séjours d'Hervé Jaouen en Irlande au cours de ces vingt-cinq dernières années. Il nous emmène au milieu des paysages, dans les pubs, au bord des rivières, dans les farmhouses, sur les lacs, à la rencontre d'une Irlande rêvée par ceux qui n'y sont jamais allés et retrouvée par ceux qui ne pensent qu'à y retourner.
Pour Michel Déon, Journal d'Irlande, le premier ouvrage de cette trilogie, "est une approche parfaite du meilleur de ce pays".

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Lors de la conférence de clôture du colloque Seuils et Traverses - Enjeux de l'écriture du voyage (Centre de Recherche Bretonne et Celtique - Université de Bretagne Occidentale - Brest 6-8 juillet 2000), Hervé Jaouen a évoqué les titres de sa "trilogie".
Le texte de cette conférence - intitulé Ecrire pour voir, écrire pour revoir - a été publié dans un recueil de contributions, sous le titre du colloque (2002).

Extrait

Les longues barques sont vert anis et terre de Sienne, mastic et noires, rouge turc et vert jardin, ou bien entièrement grises, lingots de plomb sur le miroir du lac.
Le ciel est gonflé, le lait des nuages est venu au feu, et de minces langues d'azur lèchent la barbe à papa éclairée de l'intérieur.
Dans une anse au creux de la forêt amazonienne, des hippopotames se baignent à l'abri du vent. Mais non, ce ne sont que les dos ronds, grenus et vérolés des pierres lunaires, et sombres massifs de rhododendrons sur les monts couronnés.
black head, les têtes noires écossais, font l'autruche dans les tourbières et, à l'image des minuscules nuages proches dessinés en relief sur les volutes blanches, ils floconnent, ils rusinent. J'aime ce verbe rusiner qui me vient de mes parents. Qui leur vient du breton.
Rusiner, traîner, traînasser, traînailler.
Perdre son temps ?
Un haut buisson de fuchsias - sa majesté le roi fuchsia ! - étale son aube écarlate jusques aux plis des robes de ses reines.
Des prés. Qui répondent en Irlande au nom plus modeste de douces.
Cette année j'ai appris un mot : sweet-of-the-meadow.

Critiques

- Le Journal d'Irlande de M. Hervé Jaouen ressemble à ces petites aquarelles qu'on découvre, l'été, dans des galeries sans prétention et qu'on achète pour se souvenir d'un instant, voire d'une lumière. C'est d'ailleurs si vrai que l'auteur nous offre en guise de couverture un paysage d'Irlande qu'il a peint lui-même.
Hervé Jaouen connaît son sujet sur le bout du cœur. Depuis une bonne vingtaine d'années, il fréquente avec régularité la grande île celte. Elle le fascine toujours, l'émeut encore et l'irrite parfois mais elle demeure la seule à lui permettre de satisfaire ses deux passions : la pêche à la ligne et la dégustation d'un véritable irish coffee dans un de ces pubs enfumés et mythiques de Galway ou de Tifferary, au milieu de personnages sortis des films de John Ford, né O'Fearna.
A lire Hervé Jaouen, on se rend compte très vite que le charme de ce pays ne provient pas uniquement de la sauvage beauté de ses sites ni des richesses exceptionnelles de sa mer et de ses rivières, mais plutôt des pesanteurs des traditions qui paraissent avoir figé les hommes pour l'éternité. C'est, en effet, de cette éternité que tout découle : la haine des Anglais, l'humour à leurs dépens, le respect de la nature, la crainte de Dieu et cette joyeuse fascination pour la mort. Sans oublier une noble ivrognerie. En Irlande, le temps ne compte pas. Pourtant on n'oublie rien. "L'Irlande est une terre où l'on retrouve la mémoire", écrit Jaouen qui adore tremper sa plume dans eaux poissonneuses de la Robe River.
C'est tout un pays avec son histoire, sa géographie, ses légendes et ses hommes qui, récit après récit, se reconstitue, tel un puzzle, sous nos yeux. Jaouen se garde bien d'agresser ses hôtes, il se fond dans le décor. Il fume, boit, chante. Il n'a pas besoin d'observer les Irlandais, il les connaît puisqu'il est de leur sang. D'où l'authenticité de ce Journal d'Irlande, sa qualité première. Très éloigné de la conception d'un guide touristique, il offre, cependant, une remarquable approche d'un petit peuple de poètes aux poings aussi durs que l'éternel granit !
D.Y. - Ouest-France - 17 décembre 1990

