L'argent de la quête

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2006 - Après la lune - La maîtresse en maillot de bain
Site de l'éditeur : http://apreslalune.free/fr

Résumé

A cinq ans, Petit Youenn écrivait correctement.
"C'est un petit génie que vous avez fabriqué là, disait Sœur Odile, à la mère, il ira loin. Il faut qu'il continue dans le privé, il sera beaucoup mieux suivi. Les portes du petit séminaire lui seront grandes ouvertes, il aura ses deux bacs et, qui sait, une licence de lettres."
- C'est ça, commentait le père, et ils en feront un curé... Un ennemi du peuple sorti de mes couilles, y aurait de quoi se les couper.

Extrait

L'exode rural de l'entre-deux-guerres chassa les brebis du Christ hors des chapelles nichées dans les halliers bretons. En ville, toisés par les bigots embourgeoisés, les anciens campagnards n'osaient pas franchir les portes des fières cathédrales. Le risque était grand de perdre des ouailles. Alors, soit : puisque ces fidèles d'entre les fidèles s'éloignaient du Seigneur, le Seigneur se rapprocherait d'eux, dans des maisons plus modestes où ils retrouveraient l'intimité des chapelles. Quelques années avant la poussée de fièvre mécréante du Front populaire, le trésorier du diocèse cassa sa tirelire. Dans les faubourgs ouvriers qui poussaient autour de la ville, une cité de caractère en basse Bretagne, on fit bâtir trois églises, pour trois nouveaux quartiers.
Sainte-Luce et Saint-Ronan ressemblaient plus à des baraques qu'à des lieux de culte. Sainte-Anne n'était pas laide. Eclairée de vitraux, décorée de compositions en céramique sur son fronton, elle possédait des proportions harmonieuses. Simplement, construite en béton et blanchie à la chaux, elle jurait un peu dans le paysage breton, d'autant que le dôme qui lui servait de clocher lui donnait l'air d'une mosquée.

Critiques

- Bretagne, début des années 50.
Petit Youenn (lire Jaouen) est un môme vif, intelligent, ne manquant ni de l'affection de son père (un ouvrier "rouge" qui a passé la guerre dans un Stalag) ni de celle de sa mère, qui faillit mourir en couches.
La seule ombre au tableau, c'est ce grand frère beaucoup plus âgé que lui, qui voudrait à toute force le faire entrer à "l'école libre" pour (entre autres raisons) faire plaisir à sa fiancée, une fille issue de la "bonne société". Ce frère tellement proche de lui que Petit Youenn l'appelle "Monsieur."
Un récit plein de pudeur, doublé d'une chronique attachante de la Bretagne prolétaire de l'après-guerre et de la reconstruction.
Site : www.apreslalune.free.fr

