Au-dessous du calvaire

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2005 - Presses de la Cité - Terres de France
2005 - Le Grand Livre du mois
2005 - Editions VDB (gros caractères)
2007 - Pocket - n° 12967

Résumé

- 2005 - En Bretagne, à Huelgoat, en 1969, Corentin Kermanac'h revient sur les lieux de la tragédie familiale qui a bouleversé sa vie.
Au cœur des monts d'Arrée, pendant la Seconde Guerre mondiale, les Kermanac'h, cinq frères célibataires et leur sœur Naïg, exploitent en commun la ferme léguée par leurs parents.
Sous l'Occupation, la fratrie se divise entre pacifistes et partisans de la lutte armée dans des camps radicalement opposés : la Résistance et les brigades nationalistes bretonnes.
Associant pour la première fois le destin d'une fratrie paysanne et le sujet polémique de l'adhésion de la plupart des nationalistes bretons au nazisme, Hervé Jaouen nous livre le roman que la Bretagne attendait depuis soixante ans.

- 2007 - Aujourd'hui encore, au sommet des monts d'Arrée, un vieux calvaire de granit domine un paysage de malédiction. Pour quelques anciens, il invite au recueillement et au souvenir. Trop de destins se sont croisés là, pour le pire, dans le chaos du printemps 1944.
En avril de cette année-là, des compagnies de SS traînent toujours dans la région. Et les cinq frères Kermanac'h n'ont pas attendu l'envahisseur pour se déchirer autour de la ferme familiale. Les uns ont choisi le maquis, les autres les brigades nationalistes bretonnes qui ne cachent pas leurs sympathies nazies. Quant à leur sœur, elle a le malheur d'aimer un Allemand. La tragédie de la Libération se profile déjà...

Extrait

A partir de la vallée de l'Aulne la route n'a cessé de monter, jusqu'à finir par sinuer sur la crête en faux plats de l'un des sommets du pays d'Arrée.
Il y a des sommets plus connus que celui-là, lequel n'a même pas de nom sur les cartes d'état-major. A l'ouest de cet anonyme, le mont Saint-Michel de Brasparts, au nord-ouest le roc Trevezel et le roc Tredudon.
Au tout début de notre chemin de crête, une route départementale descend à perte de vue vers les replis intimes de rondeurs féminines. Avons-nous gravi le ventre ou la poitrine d'une monstrueuse matrone couchée sur le dos ? Dans quelle direction tourne-t-elle la tête ? Impossible de le savoir. Peut-être a-t-elle été décapitée. En tout cas, si l'on accepte l'idée que ces deux collines adossées au mont comme des jambes de force figurent ses cuisses, et cette large pilosité sylvestre son pubis, nul doute que c'est à l'endroit de son sexe que se situent les chaos de Saint-Herbot et de Huelgoat, ces éboulis gigantesques que la terre a expulsés de sa matrice il y a des millions d'années.
Avant d'entreprendre la longue descente, l'esprit doit se préparer à affronter cette faille mystérieuse. Le voyageur s'assied un instant sur le socle d'un calvaire en granit mangé par le temps. Dominant le paysage, le Christ et les deux larrons, le visage et les membres grêlés de lichen, semblent dire au chemineau : "Ecarte-toi de ce chemin, demeure sur les sommets ou bien attends-toi à trouver le désordre dans cette fosse commune de pierres millénaires."
Le carrefour où le calvaire a été érigé porte le nom de Kroaz-an-Turk. Sur les origines de ce toponyme, les avis divergent, mais la plupart s'accordent sur une explication qui a la beauté des légendes : ce serait un Turc, un infidèle, par conséquent, qui aurait sculpté la croix au siècle des Lumières. D'où venait cet Ottoman ? Qui était-il, que faisait-il au centre de la Bretagne ? Un descendant d'esclave ramené d'Orient par des Templiers dont on trouve la trace, ici et là, dans les archives de manoirs fortifiés ? Ou, plus simplement, un tailleur de pierre breton, mais au physique barbare - œil noir, moustache tombante - d'égorgeur de chrétiens ? L'absence de réponse à ces questions ajoute encore à l'angoisse qu'inspirent le calvaire et le paysage qu'il semble maudire.
Pour avoir raison de l'angoisse, rien de mieux que de toucher, d'apprivoiser, de conjurer sa source. Comme des myriades d'hommes, de femmes et d'enfants avant nous, asseyons-nous au pied du calvaire, signons-nous si nous sommes croyants et méditons en attendant que se présentent en haut de la côte les personnages de notre histoire. A un moment ou à un autre, ils passeront tous par là, guidés par le destin qui les fera se rencontrer dans le chaos, au printemps 1944.