- Je ne veux pas vous parler d'un roman, d'un essai, d'un recueil de poèmes mais d'un journal celui, d'Hervé Jaouen concernant ses voyages en Irlande.
Sujet pas si banal que ça au fond si l'on considère la lecture comme un moyen pour voyager à bon compte; c'est comme chercher une bouffée d'air et pouvoir enfin la saisir, l'attraper en parcourant les pages colorées de cet auteur amoureux d'un pays, d'une contrée mythique, terre de génies, terre de souffrance aussi mais qui garde toujours ce pouvoir d'attirer le voyageur immobile dans ses rêves les plus insolites.
On est d'emblée attiré par ce pays, pourquoi ? cela nous échappe, un pays divisé, un pays fracturé - comme le décrit si bien et mieux que mille leçons d'Histoire Robert Wilson dans son oeuvre flamboyante "Eureka Street" - pourrait nous faire fuir et pourtant... L'Irlande, terre de la Reine Boudica mais aussi celle contée par le film "les Soeurs Magdelen"... Terre de contrastes...
Hervé Jaouen, quant à lui, écrit un journal et donc nous parle de son cheminement, s'arrête à un pub, va pêcher le long des rivières encore pures, discute de l'air du temps avec des inconnus comme ce vieux paysan pataugeant dans la tourbe, épuisant ses dernières forces à l'accomplissement d'une destinée faite de labeur et de peu de joie.
Au fil des pages, ce n'est pas un tableau idyllique qui est dressé mais la transcription d'une réalité faite de terre et de sang, entre deux chansons folkloriques et quelques verres de bonne bières, le lecteur découvre que ses rêves de voyages ne sont nullement altérés par l'évocation de ces ambivalences, bien au contraire.
On ressent la force d'un peuple en sa fierté, on ressent ses faiblesses en ses tourments dévastateurs, on ressent aussi un réel bonheur en redécouvrant la simplicité comme étant la règle admise d'une réalité que l'on devrait préservée.
Entre les romans classiques, les essais surprenants ou les livres classés SF, demeure sur mon étagère le Journal D'Irlande pour me rappeler que je peux voyager à tout instant.

- Premier ouvrage d'une trilogie qui comprend également Chroniques irlandaises et La Cocaïne des tourbières, le Journal d'Irlande nous propose, la plupart du temps sous la forme de brefs récits, des séquences des nombreux voyages (de 1977 à 1990 environ) de l'auteur dans ce pays "reflet sur terre des prairies éternelles."
Une fois que l'on a "opéré la fusion magique de la bière rousse et de l'oignon cru" tout devient plus compréhensible. Les dialogues entendus autour d'un comptoirs sont comme des scènes d'une pièce pourtant bien réelle et qui se joue en direct. Et quand l'air sent le fish and chips, la fumée de tabac blond et la vase des quais, le voyageur devient poète. "Sous un soleil blanc, les maisons de pêcheurs sont des éclats de silex dispersés par les explosions du gel." Michel Déon, irlandais d'adoption, estimait que ce livre était "une approche parfaite du meilleur de ce pays." Suivons donc Hervé Jaouen en Irlande.
Les premières lignes :
"Je suis un mécréant.
Et comme la plupart de mes semblables, je suis fasciné par les textes sacrés.
J'ai sous les yeux ce digest de la Bible qu'un hôtel offrait à ses clients.
En venant ouvrir le lit, la femme de chambre déposa le livret sur ma table de chevet."

- Il s'agit de la réédition en version poche du troisième volet de la trilogie irlandaise de Hervé Jaouen : T1 : Journal d'Irlande, T2 : Chroniques Irlandaises, T3 : La Cocaïne des Tourbières. Journal d'Irlande figure parmi les romans précurseurs d'un genre désormais largement décliné, celui du carnet de Voyage. Quelques citations : A propos de Journal d'Irlande "Approche parfaite du meilleur de ce pays." A propos de Chroniques Irlandaises "L'Irlande a inspiré à Jaouen ses meilleurs livres et celui-ci mérite de trouver sa place auprès du "Journal Irlandais" d'Heinrich Böll. Et tout cela sur un ton allègre, le charme d'une écriture toujours belle, qu'elle émeuve, raille, se fasse grave, tendre ou mordante. Et en prime à cette talentueuse littérature, quelle bouffée de grand air !" Ces trois ouvrages sont proposés sous forme de coffret ou individuellement.

