Ceux de Menglazeg

01/09/2011
Presses de la Cité

Résumé

1982, au hameau de Menglazeg, au cœur des montagnes noires de Cornouaille.
En rentrant du travail, Sylviane, dix-huit ans, croit apercevoir sous les remous de l’Aulne en crue le toit d’une voiture où pourraient se trouver, noyés, sa mère, son petit frère et sa petite sœur. Réalité atroce ou illusion suscités par des remords confus que la jeune fille ne peut ni ne veut formuler ?
Au cours de la nuit, la réponse va peu à peu émerger du passé, jusqu’à la révélation d’un secret de famille stupéfiant.
Dans ce quatrième volume de sa fresque bretonne commencée avec "Les filles de Roz-Kelenn", Hervé Jaouen réussit le tour de force d’associer un suspense digne des meilleurs ouvrages du genre à l’histoire des descendants de "Ceux de Ker-Askol", dont "Ceux de Menglazeg" est la suite surprenante et magistrale.

Extrait

Sylviane Yvinou dirige son regard vers Menglazeg. Il y a de la lumière dans des maisons du hameau. Parmi ces étoiles d’espoir, elle essaie de deviner les fenêtres de chez elle. Elle prend pour repère la forme ovale d’un grand if dont le faîte dépasse de la ligne de crête. Elle sait que la maison de ses parents se situe en contrebas, au bout de l’allée en zigzags qui dessert les habitations et se termine en impasse, dans le vide, devant l’à-pic d’une carrière éboulée, sur un trou qu’on a barré de vieilles souches pour éviter qu’un petit vieux distrait, ou des gosses imprudents, n’y tombent et ne se tuent, vingt mètres plus bas, sur les arêtes coupantes des ardoises qui hérissent le fond comme les lames d’un piège.
Elle-même est piégée. Par la méduse qu’elle a entrevue, ou cru entrevoir – voilà qu’elle en doute de nouveau. Piégée par les gendarmes, qui ne veulent pas lui lâcher la grappe. Bon, on reprend, ma petite. Tu rentres du boulot, il n’y a personne à la maison, tu descends au canal et tu découvres la trace de pneus. Pourquoi tu descends au canal ? Qu’est-ce qui t’a fait penser que ? Et pourquoi, au lieu de prendre par le chemin de halage pour aller téléphoner du bistrot de Pont-Maenglas, tu es remontée chez toi ?
Ben ouais, faut que je remonte, je peux laisser ÇA sur la table de la cuisine, ce serait pire que tout, ça mettrait une sacrée puce à l’oreille des gendarmes.
Elle frissonne. Le truc sur la table, c’était comme un serpent qui lui tirait sa langue venimeuse.
Il n’y avait personne à la maison, rien ne mijotait sur la gazinière, le couvert n’était pas mis, sauf le sien, à sa place habituelle, avec une surprise, un drôle de plat de résistance, tellement lourd qu’elle n’aurait pas assez du reste de ses jours pour le digérer.
Posé sur son assiette, LE LIVRET DE FAMILLE !
  Oui ma fille, sur ton assiette, le livret de famille.

* * *

Combien de fois, seule à la maison, Sylviane ne l’a-t-elle pas pris dans le tiroir du buffet, ce livret de famille ? Vingt fois, cinquante fois, cent fois ? Pour le lire et le relire, et le graver dans sa chair, de la pointe du couteau des regrets. Pour se scarifier la peau du ventre à coups de scalpel, tout autour du nombril.
Elle ricane : ouais, c’est ça, j’ai le nombril balafré comme un œil d’Apache sur le sentier de la guerre. J’ai déclaré la guerre à ma mère sans penser que ça pourrait se terminer au fond du canal.
Mais non, c’est pas possible. Personne, même pas la grosse pouffe, n’est capable de faire une chose pareille. Ah, putain, comme je voudrais revenir au point de départ. Y a des conneries que je referais plus.

* * *

Guidée par les lumières de Menglazeg là-haut, dans la nuit noire et sous la pluie battante, Sylviane bute sur les cailloux du sentier et trébuche sur son passé. Elle saute à pieds joints les décennies, cases d’un jeu de marelle qui ne mène pas au Ciel.
De la vie de ses aïeux la jeunesse ne connaît le plus souvent que des bribes.
Sylviane sait que ses grands-parents, pépé Martial et mémé Léontine, se sont installés avant la guerre à Karn-Bruluenn, près de Laz, à une quinzaine de kilomètres de Menglazeg à vol de corbeau, où ils n’ont pas eu la vie rose.
Qu’ils n’ont eu qu’un fils, Mikelig.
Qu’à l’âge de douze ans il a chopé la polio et qu’il est resté infirme.
Que pour trouver une femme il a répondu à une annonce du Chasseur français et qu’une Aurore Coublanc a débarqué du nord de la France.
Que les épousailles de ses géniteurs sont entrées dans la légende locale.
Elle se dit en regardant les lumières du hameau : tu parles, Charles, c’est pas donné à tout le monde de se marier au beau milieu d’un enterrement.
Si c’est pas être mal barrés, ça, je rends mon tablier de technicienne de surface.

Critiques

- Hervé Jaouen signe le quatrième volume de sa saga commencée avec "Les filles de Roz-Kelenn". Dans les années 1980, au cœur des montagnes noires de Cornouaille, Sylviane croit voir le toit de la voiture de sa mère dans la rivière. S'est-elle noyée ainsi que son petit frère et sa petite sœur ? Atroce réalité ou illusion suscitée par le remords ? La jeune fille n'arrive pas à se rendre à la gendarmerie pour activer les recherches. Elle se sent coupable. Car la veille, elle a déclenché une forte dispute et à son retour, dans la maison vide, elle a trouvé sur la table son livret de famille... Une histoire très noire, voire glauque, avec souvent une écriture très crue, parfois même un peu dérangeante. Ce secret de famille est un peu lourd à digérer tant les personnages ont tous un passif très lourd. La haine de la jeune fille envers sa mère, la misère affective, sociale et culturelle de cette famille glacent mais on s'attache à Sylviane, à son père, aux grands-parents...
Corinne ABJEAN – Le Télégramme – 31/07/2011