Critiques

- (Sur le marque page accompagnant le livre)
Hervé Jaouen met sa plume au service d'un nouvel hommage au terroir breton.
En abordant pour la première fois dans une œuvre de fiction le sujet de la complicité des nationalistes bretons avec les nazis, Hervé Jaouen nous donne le grand roman que la Bretagne attendait depuis soixante ans.
Une saga familiale bretonne au cœur d'une page essentielle de notre histoire, entre résistance et collaboration.

- Après le vibrant hommage à sa région natale, avec Que ma terre demeure (2001), Hervé Jaouen nous livre, en 2005, une fiction étonnante sur la Bretagne de l'Occupation, vue à travers le regard de cinq frères et de leur sœur. Au-dessous du Calvaire est une saga familiale qui aborde l'adhésion au nazisme de certains nationalistes bretons, mais aussi le choix, fait par d'autres, de résister à l'occupant allemand. L'action se déroule, dans une ferme, au cœur des Monts d'Arrée, lieu où l'un des frères revient, 24 ans après la fin de la guerre. (Presses de la Cité)
Hervé CIRET

- Pendant la Seconde Guerre mondiale, en Bretagne, les Kermanac'h, cinq frères célibataires et leur sœur Naïg, exploitent en commun la ferme de Kermabeuzen. En 1944, dans le chaos de la Libération, le faux témoignage et la justice expéditive vont permettre à Mathias, le résistant, d'éviter les formalités d'un partage. Corentin, le "patron" de la fratrie, est condamné à perpétuité pour un crime qu'il n'a pas commis. Mais lorsque Corentin sort de prison, vingt-cinq ans plus tard, il est bien décidé à se venger. Une saga familiale bretonne par l'un des maîtres du roman noir français.

- Petite note de lecture sur Au-dessous du calvaire, de Hervé Jaouen. Un titre à la Lowry, mais nous sommes dans la convention du roman populaire, dans une collection intitulée "Terres de France". Mais ce livre fait partie du meilleur. J'ai admiré, une fois de plus, l'art de la construction propre à Jaouen (ancien chef de file du néo-polar), la clarté d'analyse des situations et des personnages, et la manière de susciter la sympathie pour les plus faibles, qui, n'ayant trahi, ni vendu leur âme, ont moins de chances que les autres de parvenir au bonheur. L'introduction du thème de la judéité dans cet univers clos (comme un lit-clos breton) est une belle idée romanesque. Elle permet bien de faire ressortir les différences de perception de l'identité, selon qu'on est breton ou juif. La fin du roman est magnifique, émouvante, d'autant que chaque moment du livre converge vers elle, sans qu'on puisse la deviner.

- Une fratrie de Bretons dans la guerre.
5 mai 1969 : Corentin Kermanac'h sort de prison. Ce paysan breton des monts d'Arrée, accusé de meurtre vingt-cinq ans auparavant, revient dans son village pour se venger. Sa mémoire lui renvoie en désordre des images de ces années troubles, lors desquelles l'Occupation attisait le haine et les clivages au sein de sa propre famille.
Entre 1940 et 1944, Mathias rejoint la Résistance, sa jeune sœur, Naïg, tombe amoureuse d'un soldat allemand, Blaise se fait endoctriner par les Breiz Atao, des nationalistes bretons qui s'allient à l'occupant pour s'affranchir de la France... Corentin, le pilier de la fratrie, se réfugie dans le pacifisme et le travail de la terre. Mais les événements se bousculent.
L'auteur de Au-dessous du Calvaire, Hervé Jaouen, connaît assez la Bretagne pour se lancer dans ce sujet épineux de la collaboration entre nationalistes bretons et nazis. La force de ce roman tient aussi dans l'épaisseur des personnages et dans la justesse des situations.
Anne-Aël DURAND - Métro - 26/24/2005