- A la découverte de L'Irlande, à la fois rêvée et réelle, en compagnie d'Hervé Jaouen.

- Je suis une adepte de l'Irlande et de l'Écosse. Ce sont deux pays splendides. Pour l'Irlande, je ne sais pas quand est prévu le départ, mais je connais un écrivain qui parle divinement bien de ce pays, de ses coutumes, Hervé Jaouen, dans Chroniques irlandaises ou Journal d'Irlande et bien d'autres.

- Il était une fois, il y a très longtemps, dans le pays de Quimper, un jeune homme qui entamait une carrière dans la banque, s'intéressait à la politique, et avait aussi des tentations littéraires, plus particulièrement orientées vers le polar.
A la fin des années 70, le jeune homme est passé à l'acte et a inauguré la désormais mythique collection Engrenage d'Alex Varoux avec La Mariée Rouge, court polar hyper violent et dérangeant qui fit un certain bruit à l'époque et contribua à définir le "néo-polar" français (terme au demeurant fumeux qui désignait les romans policiers alliant à de fortes louches de sang, de critique sociale et de politique, un bon peu de provoc). Ce jeune homme, c'était Hervé Jaouen.
Depuis 25 ans, Jaouen a continué à écrire, il a progressivement laissé derrière lui le style de ses premiers livres (par ailleurs excellents), s'est affirmé comme l'un des polardiers français les plus doués de sa génération (Quai de la Fosse, Hôpital Souterrain...), a flirté avec la littérature dite "blanche" (Ouragan sur les Grèbes, Le fils du facteur américain, le tout récent Que ma terre demeure)...
... et puis, il a été à la pêche. A la truite.
Beaucoup.
Souvent.
Tous les ans, en fait, depuis un quart de siècle.
En Irlande (Eirin).
Et il a écrit le Journal d'Irlande, qui se décompose en trois tomes, l'un couvrant la période 1977-1989, le second (Chroniques Irlandaises) allant de 1990 à 1995, et le dernier, "La cocaïne des tourbières" s'étendant de mai 1995 à juillet 1999.
Heureusement (pour moi du moins), ce gros carnet de voyages à épisodes n'est pas seulement à réserver aux amateurs de pêche à la mouche. Certes, Jaouen est prolixe en récits de pêche, en ambiances de lough au crépuscule (pour le coup du soir) et de virées au pub après des pêches fructueuses ou bredouilles, mais ses anecdotes sont toujours attrayantes même pour le profane qui ne pêche du poisson que dans les bacs de chez Picard Surgelés. Et puis, quand même, le vrai sujet, ce n'est pas le poisson, c'est l'île qu'il y a autour. Et les gens dessus.
Et là, c'est un régal. Car Jaouen est un véritable artiste de l'instant saisi au vol et restitué avec sensibilité, qu'il s'agisse d'un détail insolite, d'une rencontre, d'une balade... Jaouen est un authentique et sincère amoureux de l'Irlande, et il sait la dire (grand dieu, voila que je parle comme Michel Le Bris) comme personne (ou presque).
Ceux que leurs voyages ont conduits du côté de Dingle, du Lough Corrib ou de Clifden et qui sont tombés sous le charme de ces contrées peuvent foncer sur le Journal d'Irlande, je les rembourserai s'ils sont déçus (en ciaoclics, le remboursement, hein, faut pas pousser quand même !). Ceux qui ne connaissent pas lesdites contrées, eh bien, qu'ils lisent aussi. Ils auront une bonne chance de se retrouver sur un ferry de la Britanny à brève échéance !
Un mot en particulier sur ce 3ème tome, "la Cocaïne des tourbières" : il est tout aussi captivant que les précédents, pour les raisons évoquées ci-dessus, mais offre en outre un aspect nouveau, lié aux mutations rapides que connaît l'Irlande ces dernières années, développement qui lui a valu le qualificatif de "tigre celtique"... Oui, l'Irlande s'est éveillée. Le monde n'en a pas tremblé pour autant, mais il a fait irruption au milieu des villages en chaume et des lacs paisibles. Changements de mentalités, affairisme montant, premiers signes inquiétants de pollution... bienvenue au XXIème siècle ! Jaouen a vu cette mutation se faire au fil des décennies, s'accélérer ces derniers temps, et maintenant il tire par endroits la sonnette d'alarme, sans pour autant que son livre tourne jamais à l'essai ou au pamphlet.
Au fait, et ce titre ? l'Irlande a tellement changé ? on deale le crack au fin fond du Connemara ? Non, ce n'est pas cela. La Cocaïne des tourbières, c'est, selon Jaouen, un gaz alcaloïde qui s'échappe des tourbières et dont les effets sont proches de ceux de la cocaïne. Je cite Jim Robson, gentleman farmer de Corofin : "Compte tenu de l'immensité de nos tourbières, l'air irlandais est saturé de coke. On est tous shootés du matin au soir et d'un bout de l'année à l'autre !"
Et à côté de ça, quand on voit ce qu'ils avalent comme Guinness ... !
Biroux - 16 mai 2001