- "Ceux de Menglazeg" nous glacent le sang !
Hervé Jaouen signe le quatrième volume de la saga bretonne. Il avait commencé par "Les Filles de Roz-Kelenn".
Une voiture bascule dans une rivière avec ses occupants. Sylviane rentre du travail et croit apercevoir dans cette voiture engloutie dans les remous de l’Aulne sa mère, son petit frère et sa petite sœur. Dans sa tête revit alors toute son histoire sordide, sa vie sans espoir, son milieu, un quart-monde paysan où il ne fait pas bon vivre.
Un monde qui n’a pas été touché par la modernité non pas pour s’en préserver mais du fait des moyens qui n’ont jamais été là. Les cœurs et les esprits se sont comme fermés à tout, aigris, sauvages. Hervé Jaouen sait certainement décrire ces milieux primaires mais où, pourtant, par moments, quelques éclairs de lumière jaillissent, et où les protagonistes trouvent l’amour, la tendresse, comme entre Martial et Léontine, ou même entre le pauvre Mikelig et la monstrueuse Aurore au prénom si mal porté.
Reste aussi de superbes descriptions de moments rares où le temps s’arrête dans cette campagne des Montagnes noires, à la fois redoutée et fascinante. Un livre à l’écriture efficace comme d’habitude et qui se dévore la rage au cœur.
Ouest-France – 1er/08/2011

- Après "Les filles de Roz-Kelenn", "Ceux de Ker-Askol" et "Les sœurs Gwenan", Hervé Jaouen poursuit l’histoire tourmentée d’une famille bretonne au 20e siècle avec "Ceux de Menglazeg".
Saint-Quelven, c’est juste une petite commune bretonne des Monts d’Arrée, aux abords du canal de Nantes à Brest. Une municipalité qui utilisa naguère un cheval de cirque pour le corbillard des enterrements. Une poignée de hameaux peu habités, nés jadis de l’exploitation des ardoisières. De nouveaux venus, un couple homo ou une prétendue artiste, installés là pour s’isoler du monde. Les inévitables vieilles commères trop curieuses, qui ne crèvent jamais. Au bistrot de Pont-Menglas, l’écœurante roublardise de Raymond et Simone. Ici, beaucoup de vieux dans leurs maisons usées. Tels Martial et Léontine qui, le soir en absorbant leur grog, se disent qu’ils auraient pu avoir une vie bien pire. En 1982, dans ces campagnes perdues, on ne vante pas encore les bonheurs de la ruralité.
C’est là que vivote la famille Yvinou, dans un logement sans réel confort. Michel, handicapé bricoleur employé de CAT, a épousé une fille du Nord en 1963. Cette Aurore Coublanc, choisie via les petites annonces, aimait les chansons yéyé et ne dédaignait pas le sexe. Vite repérée comme une feignasse, l’Aurore boréale ! C’est son mari Mikelig qui s’occupe de tout. À peine s’est-elle intéressée à leur première fille, Sylviane. Direction la DDASS pour les deux mômes suivants. Ses grands-parents Martial et Léontine ont aidé Sylviane à surmonter une enfance chaotique. L’été de ses treize ans, alors que l’adolescente gagne quelques sous en ramassant les haricots, ses premiers émois l’attirent vers le beau Paulo. Par la suite, le bistrot de Raymond et Simone abrite leurs amours.
Le problème de Sylviane, ce 3 mars 1982 pluvieux en soirée, c’est de faire face au drame qui vient de se produire. La 2 CV de cette baleine d’Aurore a plongé dans le canal. La disparition de sa mère la chagrine moins que celle de Louis et Capucine, les derniers-nés de la famille Yvinou. Affronter les voisines du hameau avant de tout raconter aux gendarmes ? Leur dire pourquoi le livret de famille sur son assiette, la dispute qui a précédé avec la grosse Aurore en l’absence de son père, le dérapage de sa mobylette dans le canal, leur parler de Paulo et des haricots, expliquer la vie sinistre qu’elle a vécu depuis toujours ? C’est de sa faute, Sylviane le sait trop bien : aux gendarmes, "je leur cracherai à la gueule ma vie de merde, ma misère, ma douleur, mon chagrin, mon désespoir."
Des secrets trop lourds pour une famille banale comme la leur, c’est certain. Compréhensif, le gendarme Loussouarn se pose fatalement des questions sur un accident qui pourrait cacher une sale affaire. Quand la voiture d’Aurore est retrouvée, il héberge Sylviane chez lui. L’épouse de Loussouarn, ex-gendarme elle aussi, sait susciter les confidences. Raconter son parcours maudit dans cette ambiance sans avenir ? Les échecs, Sylviane les assumerait presque, si Louis et Capucine n’en étaient les victimes. Et demain, quand des médias imbéciles vont relayer ce faits divers sans rien comprendre de leur vie, qu’y peut-elle ? Drame, parce que leurs mensonges, et tous leurs mauvais choix, ne pouvaient que finir dans le canal ? Non, même dans des endroits d’apparence paisibles, les destins insoupçonnés des habitants conduisent à des actes incontrôlés…
Une histoire criminelle, c’est bien ce que nous raconte Hervé Jaouen. Non pas une enquête policière, ou les investigations d’un détective amateur. Encore que, à sa manière, Loussouarn est aussi un expert : "Il ne l’avouerait pas, mais il a envie de se signer. Il croit en Dieu, beaucoup moins en l’homme. Ce fils de paysan en a trop vu de dures, dans les campagnes, sous le fumier des omertas familiales, depuis qu’il est gendarme."
Au-delà d’un accident mortel provoqué, ce qu’évoque l’auteur dans ce quatrième opus de sa saga d’une famille bretonne, ce sont les conditions de vie de cette tribu isolée socialement. Il y a environ trente ans et plus, il est fort plausible que ce genre de faits ait pu se produire dans une telle bourgade, un hameau oublié. Nul n’était fautif, chacun ayant reçu une culture suffisante. Simplement, naître dans des conditions imparfaites entraîne des situations mal maîtrisables. Sans doute existe-t-il aujourd’hui encore des versions différentes, pourtant similaires. Humaines et dramatiques, sans vraie culpabilité, si difficiles à rectifier comme celle de Sylviane. Un suspense d'une grande finesse...
Claude LE NOCHER – 18/08/2011

- […]Dans ce roman qui tient du polar et de la chronique sociale, l’écrivain Hervé Jaouen fait preuve d’une grande maîtrise pour raconter une histoire simple sans tomber dans le pathos, en glissant ici ou là les pointes d’humour qui permettent d’alléger la tension du récit. Il peint une Bretagne sombre, lourde, une Bretagne de la lande et du granit, loin de ma lumineuse côte, mais qui renforce encore le caractère inexorable de certains destins. Un roman très agréable.
Hécate – 01/09/2011