- Son nouveau livre, Au-dessous du Calvaire, évoque la collaboration des nationalistes bretons avec les nazis durant l'été 1944. Ce pan controversé de l'Histoire, abordé pour la première fois dans un roman, révèle une autre facette du talent de l'écrivain quimpérois. Sacré maître du néo-polar à ses débuts, Jaouen est devenu, au fil d'une quarantaine d'ouvrages salués par la critique, un fleuron de la littérature contemporaine. Récemment endeuillé par la perte de ses parents, des ouvriers agricoles qui destinaient leur fils à la banque, Hervé Jaouen, 58 ans, s'est mis au breton pour se rapprocher de ses racines. C'est l'Irlande, sa seconde patrie, qui sera le cadre de son prochain opus.
L. D. - L'Express - Semaine du 2 au 8 mai 2005

- En 1969, quand Corentin est libéré, il n'a qu'une idée en tête, un "travail de mémoire" à accomplir : revenir à Saint-Herbot, au cœur des monts d'Arrée, pour se venger de celui qui l'a envoyé en prison, vingt-cinq ans plus tôt, pour un crime qu'il n'avait pas commis. Nous étions alors en 1944. Les cinq frères Kermanac'h avaient vécu jusque-là, avec leur sœur Naig, dans la ferme de Kermabeuzen, la plus prospère de toutes les exploitations des hautes terres. Corentin dirigeait le clan. Seul Mathias, entré dans la Résistance, commençait à contester son autorité. Blaise, lui, était revenu de la guerre, embrigadé par les Breizh atao, ces nationalistes bretons liés au parti nazi. Naïg, placée à Carhaix chez un couple de commerçants, y avait rencontré un jeune soldat allemand, son premier amour... Les rancunes, exacerbées par le chaos de la guerre, avaient disloqué la fratrie, brisé des vies et des amours. Vont-elles, des décennies plus tard, poursuivre leur oeuvre destructrice ?

- Ces nationalistes bretons tentés par le nazisme.
Avec Au-dessous du Calvaire, Hervé Jaouen a écrit un grand roman populaire sur un épisode sordide de l'histoire bretonne.
Après 25 ans passés à l'ombre, Corentin revient à Huelgoat, où il a été trahi en 1944. Hervé Jaouen nous invite à remonter le temps vers ces années où des égarés portèrent la svastika nazie et le triskell celte sur leur uniforme d'auxiliaires de l'occupant. Vers cette face obscure d'une Bretagne ultra qui, appâtée par une promesse d'autonomie, pactisa avec la barbarie. Sujet polémique, plaie jamais cautérisée qui demandait l'intervention d'un thérapeute de la fiction. Jaouen a choisi, pour traiter cet épisode sordide, de raconter l'histoire d'une famille divisée, au cœur des monts d'Arrée. L'un d'entre eux choisit la Résistance. Pour un autre, la révélation de l'idéologie Breizh Atao ("Bretagne toujours"), "mélange détonnant de nationalisme breton et de national-socialisme", a eu lieu au camp de prisonniers. En échange de sa libération, il s'engage dans la milice. Le gardien du troupeau est l'abbé Castric. Un prêtre antisémite, un grand missionnaire de la celtitude, variante locale de la pureté aryenne.
Hervé Jaouen a recomposé l'histoire avec toute sa liberté de romancier. Il ranime cependant des fantômes, et l'on reconnaît celui de l'abbé Perrot, le recteur de Scrignac tué en 1943. L'auteur s'est surtout attaché à montrer le vrai visage de l'idéologie celtomane, sans complaisance ni manichéisme. Si les nationalistes sont de grands naïfs manipulés, Mathias le résistant n'a rien d'un pur, puisqu'il fait tondre sa propre sœur, s'achetant une auréole de héros sur le déshonneur de Naïg. Dans l'ignominie, l'assassinat patriote n'a rien à envier à la lâcheté pronazie.
Ce roman n'est pas seulement un tableau accablant du nationalisme. C'est un grand roman populaire, magnifiquement construit, avec des personnages attachants. Hervé Jaouen sait, dès les premières lignes, provoquer l'empathie pour les persécutés appelés au "grand guignol de la résistance tardive". Après les atrocités de l'épuration, le lecteur attend le dénouement comme une justice rendue aux faibles, aux femmes, aux Juifs. Jaouen offre à ses héros une nouvelle espérance, une nouvelle vie possible, comme réveillée du cauchemar de la pureté ethnique dans une Bretagne aryanisée.