- Hervé Jaouen est un homme de l'Ouest européen qui aime ses îles, sa mer et ses folles rêveries. Son "Journal d'Irlande" en dit long sur son amour pour la verte Erin. On l'accompagne facilement sur les chemins et routes de l'Irlande humide mais chaleureuse, au long des rivières, où il affectionne la pêche à la truite, et de tavernes en petits ports. Avec lui ç'en est fini de la distance sournoise qui s'établit généralement entre visiteurs et visités. A force de journal intime, on s'approprie des impressions de voyage qui devraient être celles du touriste (le vilain mot) idéal. Après lecture, on referme le journal satisfait d'avoir soi-même si bien découvert l'Irlande, si bien écrit le quotidien et si bien compris que le mépris des Anglais pour les Irlandais tient un peu plus de la jalousie que de la commisération...
Îles

- Reconnu comme un des maîtres du roman noir français avec "La Mariée rouge" ou "Hôpital souterrain" (Grand Prix de la Littérature policière 90), Hervé Jaouen est aussi celui qui a su dépasser le genre avec des titres tels que "Le Fils du facteur américain" ou "L'Adieu aux îles"...
"Journal d'Irlande", son "nouveau-né", nous révèle une autre facette du talent de cet écrivain né à Quimper en 1946. Véritable déclaration d'amour, ce livre donne à voir, tout au long de ses voyages dans l'île-refuge, les paysages intimes de l'homme.
A propos de cet ouvrage, l'académicien Michel Déon qui connaît bien l'Irlande pour l'avoir parcourue à bord de son "Taxi mauve", a notamment écrit : "Journal d'Irlande est une approche parfaite du meilleur de ce pays."
Serge MARSHALL - Marie-Claire - Mai 1991

- Auteur d'une vingtaine de romans policiers, Hervé Jaouen est aussi, comme tout Breton que se respecte, un amoureux de l'Irlande. Le récit de ses pérégrinations, depuis 1977, dans la verte Erin montre que si cet amour est inexplicable, il est en tout cas communicatif.
Libération - 03/01/1991

- Hervé Jaouen, déjà bien connu de nos lecteurs ("Quai de la Fosse", "Le Crime du syndicat"), nous offre ici un livre intense et étrange. Son journal de voyage en Irlande n'est ni un guide (les considérations pratiques qui s'y trouveraient doivent être patiemment extirpées des anecdotes et des descriptions), ni un livre de fiction, ni une méditation politique (la guerre d'Irlande est évoquée puis évitée aussi soigneusement que géographiquement).
Ce livre est un chant d'amour à un pays aimé pour sa beauté, ses hommes, aimé comme un refuge loin des vacances des cités et de la hâte envahissante du modernisme.
C'est aussi un dépaysement. Une invitation au rêve et au voyage. La très belle présentation ne gâte rien.
CFDT-MAGAZINE - N° 97 - Septembre 1985