-Tragédie dans un village breton
Rien de mieux qu'un roman d'Hervé Jaouen pour saisir la vérité, si souvent douloureuse, de la vie du petit peuple breton. Dans le quatrième volume de sa saga, qui peut se lire de façon totalement indépendante des trois précédents, l'auteur quimpérois nous transporte dans la seconde moitié du XX e siècle, au cœur d'une famille installée dans les Montagnes Noires de Cornouaille. C'est chez ces gens de peu qu'un drame survient le 3 mars 1982: la mort par noyade de deux jeunes enfants.
Fort d'un style direct, sombre et volontiers cru, façon San-Antonio, d'où jaillissent souvent des éclats poétiques ou humoristiques, Jaouen décrit des personnages du quart-monde. De pauvres bougres tiraillés entre leurs origines paysannes et la nécessité de s'adapter à un monde moderne loin d'être plus tendre que celui d'autrefois. Ainsi l'avenir de Sylviane Yvinou, dix-huit ans, apparaît irrémédiablement bouché. Comment pourrait-elle espérer goûter un jour à un bonheur simple, elle qui a grandi entre Aurore, une mère indigne, totalement indifférente à sa fille, et Mikelig, un père pas méchant pour un sou mais doté d'un caractère faible et d'un corps handicapé par les séquelles d'une polio…
Secret de famille
Et comme pour sceller définitivement son destin, Sylviane, en rentrant un soir de son travail de "technicienne de surface", se frotte les yeux en passant en bordure du canal : elle jurerait avoir vu le toit de la voiture de sa mère, une 2CV, disparaître sous les flots… D'un coup, elle a un mauvais pressentiment: les petits Louis et Capucine, derniers-nés de la famille, se sont noyés avec Aurore. Et la jeune fille, qui s'était violemment disputée la vieille avec sa génitrice, se sent profondément coupable, même si c'est de façon indirecte. Sylviane a-t-elle été victime d'une hallucination, à moins qu'il ne s'agisse d'un accident bien réel, voire d'un crime?
Petit à petit la vérité va apparaître. Un terrible secret de famille est alors confié par Sylviane au gendarme Loussouarn et à sa femme. Jaouen peint avec une délicatesse infinie la façon dont le couple Loussouarn, si attachant, s'y prend pour aider Sylviane à affronter la profonde tourmente qu'elle traverse.
Si l'atmosphère du roman est très sombre, l'espoir n'en est toutefois pas absent. Outre le sympathique gendarme, d'autres personnages permettent de ne pas désespérer totalement du genre humain. Les grands-parents de Sylviane sont ainsi particulièrement touchants. Toujours amoureux à l'âge où la mort approche, Martial et Léontine ont su être le seul rayon de soleil capable d'éclairer l'enfance de Sylviane. Malgré les épreuves qui ne les ont jamais épargnés, ils ont toujours fait preuve d'une dignité et d'un courage inouïs. Finalement, Jaouen peint un tableau social glaçant par son réalisme, mais dans lequel l'optimisme parvient malgré tout à trouver une place.
Blaise de CHABALIER – Le Figaro – 01/09/2011

- Dans ce quatrième volume de sa fresque bretonne commencée avec "Les Filles de Roz-Kelenn", Hervé Jaouen réussit le tour de force d'associer un suspense digne des meilleurs ouvrages du genre à l'histoire des descendants de "Ceux de Ker-Askol", dont "Ceux de Menglazeg" est la suite surprenante et magistrale.
Elléon – 30/08/2011

- Noire comme l'ardoise
Quatrième volume d'une grande fresque qu'Hervé Jaouen consacre à la Bretagne à travers la saga d'une famille et de ses ramifications. L'éditeur nous rappelle que chaque volume est indépendant et par conséquence il est possible de les lire séparément et sans ordre imposé.
Au cœur des Montagnes Noires au bord du Canal de Nantes à Brest, Sylviane regarde très troublée des traces de pneus qui laissent supposer qu'une voiture a coulé à cet endroit ! Est-ce la 2CV de la famille conduite par sa mère Aurore avec, à son bord, petit Louis et Capucine ? Est-ce un suicide, conséquence d'une énième dispute particulièrement violente entre elle et sa mère hier soir ? Pendant quelques instants, elle aussi pense se jeter à l'eau avec sa mobylette. Un dernier réflexe et seul le deux roues sombrera ! Mais la question est la suivante :
- "Que faire maintenant ?"
Est-ce bien une voiture qu'elle a semblé apercevoir ? Dans la maison familiale déserte, comme pour la narguer, le livret de famille est posé bien en évidence sur la table...
L'intrigue se déroule sur deux époques, avril 1963 pour le mariage et mars 1982 pour la conclusion.
Mikelig, infirme civil, convole en justes noces avec Aurore, grâce à une petite annonce... La cérémonie mêle la kermesse la plus débridée. La mariée, originaire du nord forte femme au propre comme au figuré, est venue avec une troupe de gilles, dont certains membres semblent avoir été plus que de simples amis pour elle, bien décidés à montrer aux Bretons qu'eux aussi savent faire la fête. Une fille, Sylviane naîtra de cette union, pas plus désirée que cela...Et la vie, cette chienne de vie continue, pas en mieux hélas, d'autres naissances retirées de la famille... Puis un retour d'affection, un garçon et une fille qui eux resteront dans la famille... les années passent jusqu'à cette soirée, jour du drame, mais pourquoi ?
Expliquer, mais pour la jeune fille où commencer les explications, le pourquoi du comment ? De la naissance ou de ce premier travail et ce premier amour ? La nuit sera longue pour les personnes écoutant ses confidences sordides...
[…]Un des tous meilleurs Jaouen d'inspiration bretonne, avec "Au dessous du calvaire" certainement un des plus "vrais" et des plus accomplis. Un constat social sur un mode de vie qui a disparu, absorbé par le modernisme et la société de consommation.
En exergue la dernière phrase du ce livre :
"On devrait toujours songer que sous chaque pierre tombale reposent des destins insoupçonnés."
Extraits :
- Tout s'est très bien passé. Il était né le divin enfant. C'est après que ça a foiré
. - Ils se déshabillèrent, passèrent leurs chemises de nuit et se couchèrent côte à côte comme des gisants qui n'ont plus rien à attendre du lendemain.
- Ce fils de paysans en a trop vu de dures, dans les campagnes, sous le fumier des omertas familiales, depuis qu'il est gendarme.
- Il imagina un tribunal de vieilles : les condamnations pleuvraient, avec elles le voleur de pommes récolterait perpète.
- Où voulez-vous que j'aille ? Que le seul voyage qui me reste à faire c'est pour aller au cimetière.
- À Menglazeg, le progrès ne passait pas.
- C'est plus tard, aussi, que je me suis dit que pépé Martial et mon père avait une tête à se pendre un jour. Tel père, tel fils.... Y a pas de place pour les gentils dans ce monde de tordus.
- Ils étaient la preuve vivante que, comme on dit, le plaisir de celui qui donne est plus grand que le plaisir de celui qui reçoit.
- En Bretagne, on parle aux morts et on leur prête les mêmes sentiments qu'aux vivants.
- Il augmenta les doses de sa morphine du pauvre.
Extrait de http://eireann561.canalblog.com/ - 01/09/2011