- Auteur d'une quarantaine de livres (romans, polars, livres pour la jeunesse, récits de voyage...), Hervé Jaouen, lauréat de nombreux prix, vient de publier "Au-dessous du calvaire" aux Presses de la Cité. Ce roman aborde le douloureux sujet de la complicité des nationalistes bretons avec les nazis.
Condamné à perpétuité, fin 1944, pour assassinats, Corentin Kermanac'h sort de prison en 1969. Il retourne sur la scène des crimes, au cœur des monts d'Arrée, pour solder des comptes que son accusateur croit avoir réglés vingt-cinq ans auparavant. Mais peut-on se venger des fantômes du passé, surtout lorsque parmi les survivants, se trouve une femme qu'on a passionnément aimée ?
À Saint-Herbot, près de Huelgoat, le début de l'Occupation ne change guère la vie des Kermanac'h, cinq frères célibataires et leur jeune sœur Naïg, qui travaillent ensemble les hautes terres de Kermabeuzen, dirigés d'une main sûre par l'un des aînés, Corentin. Mais, entre les frères, le feu des rivalités couve. Des personnages extérieurs vont l'attiser en entrecroisant leur destin et celui des Kermanac'h.
Le recteur du village, collaborateur notoire, forme une brigade armée de nationalistes bretons et la met aux ordres d'un général SS venu liquider le maquis.
Blaise Kermanac'h, être faible, s'engage dans la troupe de l'abbé, tandis que son cadet, Mathias, le plus rétif à la sagesse pacifiste de Corentin et d'Alexis, rejoint la Résistance.
Un soldat allemand croise la destinée de Naïg, venue à l'âge des premières amours. Une étrange jeune femme épouse le buraliste de Saint-Herbot, un vieil invalide de la Grande Guerre. Mathias est amoureux de la belle étrangère, mais c'est Corentin qu'elle choisit pour amant.
Au moment où Mathias réclame sa part de la ferme, tous ces fils vont se nouer à d'autres, dans le chaos de la Libération. La justice expéditive et l'épuration permettent d'éviter bien des formalités patrimoniales.
Pour le savoir, Corentin Kermanac'h a payé le prix fort : vingt-cinq ans de prison, dont il entend se faire rembourser, en déterrant son fusil enterré près de la ferme en 1940. Surgie du passé, la femme qu'il a tant aimée parviendra-t-elle à le désarmer ?
Le Semeur Hebdo - 08/04/2005
L'Aisne Nouvelle - 31/08/2005

- Il associe le destin d'une fratrie et de la politique
Hervé Jaouen a fait la dédicace de son nouvel ouvrage "Au-dessous du calvaire" samedi 23 avril à l'Espace culturel. Son roman associe le destin d'une fratrie paysanne et le sujet polémique de l'adhésion de la plupart des nationalistes bretons au nazisme.
Après la mort de ses parents, Hervé Jaouen a le besoin d'aller à la recherche de ses racines et d'explorer la terre bretonne. Il décide alors d'entreprendre un ouvrage sur le monde rural.
L'action de son roman se situe en Bretagne à Huelgoat, lieu très symbolique pour l'auteur. "J'ai choisi de situer l'action de mon roman à Huelgoat car c'est tout d'abord un territoire qui a son originalité avec sa douceur de vivre et sa rudesse. C'est aussi le lieu de naissance de mon épouse" confie l'auteur Hervé Jaouen.
L'histoire du roman débute par la sortie de prison d'un des frères Kermanac'h, héros du livre qui revient, après sa libération, sur les lieux de son enfance afin de se venger. L'auteur nous amène par des flashes backs au moment de la seconde guerre mondiale et de la libération. Il associe dans son ouvrage le destin d'une fratrie paysanne bretonne divisée par leurs choix politiques. "Au-dessous du calvaire" traite le monde rural à travers une intrigue à suspense et polémique.
L'auteur publie ici son 23e roman. Il a à son palmarès plus de 40 ouvrages dont des livres pour la jeunesse et des récits de vie. Il a également écrit quelques scénarios dont "Une belle affaire" diffusée très récemment sur FR3.
Ouest-France - 27/04/2005