- La mode est au voyage d'Irlande. À cette vogue, il existe chez nous de bonnes raisons, empruntées à la géographie, aux traditions celtiques et à une certaine similitude des mentalités. Comme beaucoup de nos compatriotes, Hervé Jaouen a été séduit par la verte Erin. Il vient de consigner ses impressions dans un livre remarquable paru aux éditions Calligrammes, 18, rue Élie-Fréron, à Quimper.
L'ouvrage n'a rien d'un guide. C'est le récit à bâtons rompus des séjours multiples que l'auteur a effectués, à titre individuel et hors des circuits touristiques organisés, dans les "farm-houses" et les "bed and breakfasts" de la contrée. Celle-ci lui a rappelé le Finistère dans sa partie maritime ou bocagère et l'Arrée ancienne manière, ses hauteurs déchiquetées et son marais du Yeun-Elez n'étaient pas sans analogies avec la région des "hills", des "mountains", des lacs et des tourbières, mais ici, la stagnation dans le passé est plus sensible, sans qu'on sache si elle est due à la force des traditions ou au caractère fataliste de la population.
Le paysage est beau dans ses reliefs et sa nudité mais aisément sinistre sous les lividités du ciel. Il incline au rêve et à la mélancolie. Pour s'en défendre, les Irlandais n'ont de ressource que la religion, leur pinte de bière ou leur verre de whiskey, la musique, la danse, le chant choral. L'auteur nous les montre dans des frairies du samedi soir où la joie a quelque chose de grégaire, d'artificiel et de provoquant. Rien cependant de comparable aux soûleries et aux bagarres homériques que nous montre "L'Homme tranquille", le film inoubliable de John Ford. L'étranger, le Français surtout, est vu d'un bon œil dans les "pubs" villageois où il se hasarde. En cas de presse, on lui fait passer son verre de mains en mains et l'on impose silence à l'ivrogne qui viendrait lui chercher noise. S'il arrive aux Irlandais de se battre, c'est toujours entre eux.
C'est ainsi qu'Hervé Jaouen s'est fait de nombreux amis dans le pays, depuis Mme Berker, sa logeuse, trop prodigue en confitures de rhubarbe jusqu'à cet O'Leary qui l'initie aux subtilités de la pêche au saumon, sans oublier le châtelain d'un "maner-house", inconsolable d'avoir tué par mégarde et dans la fleur de l'âge une épouse qu'il adorait. Par touches successives qui vont de l'instantané ou du croquis à la scène du genre, il vous rend familiers les paysages, les habitants et les modes de vie où nous retrouvons beaucoup de la Basse-Bretagne du début du siècle, avec - en plus - cet humour et cet emportement propres aux Irlandais. Le tout sans le moindre pédantisme, dans le style d'un reportage qui n'exclut pas les morceaux de bravoure.
Pierre AVEZ - Le Télégramme - 31/07/1985

- Une odeur de tourbe... Les balades irlandaises d'Hervé Jaouen
Drôle de bonhomme, Hervé Jaouen ! Ce Quimpérois qui se taille un beau succès dans le polar. Voilà que, pour un peu, il donnerait dans le mystique ! Bible, signes et intersignes ! Oh, très joliment écrit, remarquez ! Tenez, lisez donc vous-même : "Sur le chemin du temps qui passe, on ne risque pas de s'égarer et l'on a nul besoin de suivre les traces d'un Petit Poucet habillé de noir..."
C'est que Jaouen est passé ici de sa Cornouaille bretonne à l'Irlande. Du coup, la "Kalachnikov" est rangé au râtelier. Pas de sexe, non plus. Mais fraîcheur et verdure à profusion, vieilles demoiselles et tarte à la rhubarbe !
Hervé Jaouen voue à l'Irlande un amour quasi-religieux, auquel se prête sans doute ce pays. De ses divers séjours, il rapporte un "journal" dont les divers chapitres se prêtent à un facile jeu de mots ! Faut-il parler de balades ou de ballades ? Vous choisirez vous-même !
L'Irlande qu'aime Hervé Jaouen, ce n'est pas celle de Killarney, bien sûr, là où on vous organise une "soirée médiévale" quatre étoiles ! Son Irlande à lui, il nous la livre au fil de chapitres extrêmement divers, qui s'apparentent un peu à des nouvelles. Soit dit en passant, voilà un genre littéraire difficile, où Hervé Jaouen devrait très bien réussir et comme l'Irlande est le pays des rencontres !
Nous accompagnons donc notre ami sifflotant sur un chemin menant à Tipperary et que voulez-vous faire, sinon siffloter, quand vous approchez de Tipperary ? Et puis, dans la demeure de quelque vieille dame, où la tarte à la rhubarbe n'est guère meilleure que celle que l'on servait autrefois à la table familiale. Acide, acide...
Et puis, il y a le pub ! Une pompe à essence dehors et quatre pompes à bière dedans...
On est presque à la messe ici. Silence de l'Élévation lorsque l'on tire une pinte de "Guinness". Juste à côté, il y a quelqu'un qui se recueille, semble lire son avenir dans la mousse de sa bière. Tout à l'heure on communiera. Irlande de la fête retrouvée, de la grande fraternité. Irlande de la petite maison, dont le vent qui sent le varech secoue la porte, Irlande aux multiples feux de tourbe, Irlande de la "farm-house" où la charmante Marie O'Leary apprend l'accordéon et saura au moment du départ interpréter convenablement "When the saints...".
Irlande des îles d'Aran aussi, où Jaouen a cependant préféré conserver des images sagement rangées dans la mémoire. Une foule d'impressions, d'anecdotes, de récits et surtout de rencontres. Tenez, en voici une, pour conclure.
"Vous venez de France ?" Gravement, l'Irlandais répète "de France...", se laissa tomber à genoux et dit : "Alors, je vais prier pour vous !"
Et ce qui peut paraître invraisemblable, mais qui est vrai, c'est qu'Hervé Jaouen signe son écrit... de Kerdevot !
Jean BLÉAS - Le Télégramme - 17/07/1985