- Depuis quelques années, la mode du polar est de virer à l'exotisme : les directeurs de collection ont joué sur le passé historique, sur l'éloignement géographique et à présent des focus se braquent sur des pays afin d'en tirer la substantifique moelle : le polar sud-américain, les auteurs du froid... Pourtant, il n'est pas forcément besoin de remonter de dix siècles, d'être moine japonais ou de crapahuter à la recherche de criminels au fin fond de la brousse pour dépayser le lecteur.
Hervé Jaouen qui a commencé par des polars très urbains et très empreints de réalisme social avait opéré un premier tournant dans sa trajectoire avec "Hôpital souterrain", un thriller angoissant dans les îles Anglo-Normandes. Né lui même à Quimper, il publie maintenant une série où il met en scène la Bretagne, ses mutations et ses permanences, à travers le destin d'une famille emblématique, dans la plus pure tradition zolienne. Le roman se situe en effet dans un hameau de l'intérieur des terres bretonnes, là où les ouvriers agricoles commencent à chômer et attendent la retraite, là où les fermes sont retapées par des bobos. "Ceux de Menglazeg" manie l'exotisme de décrire une campagne comme figée au XIXe (dans un final poignant et drôle où Hervé Jaouen accumule les clichés sur des journalistes parisiens venus rendre compte d'un drame local), mais où avoir le permis, s'habiller comme l'on veut pour une fille est un ferment de désordre social. Le drame se noue à partir des difficultés de concilier une modernité symbolisée par Sylviane, qui s'oppose à sa mère, énorme cachalot fainéante échouée au milieu d'une ferme perdue. Le père, quasi absent, est lui aussi coincé entre cette vie simple qui lui convient et l'argent qu'il gagne en réparant des téléviseurs. Le roman s'ouvre par la découverte d'une voiture tombée dans le canal en 1982 et progressivement remonte dans les années 1960 à la genèse d'une histoire tragique qui conduit fatalement à un ultime plongeon. Plus que l'aspect policier prévisible, c'est la description du milieu, des personnages, des envies, des rancœurs, d'un monde rural qui sans doute existe encore de-ci, de-là, sous les lambris des liaisons Internet qui est au centre de ce récit, de cette tragédie qui couve pour, de manière inéluctable, exploser.
Citation
Il n'y avait pas grand monde aux obsèques de Loeiz Gouritin de Kroah-Dibenn. Les gens ont peur d'attraper les puces d'un vieux crevé dans sa saleté.
Laurent GREUSARD – 15/07/2011

- 1982, au cœur de la Bretagne. Un soir, Sylviane, jeune femme de 18 ans, rentre du travail et croit apercevoir dans la rivière le toit de la voiture de sa mère. À l’intérieur, pense-t-elle, peuvent s’y être noyés Aurore, sa mère, mais aussi Louis et Capucine, ses petit frère et sœur. Dès lors, elle hésite sur la conduite à tenir, car sa très violente dispute de la veille avec sa mère a sans doute entraîné cet accident, ou ce suicide.
Nous avons parfois – j’avoue, j’ai parfois – pour les romans dits régionaux – voire de terroir – des a priori négatifs. Ce roman breton, écrit par un Breton (né à Quimper), se passe en Bretagne, dans les Montagnes Noires ; on y parle parfois le breton (avec notes bas de pages, ouf !) et est édité dans la collection de l’éditeur qui se nomme "Terres de France". Régional et terroir donc. Oui, mais il est vachement bien ! Tout simplement. C’est le dernier volume d’une fresque bretonne écrite par Hervé Jaouen et qui contient quatre tomes. Je n’ai pas lu les précédents, mais no problem, ils se lisent indépendamment les uns des autres.
Qu’est qui fait que ce roman est – je me cite, on n’est jamais si bien servi que par soi-même – "vachement bien" ? Mais tout, ai-je envie de vous répondre. Par exemple, l’intrigue s’évente assez vite (disons que quelques indices et une perspicacité au-dessus de la moyenne – si si, je maintiens, au pire ça fait vantard, au mieux, on me croit, et là mon aura croît – m’ont fait deviner assez vite le secret de la famille). Mais, malgré cela, j’ai dévoré ce roman ; c’est un signe qui ne trompe pas. Tellement de romans ne tiennent qu’à l’intrigue, qui une fois devinée perdent tout leur intérêt. Pas là.
Quelques pistes pour cerner mon engouement :
Les lieux d’abord, empreints de légendes, d’histoires plus ou moins glaçantes. Un climat typique aussi qui permet d’opacifier et de densifier le secret.
Les personnages ensuite. Ils sont laids, difformes pour certains, parfois terriblement hostiles, antipathiques, mais avec d’autres côtés plus attachants. Nul n’est tout noir ni tout blanc. Sylviane est une belle jeune fille, mais pas facile, avec du caractère et quelques "casseroles" qu’elle traîne. Sa relation avec sa mère est tendue, voire totalement haineuse. Mikelig, le père, est un petit bonhomme que la polio à déformé et empêché de grandir. Il voue un amour total à sa femme Aurore, la mère, l’objet de l’amour aveugle de Mikelig et qui le lui rend bien d’ailleurs – cet amour intense, qui surmonte tout, même les événements les plus indignes –, est le personnage central du livre : sa corpulence, son caractère, sa description éclipsent un peu les autres :
"Les plus méchantes parleraient d’épouvantail à moineaux fabrique aux Champs-Élysées : sur ces formes rebondies devant et derrière, sur tout cette chair, regardez donc cette robe cheuc’h [chic], enrichie – pour rappeler la collerette des gilles (la famille nordiste d’Aurore) – d’un mantelet en satin, aussi seyant à cette tête bouffie, à ses petits yeux derrière des lunettes d’écaille, à ces bajoues et à cette lèvre supérieure surlignée de duvet brun, qu’un col de gilet de sauvetage à une tête de veau sur l’étal d’un boucher… […] Plus tard dans la journée, on apprenait que la mariée [Aurore] compensait sa mocheté par sa gaieté et son appétit de réjouissances. À table, Aurore n’était pas du genre à laisser sa part au voisin, et jamais elle ne mettait sa main entre une bouteille de vin et son verre, et en pleines libations Madame n’était pas la dernière à pousser la chansonnette cochonne." (p27/p28)
Le mariage, ah oui, parlons-en. Tout un chapitre, inoubliable, lui est consacré. Aurore est du Nord, Mikelig local : une rencontre de deux cultures et une union étonnante, précédée d’un enterrement. La description d’Hervé Jaouen est un grand moment, on s’y croirait. J’en rigole encore. Il paraît même que dans le Nord, on parle encore du cheval breton qui tractait le corbillard (en 1963, en Bretagne, dans les petits villages, les corbillards n’étaient pas encore tous motorisés).
Enfin, l’écriture. Quelle langue ! Point d’artifices. Du direct. Du franc. Du cru. Du franchouillard argotique mâtiné de breton. Les scène un peu chaudes, parce que Madame n’est pas avare non plus de ses charmes, au plus grand bonheur de son mari, sont très drôles, et permettent de se détendre entre deux révélations pas reposantes. Cette langue et l’humour inhérent font eux aussi passer des scènes terribles plus facilement, ou alors, au choix, en rajoutent encore dans l’horreur, la dégradation et le sordide.
"L’Aurore boréale en cloque, l’assistance sociale qui surveille son bide comme un paysan le tour de taille de son cochon à l’engraissement, et la voilà à point, crac direction la maternité, et Madame pond son œuf, le dénommé Eddy, comme Mitchell. Si elle avait continué à pondre, tout le hit parade y serait passé. [Le premier enfant confié à la DDASS se nommait Johnny] L’œuf, il a été ramassé tout frais pondu sous le cul de la pondeuse, comme si elle avait accouché en haut d’un toboggan. Poussez, poussez, qu’on lui dit, et hop, elle expulse le produit de la bête à deux dos, et hop il glisse direct dans le couffin de la DDASS. Adieu couvée ! C’est pas beau ça ?" (p54)
Un bouquin pas commun, des personnages qui marquent et que je n’oublierai pas de sitôt et une langue percutante, efficace et jouissive. J’irais bien voir si leurs aïeux des trois tomes précédents sont aussi barrés.
Un roman de la rentrée littéraire, mon dixième, le plus déjanté, le plus frais sûrement grâce à l’air marin breton.
Le blog de Yv – 7/09/2011