- Tous les Bretons de la terre connaissent Hervé Jaouen, parce qu'il est Breton lui-même et qu'il porte les couleurs de sa région en étendard !
Ce roman écrit d'une main de maître nous entraîne pour notre plus grand plaisir en Bretagne, pour découvrir une fratrie qui se découvre et qui va se diviser pendant l'occupation allemande de la seconde guerre mondiale !
Alors que tout semble être géré avec esprit, ces hommes et ces femmes vont percevoir leurs vrais visages, car derrière ces fausses apparences tranquilles se dessinent des prises de position qui vont déterminer leurs vies futures !
Un livre fort en émotion qui va ouvrir les yeux sur une époque fatidique de l'histoire de la Bretagne et sur cette adhésion au nazisme par les nationalistes bretons !
Un ouvrage important qui redonne du sens au mot valeur et sur un auteur qui a su offrir aux lecteurs l'envie de retrouver un univers passionnant !
Émission Beth-El Vallée sur Vallée FM 96.6 - 01/05/2005

- Mémoire
Quimper, mai 1969 : Corentin Kermanac'h sort de prison où l'a conduit sa condamnation en fin 1944. Malgré son désir de liberté, son envie de vivre tout simplement, il est fermement décidé à se venger de celui par qui le malheur est arrivé. Car enfin, de quoi était-il coupable, Corentin ? De sa neutralité passive, de l'autorité avec laquelle il a mené la ferme familiale de Kermabeuzen, imposant une mésentente cordiale à ses frères, Mathias, le résistant, et Blaise, engagé dans le Bezen Castric, accueillant avec amour sa jeune sœur Naïg enceinte d'un brave Erwin, pas nazi, mais trop allemand en ces temps de malheur et de haine...
Si l'auteur s'en défend dans un avertissement usité, les lieux et certaines péripéties renvoient à la collaboration des nationalistes bretons et au Bezen Perrot. Loin d'analyser, d'excuser ou de fustiger - l'histoire et son jugement ont sur ce point fait œuvre récente - le romancier inscrit les événements dans l'âme humaine. Tandis qu'il suit la montée de la vengeance de Corentin jusqu'à un aboutissement inattendu, il entrecroise ce thème avec le passé : Blaise, une cervelle d'oiseau coiffée d'un chapeau rond ; Mathias, la passion de posséder et un égoïsme déguisés en amour de la patrie ; Naïg, la gentillesse naïve. Et quand l'histoire s'abat sur eux, avec sa cohorte de veules et d'idéalistes, d'agents de la Gestapo et de résistants héroïques, de SS et de Juifs traqués, le destin... Car l'histoire est injuste et les justifications qu'on lui apporte, bien souvent iniques.
Y. P. - Ouest-France - 07/05/2005

- Avec tact et souci du récit bien structure, Hervé Jaouen aborde, sous le titre "Au-dessous du calvaire", la difficile période de la seconde guerre mondiale. En pays breton le conflit va opposer nationalistes et résistants, y compris au sein de la famille Kermanac'h, cinq frères et une sœur exploitants agricoles. Travail en commun et pourtant rivalités en ce qui concerne l'appropriation de la ferme paternelle. L'épisode chaotique de la Libération permettra peut-être au plus rusé de ces paysans frustres d'éviter le partage redouté. En 408 pages, Hervé Jaouen traite sans parti pris et concession le sujet polémique du ralliement au nazisme de certains de ses compatriotes.
L'Écho de la Drôme - Le Valentinois - 14/05/2005

- Né à Quimper, Hervé Jaouen est l'auteur d'une œuvre riche d'une quarantaine de titres (polars, romans, notes de voyage, livres pour la jeunesse)
[...]
Ce roman associe, pour la première fois, le destin d'une fratrie paysanne et le sujet polémique de l'adhésion de la plupart des nationalistes bretons au nazisme. Hervé Jaouen nous livre aujourd'hui le roman que la Bretagne attendait depuis soixante ans, bien que, comme il le dit lui-même, "on perdrait son temps à chercher dans mon roman une vérité historique ou à ergoter sur l'exactitude de tel ou tel fait, puisqu'aussi bien je les ai adaptés, sinon inventés, pour les besoins de mon intrigue."
Ouest-France - 17/05/2005