- Hervé Jaouen n'est pas allé en Irlande chercher un brevet de celtitude. Son livre échappe d'emblée au folklore. Entendez : Verte Irlande et croix celtiques.
Jaouen va d'abord à la rencontre des êtres et son journal est une galerie de portraits aussi émouvants les uns que les autres, qu'il s'agisse d'un châtelain, d'un vieux paysan ou d'une fillette de onze ans.
De courts récits forment la trame de son livre. Les décors favoris de l'auteur s'appellent : chambres d'hôtes, pubs et arrière salles de restaurants. L'auteur s'écarte des chemins tout tracés du tourisme standard, avec Killarney comme passage obligé. Il choisit, au contraire, les routes de traverse, les chemins buissonniers qui le débarquent en Irlande profonde. Ses occupations favorites : la marche à pied et la pêche en rivière.
Mais ce n'est prétexte. Jaouen cherche d'abord les hommes de chair et d'os. Il campe des personnages, comme dans ses polars. Il traque des regards, saisit au vol des attitudes.
"Dans ce pub de Galway, le soir, j'aime m'asseoir près de la cheminée et siroter un irish coffee sous le portrait de Charles ler. Trois filles travaillent au bar. Elles essuient les verres prestement et jettent des coups d'œil vifs. Elles appellent les clients par leur prénom."
Jaouen, c'est aussi simple que cela. Voilà sept ans qu'il "fait", comme on dit, l'Irlande. Un jour il aimerait bien y débarquer pour de bon et s'y acheter une baraque. Il s'y est fait tellement d'amis, lui le Français de Bretagne à qui chaque Irlandais, ou presque, demande s'il a fait le pèlerinage de Lourdes. Jaouen, l'agnostique, se gausse alors gentiment du catholicisme exacerbé des Irlandais. Son livre est, à cet égard, plein d'humour et de fantaisie, mais ne se départ jamais d'une certaine gravité, ou pour le moins d'une certaine émotion, quand il trace le portrait de gens marqués par la vie.
Jaouen nous dit surtout, entre les lignes, que l'Irlande propose un art de vivre, fait de simplicité et de convivialité.
P. TANGUY - R.B.O. - 30/07/1985

- C'est un bouquin qui est à mi chemin entre un roman et un guide touristique... Il revient sur les séjours en Irlande réalisés par Hervé Jaouen durant plus de 25 ans. Il y décrit avec détail les moindres coins où il est allé, les découvertes qu'il y a faites, les magnifiques paysages rencontrés, la chaleur des gens...etc. De nombreux points sur la culture et l'histoire irlandaise y sont aussi abordés...
Bref, ça pourrait te plaire... Et qui plus est, c'est le premier tome d'une trilogie vraiment géniale à lire...
Celtic Girl – 23/06/2010

- Un ravissement que ce journal d'Irlande. Le tout est écrit avec beaucoup d'humour sous une belle écriture.
Agnès RUIZ – 18/10/2011

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Dans cette oeuvre (mais également dans "Chroniques irlandaises") Hervé Jaouen évoque son ami, l'écrivain irlandais John McGahern décédé le 30 mars 2006.
Voici l'hommage écrit rendu par Hervé Jaouen à son ami.