- Des traces de pneus qui se dirigent vers la berge du canal de l’Aulne, qui s’arrêtent au bord de l’eau, une sorte de méduse flottant entre deux eaux. Il n’en faut pas plus pour que Sylviane, Sylvie-Anne pour l’état-civil, soit persuadée que sa mère et son petit frère et sa petite sœur gisent au fond de la bagnole emplie d’eau. Morts noyés par sa faute. Pour la mère, "sa grosse pouffe de mère", ce n’est pas grave. Elle l’a bien cherché l’Aurore Boréale, Aurore c’est son prénom, Boréale, parce qu’elle vient du Nord, de la France, et qu’elle a connu le père de Sylviane grâce aux petites annonces du Chasseur Français. Ils se sont mariés en 1963 et Sylviane est née en 1964. Mais les petits, Louis et Capucine, rien que d’y penser, l’adolescente en est toute retournée. D’ailleurs elle décide de se jeter elle aussi dans la flotte mais sa mobylette dérape et c’est l’engin qui est englouti. Il ne lui reste qu’à rentrer à la maison, avec l’espoir improbable que tout cela n’est qu’un cauchemar.
Seulement dans la cuisine du pennti, petite maison bretonne, le couvert n’est mis que pour une personne et dans l’assiette est déposé le livret de famille. Une vision qui la perturbe encore plus.
Nous sommes au début mars 1982, et bouleversée Sylviane se remémore son enfance par bribes. Elle n’a pas eu la vie facile, Sylviane. Son père atteint de poliomyélite, il est handicapé d’un bras, mais pas du reste. Sa mère, Aurore depuis son mariage passe son temps à écouter des microsillons de ses idoles préférées, Johnny, Eddy, Sylvie… C’est pour cela que Sylviane s’est appelée Sylvie, avec l’ajout du nom de la sainte patronne de la Bretagne. Nés après elle ses deux autres frères, Johnny et Eddy ont été placés à la DDASS et depuis elle n’en a plus eu de nouvelles. L’Aurore ne s’est pas révélée maternelle, laissant le père, Mikelig, s’occuper de la gamine, du ménage, de la popote, malgré son infirmité. Ils ne sont pas riches, mais Mikelig qui travaille dans un C.A.T., bricole aussi pour les voisins et connaissances, réparant radios et télévisions. Ce qui lui a permis d’acheter la fameuse 2CV qui est au fond du canal. Puis sont arrivés Petit Louis et Capucine.
Sylviane tergiverse. Doit-elle ou non avertir les gendarmes ? Elle rentre chez elle, et s’informe auprès des voisines, l’Artiste et la vieille Channing, des femmes qui furètent partout, toujours à l’affût du moindre petit scandale, du moindre secret. Les cancanières du hameau qui tiennent le rôle du journal parlé du bourg. Non elles n’ont pas vu sa mère et les petits, mais elles aperçoivent le livret de famille que Sylviane s’empresse de ranger dans un tiroir. Alors elle se tourne auprès de ses autres voisins, Basile et Boris, surnommés les B&B, deux hommes qui vivent en couple, des homosexuels à n’en pas douter mais si gentils.
Boris prend les choses en main. Sylviane retourne sur les lieux en sa compagnie puis ils préviennent la gendarmerie depuis le café-tabac, un rade d’habitués qui refont le monde en parlottes qui ne mènent à rien, un boui-boui lieu obligé de rendez-vous avec son baby-foot et son téléphone indiscret. Une fois de plus Sylviane remâche ses souvenirs, ses treize ans, et le bon temps passé avec ses grands-parents paternels qui la choyaient, lui offraient l’amour maternel dont elle était frustrée.
"Ceux de Menglazeg" est le quatrième pan d’une saga familiale à lire indépendamment, ou non, puisque certains des personnages des précédents romans y font des apparitions évanescentes, et n’interfèrent en rien dans ce drame qui est presque un mélodrame rural. Quelques images fortes imprègnent ce roman dont l’action principale se joue entre deux dates : 1963 et 1982. Deux époques qui se juxtaposent, se télescopent, et qui mêlent sourires, rires même parfois, et tragédies. Parmi ces images fortes, le mariage d’Aurore et Mikelig. Le jour même du mariage, juste avant la messe de cérémonie le curé officie un enterrement. La carriole qui emporte le cercueil du défunt est tirée par un cheval recueilli auprès de bohémiens de passage. Ce n’est pas pour refouler les ardeurs des musiciens qui accompagnent les mariés. Seulement le cheval à l’écoute de cette aubade qui lui rappelle sûrement son enfance dans un cirque itinérant se met à danser, à tanguer à gauche, à droite. La marche funèbre se transforme en parade équestre. D’autres images moins drolatiques défilent et c’est toute une époque révolue qui revit. La cueillette des haricots, travail ingrat payé au compte-gouttes, pas pour des haricots mais presque. Les loisirs n’existaient pas ou peu. Sauf pour l’Aurore qui avait amené de chez elle son tourne-disque et ses microsillons. En ce coin reculé de la Bretagne, au nord de Quimper, dans les monts d’Arrée, le modernisme n’avait pas encore dénaturé le quotidien, les habitants vivaient chichement, mais étaient-ils plus malheureux que nous aujourd’hui qui avons tout ou presque ? Pas sûr. Sommes-nous plus heureux, alors qu’on en veut toujours davantage ?
Un beau livre sur la condition humaine comme Hervé Jaouen sait les écrire.
Paul MAUGENDRE – 12/09/2011