- En mars 2006, sort une nouvelle collection : "La Maîtresse en Maillot de Bain". Il s'agit de textes d'une cinquantaine de pages évoquant l'enfance.
Au programme, des auteurs confirmés tels Yasmina Khadra, Caryl Férey ou Jean-Jacques Reboux. Chacun y apporte sa singularité, son univers, sa vision pas toujours enfantine de cette époque de la vie. Citons, entre autres, "Mon Brooklyn de quatre sous" de Dominique Sylvain : Au milieu des années 1960, c'est le temps de l'insouciance pour deux gamines, de vraies pisseuses. Elles adorent leur institutrice. Quand celle-ci est défenestrée, l'oncle d'une des copines est soupçonné. Sa nièce cherche la vérité sur ce meurtre... On adore la tonalité enjouée de ce passionnant récit, qui correspond bien à la candeur espiègle de l'enfance.
"L'argent de la quête" d'Hervé Jaouen est le N°1 de cette collection. Dans les années 1950, Youenn est le second fils d'une famille modeste. D'origine rurale, ils habitent un petit logement du quartier Sainte-Anne. Youenn est en maternelle "sous l'église" dans la classe de Sœur Odile. Enfant souffreteux, il apprend vite à lire et à écrire. Sœur Odile s'arrange pour qu'il n'aille pas en primaire à l'école laïque.
Youenn adore se retrouver avec son père, syndicaliste affirmé qui n'aime ni les riches, ni "a curaille". Youenn ne nie pas les avantages de l'enseignement reçu, mais choisit d'être un athée respectueux. Son grand frère agace toute la famille en jouant au Monsieur. Il veut influencer leur mère, pour que Youenn n'entre pas en 6e à l'école publique. L'astucieux gamin n'a pas dit son dernier mot...
Jaouen n'est pas seulement un talentueux romancier. Il est aussi diablement convaincant dans des textes plus courts. Son recueil de nouvelles "Merci de fermer la porte" (1999) nous l'a prouvé. Ici, il restitue l'exact état d'esprit de la population modeste de l'époque. Politisés ou non, ces gens éprouvaient un respect méfiant envers la religion. La rébellion de Youenn constitue une étape importante pour lui. C'est la savoureuse conclusion d'un fort agréable récit tout public.
Dans l'interview reprise sur www.rayonpolar.com, Hervé Jaouen précisait : "Oui, j'ai besoin d'écrire. On peut vieillir très vite. D'où un sentiment d'urgence : accoucher de tous les projets avant d'en être incapable..." Il explique que certains sujets sont prioritaires.
Quand on lit ces deux nouveautés (avec "Les ciels de la baie d'Audierne"), on est heureux qu'il en ait fait des priorités. Car, chacun dans son genre, ils sont vraiment réussis. Certes, nous nous écartons un peu du polar. Mais on a toujours plaisir à saluer des romans de qualité.
Claude LE NOCHER - www.bibliopoche.com

- La collection s'intitule : "La maîtresse en maillot de bain", et les quatre auteurs qui l'inaugurent nous donnent rendez-vous dans la cour de récré, quand les filles sont des pisseuses et les garçons de gros balourds boutonneux. Hervé Jaouen, Yasmina Khadra, Dominique Sylvain et Jean-Jacques Reboux ont remis la main sur leurs photos de classe, de la Bretagne à Blida, redessinant leur enfance pour de courts textes qui flirtent avec la nostalgie ou le règlement de comptes. Avec eux, les souvenirs d'école n'ont pas le goût lénifiant du mistral gagnant ou de la menthe à l'eau.
Christine FERNIOT - Télérama n° 2928 - 22 février 2006

- La Maîtresse en Maillot de Bain, collection des petits arrangements avec l'enfance de la nouvelle maison d'édition Après la Lune, propose de courts textes écrits par des auteurs confirmés. Leur point commun, on l'aura compris : des récits d'enfants. Mais attention, nulle puérilité, nulle innocence factice. Juste une poésie, un imaginaire et une vision décalée souvent oubliés à l'âge adulte. Dans "L'argent de la quête" d'Hervé Jaouen, petit Youenn, est un garçon étonnamment doué, précoce. Même si son père est un ouvrier coco et sa mère une blanchisseuse plus attachée aux rituels qu'à la religion, il est tout de même inscrit dans une école catholique tenue par des nonnes. Seul problème, Sœur Odile se prend tellement d'affection pour le petit prodige qu'elle espère lui faire prendre le chemin du séminaire. "C'est ça, commentait le père, et ils en feront un curé... Un ennemi du peuple sorti de mes couilles, y aurait de quoi se les couper." Récit émouvant à la saveur acidulée, "L'argent de la quête" est un condensé d'irrévérence et de drôlerie.
Delphine HEITZ

...Hervé Jaouen se lance dans l'exercice de la nouvelle au travers la collection "La maîtresse en maillot de bain", lancée par un nouvel éditeur, les Editions Après la Lune. L'idée est de laisser les auteurs raconter leur vision de l'enfance. Ici, avec Jaouen, ça commence fort...
Bretons - Avril 2006