L'écrivain irlandais John McGahern est mort jeudi après-midi 30 mars au Mater hospital de Dublin. Il était âgé de 71 ans et souffrait d'un cancer.
Mary McAleese, présidente de la République, a déclaré que l'Irlande venait de perdre "un talent littéraire hors du commun". Le Premier ministre Bertie Ahern a rendu hommage au romancier en ces termes : "John McGahern a consacré sa vie à sa vocation d'écrivain. Le tribut qu'il a payé pour son œuvre à ses débuts n'a fait que renforcer sa détermination. Il était aussi un grand esprit et un grand conteur."
Ayant eu la chance de connaître John McGahern, je l'imagine souriant d'un air un peu goguenard face à ces éloges, pourtant ô combien mérités.
Le tribut payé à ses débuts, lors de la parution de son deuxième roman, "L'Obscur", ce fut l'interdiction du livre par la censure et le licenciement de l'école primaire où John McGahern était instituteur. L'Irlande, en ces années-là, était sous la férule de l'Eglise, et le romancier avait eu tort d'évoquer une réalité : les tendances pédophiles d'un prêtre. Qui plus est, en puisant dans sa biographie le personnage d'un père tyrannique et narcissique, qu'on retrouvera dans la plupart de ses romans, il mettait en cause les fondements de la société irlandaise de l'époque. Impardonnable. John McGahern devra émigrer en Angleterre où tout en exerçant de petits boulots, il poursuivra son œuvre, imperturbablement, sûr de son talent.
Fallait-il que John McGahern aime son île natale pour revenir y vivre au début des années 70, dans un endroit reculé du Leitrim, et tirer quelque revenu d'un bout de terre pour continuer à écrire ?
Qu'elle soit au service de romans ou de nouvelles, la prose de John McGahern représente le rêve de tout écrivain : une pureté absolue, qui fait naître l'émotion d'une simplicité déconcertante. Parce que très travaillée. Il écrivait, m'avait-il dit, sans se donner de limites, et puis une fois la première mouture du texte achevée, il coupait, ponçait, rognait, jusqu'à ce qu'il ne reste que l'essentiel.
La première fois que John McGahern me reçut chez lui, il était à une sorte de tournant de sa carrière : succès critique et notoriété grandissante, mais pas encore l'immense succès auprès du public irlandais qu'allait lui valoir "Entre toutes les femmes". C'était en 1989, il venait de mettre le point final au manuscrit et m'en offrit un exemplaire dactylographié. Je le lus avec fébrilité. C'était un chef-d'œuvre. John McGahern reprenait la figure du père, mais un père vieilli, de santé précaire, soumis à ses filles, et obsédé par la quête du pardon qu'il souhaitait obtenir de son fils aîné, exilé en Angleterre...
Deux ans plus tard, sur la table de la cuisine, John McGahern étalait devant moi des monceaux de lettres de lecteurs. "Lisez, lisez, me disait-il, on m'écrit de partout." Ça l'amusait, ça lui plaisait, aussi - quel écrivain n'aimerait pas être enfin reconnu par le grand public ? Des travaux étaient en cours : John McGahern rajoutait une véranda à sa fermette. "Ce livre me rapporte beaucoup d'argent - il secoua la tête et ses yeux pétillèrent d'ironie -, et moi qui en ai manqué pendant si longtemps, je ne sais même pas quoi en faire. Trop tard."
Après, John McGahern écrivit un dernier roman, "Pour qu'ils soient face au soleil levant" (Albin Michel) et puis ses mémoires ("Memoir", Faber and Faber, à ma connaissance non encore traduit) que j'ai lu avec passion et ravissement, comme un jeu de piste menant aux clés de l'œuvre tout entière.
Alors qu'avec une immense tristesse je regarde des photos prises devant sa maison, dans son potager, une chose me frappe : nous avons non seulement perdu un ami mais aussi quelqu'un de chez nous, si je puis dire. La société rurale que décrit John McGahern aurait pu être la nôtre. Il suffirait de changer les noms de personnes et de lieux... C'est à partir d'un village, de quelques prairies, d'étangs, de chemins creux, et des gens qui habitent ces lieux, c'est à partir d'un minuscule morceau de "cette immense partie du monde" qu'est l'Irlande que John McGahern a réalisé son ambition de créateur : l'universalité, et cette éternité dont il se moquait, je crois.
Hervé Jaouen




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