- Une saga bretonne
Hameau de Menglazeg, au cœur des montagnes Noires de Cornouaille, année 1980. En rentrant du travail, Sylviane, 18 ans, croit apercevoir sous les remous de l’Aulne en crue le toit d’une voiture où pourraient se trouver, noyés, sa mère, son petit frère et sa petit sœur…
Dès ses premiers livres, Hervé Jaouen a été reconnu comme un grand maître du roman noir français, récompensé par de nombreux prix, dont le Grand Prix de la littérature policière.
Mais s’installer dans un genre ne suffit pas à ce natif de Quimper. Il entend poursuivre un travail de réflexion sur l’écriture commencée au lycée sous l’influence du Nouveau Roman. Un critique dira de lui : "Il faut du jeu à Jaouen".
Le Semeur Habdo – 19/08/2011

- Du côté de Menglazeg, un jour de pluie…
1982, au hameau de Menglazeg, au cœur des montagnes Noires de Cornouaille. En rentrant du travail, Sylviane, dix-huit ans, croit apercevoir sous les remous de l’Aulne en crue le toit d’une voiture où pourrait se retrouver, noyés, sa mère, son petit frère et sa petite sœur. Réalité atroce ou illusion suscitée par des remords confus que la jeune fille ne peut ni ne veut formuler ? Au cours de la nuit, la réponse va peu à peu émerger du passé, jusqu’à la révélation d’un secret de famille stupéfiant.
Le Villefranchois – 01/09/2011

- Les années 1980 au fin fond du Finistère. Pourtant l’histoire de Sylviane pourrait se dérouler au début du siècle. Une mère alcoolique et obèse, un père trop gentil, un garçon venu le temps d’un été. Hervé Jaouen recrée l’atmosphère parfois délétère des campagnes où les secrets les mieux enfouis finissent par ressurgir par l’entremise des commérages d’une vieille voisine.
Bretons – Août/Septembre 2011

- Mais quel est donc ce secret de famille stupéfiant ? Que va générer sa révélation ? Le quatrième volume de la série débutée par "Les filles de Roz-Kelenn" permet à l’auteur quimpérois de poursuivre son histoire d’une vaste famille bretonne au XXe siècle. Nous sommes dans les années 1980, dans le hameau de Menglazeg, au cœur des montagnes Noires de Cornouaille.
Armor Magazine – Septembre 2011

- Drame et secret de famille, sur les pas de Sylviane, 18 ans, et qui n’a guère une jeunesse facile, au cœur des montagnes Noires de Cornouaille, près de canal de Nantes à Brest, rude pays où règne l’ardoise, en breton "maen glas", la pierre bleue.
Rouen Lecture – Septembre/Octobre 2011

- De 1938 à 1982, suspense et tragédie autour d’une famille bretonne dans un contexte social très rude.
A Maenglas (entre Briec et Pleyben, dans le Finistère), au cœur d’un hameau de vieilles maisons d’ardoisiers. La famille Yvinou est sortie de la misère ou presque. Ils ont un fils, Mikelig, infirme à la suite d’une polio. Via une annonce matrimoniale, ce dernier rencontre Aurore. Pas franchement la belle-fille rêvée pour les parents mais Aurore et Mikelig se marient. C’est un drôle de couple, qui vit en autarcie, isolé de tous. En 1964 naît leur première fille, Sylviane ; Aurore la néglige et, déjà, les services sociaux sont alertés. Elle grandit, en adolescente rebelle, attirée par les garçons. Elle a quatorze ans quand naissent Louis et Capucine. Insidieusement, la tension monte entre la mère et son aînée ; toutes deux se disputent l’affection des petits. Un jour de mars 1982, Sylviane rentre de son travail. Elle s’attend à trouver sa mère et les deux petits à la maison. Personne. Pas de repas préparé. Mais, dans la cuisine, un couvert est mis et, posé sur l’assiette, le livret de famille. Elle seule sait ce que signifie…
YouSribe – 20/09/2011

- Les descendants de la pauvre Mamm Gwenan, morte à la fin du XIXe siècle aux alentours de Briec-de-l'Odet, vivent à présent près de Laz. Le 3 mars 1982, vers 18 h, Sylviane croit découvrir des traces suspectes dans l'herbe qui borde le canal. La 2CV conduite par sa mère, dans laquelle avaient pris place son frère et sa sœur, est peut-être "tombée" au fond de ce canal. Elle croit d'ailleurs apercevoir, dans l'eau trouble, la trace d'une toile jaune. Accident, crime ? Dès les premières pages le lecteur est interpellé. Quel rôle a joué Sylviane, personnage trouble s'il en est, dans ce qui pourrait bien être un crime. Pour quelle raison haït-elle autant sa mère, son frère, sa sœur ? En tout cas l'intrigue est nouée, et on ne lâche plus le livre qui, peu à peu, va livrer ses secrets. Comme souvent, Hervé Jaouen, parsème son roman d'expressions, de mots en breton, donnant un certain piment, une vraie authenticité à son récit. Une fois de plus, il nous régale.
Éliane FAUCON-DUMONT – Le Télégramme – 14/09/2011