- Avec "L'argent de la quête", Hervé Jaouen inaugure une collection dans une nouvelle édition. La maison s'appelle Après la lune ; quant à la collection, elle est dotée d'un nom évocateur, tout en fantasmes, "La Maîtresse en maillot de bain" et est celle des petits arrangements avec l'enfance.
Petit Youenn est né après-guerre par la grâce de Dieu. Son père est revenu d'Allemagne, une fois l'armistice signé, et sa mère n'a eu sa matrice sauvée qu'au prix d'une souffrance immense et longue. Il s'ensuit de tout ça que Petit Youenn est le favori des deux enfants du couple, le premier étant né avant la guerre et ayant eu le temps de grandir juste assez pour voir en son père un inconnu. Dans cette Bretagne catholique, le père est un Rouge. Un Coco, Malgré cela, Petit Youenn va à l'école sous l'église et suit les cours de sœur Odile dont il tombe amoureux, du haut de ses cinq ans. Petit Youenn est un grand prodige. Il lit et écrit parfaitement. Mais pas question qu'on en fasse un curé. Il se retrouve au cœur d'un conflit familial entre le père et le frère. Ce dernier, qui a monté son affaire et qui a pour fiancée une bourgeoise de bonne famille, souhaite qu'il continue une éducation religieuse. Mais le père n'est absolument pas de cet avis. Il ne veut pas d'un ennemi du peuple sorti de [ses] couilles. La mère, elle, a son idée mais reste d'une étrange passivité. Alors, Petit Youenn décide d'agir. Histoire de maîtriser sa destinée.
Ce premier roman court, une cinquantaine de pages, nous emmène donc dans une bataille acharnée entre laïcité et catholicisme. Sœur Odile est l'incarnation de la mère dont tombe amoureux Petit Youenn. Alors qu'elle devrait rester en charge des petits - l'école est dirigée par deux institutrices - elle choisit de suivre toute l'éducation primaire de ces petits auxquels elle s'est attachée. Cette décision aura un impact sur le premier choix de Petit Youenn. La maternelle terminée, alors qu'il se dirige vers l'école de la Nation, il fait volte-face. Il continuera à l'école sous l'église. Avec le temps, le travail de sape du père dont il ne comprend pas tout, fera effet. D'amour fantasme, sœur Odile se transformera en comploteuse. Elle rejoindra le clan du frère et de l'abbé au moment de choisir dans quelle école ira Petit Youenn au sortir du primaire.
"L'argent de la quête" est un roman social agricole porteur d'idéologies désespérées avec un père qui n'a que son fils comme simple auditoire. Roman à atmosphère empli de souvenirs. Ainsi on y retrouve ce magasin, Coop, remplacé depuis dans les petits villages par les Relais des mousquetaires, et c'est bien le but avoué d'une telle collection - "La Maîtresse en maillot de bain" - que de raviver de vieux souvenirs perdus au tréfonds de notre mémoire à la manière d'un "Je me souviens" de Georges Perec mais romancé.
Julien VEDRENNE
www.lelitteraire.com

- Garçon vif et intelligent, Petit Youenn vit dans l'affection de son père, un ouvrier communiste qui a passé la guerre dans un stalag, et de sa mère qui a failli mourir en couches. La personne qui l'impressionne le plus est son grand frère, un frère si proche qu'il appelle Monsieur. Un récit construit à partir d'un souvenir d'enfance et une chronique de la Bretagne prolétaire des années 1950.

- À la manière de Peppone et Don Camillo, les parents du narrateur sont déchirés entre l'école catholique et la communale. Le garçon aime bien la bonne sœur qui l'a gardé plusieurs années dans sa classe et a révélé ses dons pour les études. Son père, ouvrier agricole, en sait long sur l'exploitation de l'homme par l'homme... Son frère, militaire et prétentieux, se montre très autoritaire avec lui... Sa mère, qui ne va pas à la messe mais exige que lui y aille... Quelle influence sera la plus forte sur ce petit caractère déjà bien trempé ?
http://mescollections.aliceblogs.fr/ - 16/02/2009




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