- Suspense breton
Hervé Jaouen réussit un sacré tour de force : il associe un suspense trépident et efficace à l’histoire de descendants bretons. Avec "Ceux de Menglazeg", il signe un quatrième volume de sa saga. En 1982, dans le hameau de Menglazeg, Sylviane, 18 ans, rentre de son travail et croit apercevoir, sous les remous de l’Aulne en crue, le toit d’une voiture où pourraient se trouver, noyés, sa mère, son petit frère et sa petite sœur ! Avec Jaouen, les secrets de famille se révèlent stupéfiants…
Télépro – 08/09/2011

- Hervé Jaouen est un auteur breton, qui, dans ses nombreux romans fit revivre la Bretagne profonde. Dans son dernier roman publié, "Ceux de Menglazeg", l’auteur nous entraîne, à notre époque, à la fin du XXe siècle, dans une modeste bourgade où nous découvrons des personnages originaux, mais vivants sans ambition, sans complexes et fiers de leur passé. Tout n’est pas rose, mais tout n’est pas noir, c’est le hasard des rencontres de la vie qui donne à chacun des occasions de vie, avec le bonheur parfois, la malheur souvent, mais toujours l’acceptation de ce qui arrive. En ce pays de Cornouaille, certaines boissons offrent leur vertu pour oublier les tracas et la souffrance. Un roman qui célèbre la paysannerie, la vie rurale et une certaine forme de bonheur partagé, qui fait oublier les malheurs de certains.
Guy PERRAUDEAU – L’Écho de l’Ouest, et Courrier Gironde - 09/09/2011

- Noire Bretagne
Dans les Montagnes Noires de Cornouaille, Hervé Jaouen nous décrit la triste vie d’une famille dont les secrets vont conduire à un drame. Sylviane, 18 ans, rentre du travail et découvre sa mère, son petit frère et sa petite sœur noyés dans la rivière du hameau de Menglazeg. Que s’est-il passé, quel a été le déclencheur ? Autour de ce terrible drame, l’auteur nous fait parcourir une Bretagne sauvage, misérable, mais pourtant fière. Étonnamment, chaque décor, chaque situation semble familière à celui qui a déjà parcouru cette superbe région. Ou alors, ce sont les travers de l’espère humaine, universels, que le lecteur reconnaîtra…
Norbert ILLI – L’Ardennais – 11/09/2011

- On est en 1982, au hameau de Menglazeg, au cœur des Montagnes noires de Cornouaille. En rentrant du travail, Sylviane, une jeune fille de 18 ans, pense apercevoir sous les remous de l’Aulne en crue, le toit d’une voiture dans laquelle pourraient se trouver, noyés, sa mère, son petit frère et sa petite sœur. S’agit-il de l’affreuse réalité ou d’une illusion suscités par des remords confus que la jeune fille semble incapable de formuler ? Peu à peu, au fil de la nuit, la réponse va émerger.
Ouest-France – 15/09/2011

- Année 1980, hameau de Menglazeg dans les montagnes Noires de Cornouaille. En rentrant du travail, Sylviane, 18 ans, croit apercevoir sous les remous de l’Aulne en crue le toit d’une voiture où pourraient se trouver, noyés, sa mère, son petit frère et sa petite sœur. Réalité atroce ou illusion suscités par des remords confus qu’elle ne peut ni ne veut formuler ? Quelques jours auparavant, une dispute l’a opposée à sa mère, et elle craint que ce ne soit le dénouement tragique du règlement de comptes qu’elle a provoqué.
Ici Paris – 21-27/09/2011

- […] Dès ses premiers ouvrages, Hervé Jaouen a été reconnu comme un grand maître du roman noir français, récompensé par de nombreux prix. Dans le quatrième volume de sa saga bretonne commencée avec "Les filles de Roz-Kelenn", il réussit le tour de force d’associer un suspense digne des meilleurs ouvrages de genre à l’histoire des descendants de "Ceux de Ker-Askol", dont "Ceux de Menglazeg" est la suite magistrale…
La Liberté de l’Yonne – 22/09/2011

- Jaouen a l’art de transformer une histoire banale en une histoire extraordinaire.
Peut-on considérer ce roman comme un conte des temps modernes, à vous de juger.
Merci à Monsieur Jaouen de nous raconter des histoires de famille ordinaire en les sublimant et en nous prenant aux tripes, avec votre style inimitable. Un livre à déguster sans modération.
Gracq – 15/10/2011

- Toujours sensible à la terre bretonne Hervé Jaouen entraîne ses lecteurs au cœur des montagnes Noires de Cornouailles. Sous le titre "Ceux de Menglazeg" il rapporte des affres dans lesquels se débat une jeune fille âgée de 18 ans, Sylviane, depuis qu’elle a cru apercevoir dans les remous de la rivière le toit d’une voiture dans laquelle pourraient se trouver les cadavres de sa mère, de son petit frère et de sa petite sœur. Car, quelques jours auparavant une violente dispute l’a apposée à sa mère, et cette vision de voiture dans l’eau pourrait bien être la conséquence de cet affrontement. Mais y a-t-il eu vraiment accident ? Sylviane n’a-t-elle pas l’esprit troublé par le remords ? Peu à peu, la réponse va émerger du passé jusqu’à révéler un secret de famille stupéfiant.
Ce roman est la suite magistrale de la sage bretonne de l’auteur débutée avec "Les filles de Roz-Kelenn".
L’Écho – Le Valentinois – 01/10/2011

- "Elle est prostrée au bord du canal, hypnotisée par cette tache noire qu’elle voit ou croit voir sous l’eau, suaire d’angoisse, molle méduse qui se joue de sa raison. Un tourbillon : la méduse s’évanouit. Un remous : elle réapparaît et ondule, criblée de gouttes de pluie." - Est-ce une illusion ? Là, dans le canal… une voiture. La jeune Sylviane craint le pire, imagine déjà l’horreur. Car, si c’est bien la 2 CV familiale, comme tout le laisse supposer, elle pourrait bien contenir trois corps, celui d’Aurore, sa mère, et des deux petits, Louis et Camille. Sylviane se torture. Est-elle responsable ? La mise au point, qui la veille a pris valeur de querelle et rupture avec la mère, "la grosse pouffe", a-t-elle été le déclencheur du drame ? Car il y avait bien le livret de famille, dans l’assiette. Sylviane est tentée par le grand plongeon. Après tout, pourquoi pas ? La vie est si moche, pour ceux de Menglazeg… aux côtés d’une mère un peu tarée, irresponsable, négligée, et d’un père infirme, gentil, certes, mais sans caractère et aux genoux de sa femme. Bien sûr, il y a Louis et Capucine, ses chers petits. Il y avait. Car, désormais, ils sont sans doute au fond de l’eau. Alors la jeune fille lance sa Mobylette dans les eaux. Mais elle manque son coup et reste sur la berge. Perdue.
Tout raconter aux gendarmes ? Sylviane y pense, elle en a tellement gros sur le cœur. Tellement gros que personne ne peut imaginer à quel point. Personne. Mais les voisins vont s’inquiéter. Où sont Aurore et les enfants ?
Alors Sylviane laisse les événements se dérouler selon la procédure. Les gendarmes retrouvent la voiture… Et tandis que celle-ci émerge de l’eau, le secret de Sylviane si longtemps et douloureusement enfoui, remonte aussi.
Un très beau roman qui, bien que différent par le style et le fond, complète la fresque bretonne commencée avec "Les filles de Roz-Kelenn".
L’Est-Éclair et Libération Dimanche Champagne – 02/10/2011

- Un air de Bretagne souffle autour d’Hervé Jaouen et de son dernier roman "Ceux de Menglazeg", une histoire noire à souhait, plongée en eaux troubles dans une histoire de famille. Les montagnes de Cornouaille offrent un terreau fertile au tragique.
Le Maine libre – 09/10/2011

- Jaouen est un styliste hors pair qui s’adonne à la critique sociale et crée des atmosphères noires avec, en toile de fond, la Bretagne. Dans son nouveau roman, "Ceux de Menglazeg", il mêle suspense et description de Bretons modestes.
Blaise de CHABALIER - Le Figaro littéraire - 10/11/2011

- Hervé Jaouen est certainement le meilleur écrivain breton de roman noir. Quand il monte un suspense, ça marche de première : entrer dans ce livre, c’est courir le "risque" d’aller jusqu’au bout dès la première fois… Mais "Ceux de Menglazeg" n’est pas seulement une très forte histoire, de pauvreté et de misère sociale – quel réalisateur de film va le porter au cinéma ? –, c’est aussi le dernier paru des volumes de la saga bretonne que l’auteur a commencé avec "Les Filles de Roz-Kelenn". Pour moi, c’est le meilleur des quatre.
Nous sommes en 1980, au pays des ardoises des montagnes Noires. L’auteur connaît admirablement la Bretagne dont il parle. Il la décrit avec des accents d’une incontestable réalité. Le ciel de plomb, le paysage noir, le sol glissant, l’humidité prégnante : ceux qui ont parcouru cette région en connaissent l’âpre beauté, sa rudesse et sa démesure. À une époque où cherchent à s’imposer le bref et le superficiel, Hervé Jaouen est pour le lecteur un guide précieux pour parcourir, au contraire, la Bretagne en profondeur.
Et dans ses pas, nous allons à la rencontre des personnages. Nous les reconnaissons (il m’est arrivé, pour ma part, de prendre un jour en stop la Sylviane du roman, celle qui travaille à l’usine de fumaison du saumon. Si ce n’était elle, c’était sa sœur). La langue de l’auteur a la puissance nécessaire pour l’investigation violente des corps et des âmes. On s’est parfois évertué, dans une critique, à trouver exagérée la crudité de cette prose. Alors qu’elle est absolument nécessaire. C’est la langue de la vérité. Quel beau travail !
Ronan LEPROHON – Le Peuple breton – Novembre 2011

- Au cœur des montagnes noires se trouve le hameau de Menglazeg. Autrefois, ces modestes maisons abritaient des ardoisiers, maintenant, elles attirent les familles très modestes des environs ou des Parisiens en mal de terroir. C'est là que vit Sylviane, tout juste dix-huit ans, qui voudrait se libérer de l'emprise de ses parents, couple bien mal assorti en apparence : un Breton maigrichon et taiseux et une fille du Nord plus qu'en chair et volubile. Si elle reste à Menglazeg et s'échine à l'usine de saumons, c'est bien pour les deux derniers de la fratrie, Louis, quatre ans et Capucine, deux ans qu'elle aime farouchement.
Le récit démarre, la tragédie pourrait-on dire tant l'histoire d'Hervé Jaouen rappelle les grands classiques où tout est joué d'avance, par la découverte que fait la jeune fille en rentrant du travail. Dans les remous de l'Aulne, elle croit apercevoir le toit de la voiture de sa mère. Celle-ci aurait-elle eu un accident ? Qui se trouvaient dans la voiture ? Sylviane n'a-t-elle pas trop provoqué sa mère la veille ?
Cette découverte nous fait remonter le fil du temps : nous découvrons tous ceux qui entourent l'héroïne, ses grands-parents Martial et Léontine, paysans pauvres mais d'une incroyable dignité que le progrès a laissé sur le bord de la route, ses parents, si peu capables d'assumer leur rôle, trop occupés à satisfaire leur propres besoins, plus proches de l'animal que de l'homme et les petits qui ensoleillent la famille. Hervé Jaouen décrit un milieu sombre, une Bretagne crépusculaire où l'agriculture intensive aussi bien que le délitement des valeurs morales détruisent paysages et hommes. Ce tableau extrêmement noir m'a parfois troublée mais j'ai été conquise par le portait des grands-parents, qui m'ont rappelé les miens.
http://www.leslibraires.fr/profils - 18/01/2012

- 1982, au hameau de Menglazeg, au cœur des montagnes Noires de Cornouaille. Des traces de pneus qui se dirigent vers la berge du canal de l’Aulne, qui s’arrêtent au bord de l’eau, une sorte de méduse flottant entre deux eaux. Il n’en faut pas plus pour que Sylviane soit persuadée que sa mère, son petit frère et sa petite sœur gisent au fond de la voiture emplie d’eau. Dans la petite maison bretonne, le couvert n’est mis que pour une personne et dans l’assiette est déposé le livret de famille. Une vision qui la perturbe encore plus. Doit-elle ou non avertir les gendarmes ? Suspense et secrets de famille au bout de la nuit.
L’Avenir agricole – 13/01/2012

- On se souvient de l’excellent roman "Ceux de Ker-Askol", que nous avons eu l’occasion de présenter dans ces colonnes. Voici la suite de cette saga en quatre tomes. Nous sommes en 1982, à Menglazeg, village des montagnes noires. Un drame éclate : on retrouve le petit frère et la petite sœur de Sylviane, noyés. Rapidement, il apparaît que la mort est suspecte. Commence alors une affaire terrible qui va faire exploser la famille et se terminer aux assises. Comme les précédents ouvrages de la série, on plonge là dans les secrets d’une famille bretonne déchirée et marquée par le destin. Une saga très prenante, riche en rebondissements, vraiment passionnante.
Le Courrier indépendant – 20/01/2012




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