- Hervé Jaouen est un auteur breton qui aime bâtir des fresques romanesques ouvrant un débat. "Au-dessous du calvaire" traite d'un sujet délicat et sensible, celui du nationalisme breton durant la seconde guerre mondiale.
Ses parents disparus, Hervé Jaouen a voulu retrouver ses racines de gens de la terre. Son livre "Que ma terre demeure" parle ainsi de la ruralité, des problèmes liés à la pollution.
Il a ensuite l'occasion de côtoyer une fratrie, cinq frères célibataires qui vivent un destin tout particulier, s'imposant une austérité de moines. Leur ferme est très bien tenue et une harmonie règne au sein de cette famille. C'est de décor idyllique qui sera repris dans le roman "Au-dessous du calvaire", se déroulant dans une partie de la Bretagne chargée d'histoire et de mythologie.
"J'aborde les problèmes du nationalisme breton durant la guerre, un sujet que l'on a une fâcheuse tendance à enterrer."
Fallait-il reparler 60 ans après la seconde guerre mondiale de ces Bretons qui ont revêtu l'uniforme allemand ? Hervé Jaouen répond par une boutade en soulignant : "Alors ce n'est pas la peine de parler des camps de concentration... Je veux en parler pour mieux l'effacer."
L'auteur est conscient que le sujet est déplaisant, remarquant d'autre part que cette attitude a été marginale dans cette Bretagne, grande terre de résistance. Le clergé est mis à mal avec ce prêtre qui écrivait dans les revues nationalistes, terriblement antisémite et dans les écoles sont abordés les problèmes de pédophilie.
Ce roman néanmoins est superbement écrit. Hervé Jaouen constate qu'ils ont été quelques centaines à pactiser avec les nazis, salissant l'identité bretonne durant plusieurs décennies, et d'ajouter : "La Bretagne a retrouvé son identité dans les années 1970, avec la musique, tout cela est lavé."
L'Informateur - 26/05/2005

- Hervé Jaouen met sa plume au service d'un nouvel hommage au terroir breton.
En abordant pour la première fois dans une œuvre de fiction le sujet de la complicité des nationalistes bretons avec les nazis, Hervé Jaouen nous donne le grand roman que la Bretagne attendait depuis 60 ans. Une saga familiale bretonne au cœur d'une page essentielle de notre histoire, entre résistance et collaboration.
Magazine du Crédit Agricole - Juin 2005

- En Bretagne, pendant la Seconde guerre, les cinq frères Kermanac'h et leur sœur Naïg exploitent leur ferme. L'Occupation, mais aussi les hommes - les bons, les méchants - et les idéologies vont brouiller les cartes. Les frères vont se déchirer. Au nom de la nation bretonne, ou celui de la Résistance, des horreurs vont être commises. Heureusement, il reste l'humanité. À travers les drames et les vies déchirées, c'est la Bretagne et sa musique d'accompagnement intérieure que l'auteur offre au lecteur.
Atlantica - Juin 2005

- Alexis, Blaise, Corentin, Mathias, le dégénéré Noul et la jeune Naïg constituent le clan Kermanac'h, leurs parents étant morts. Leur ferme Kermabeuzen prospère, grâce à l'autorité sans faille de Corentin. Huelgoat, en plein pays bretonnant, vit hélas sous la botte allemande, et au pire de 1944, sous la férule S.S. du général Klapper, un boucher doublé d'un illuminé qui croit à la civilisation celtique et au Parti National Breton dont Hitler a fait son allié provisoire.
Comme partout ailleurs en France, chacun a choisi son parti : l'Allemagne, la Résistance, et pour le plus grand nombre, l'attentisme : ne pas trop se mouiller. Chez les Kermanac'h, on est réparti selon le même schéma. Dans le pays, il y a un curé collabo, une postière résistante, un couple énigmatique d'aubergistes, un jeune soldat allemand amoureux de Naïg.
Tout peut arrive. Et arrive. L'auteur, par d'habiles retours en arrière, nous raconte un drame qui a attendu vingt-cinq ans pour crier vengeance. L'heure est venue. Autour de ce canevas, nous découvrons une Bretagne attachante et qu'Hervé Jaouen connaît comme sa poche. Nous découvrons également la passion d'un pays divisé où la haine est attisée par la guerre. De sorte que nous avons ici une tranche d'histoire menée au rythme d'un "polar", avec pourtant des accents d'humanité et de moments d'ironie et de fou rire crapuleux. Au total, un beau roman : il faut s'accrocher et les coups de théâtre ne manquent pas.
Patrick MANUEL - L'Éclaireur - 07/06/2005

- Hervé Jaouen a cette élégance des chiens de chasse de haute lignée. Et ce regard doux et questionneur des écrivains philosophes. Épicurien chasseur, amoureux des tourbières ou chroniqueur amusé dans la presse quotidienne, conteur auprès d'un jeune public, il est l'un des plus talentueux faiseur de romans noirs. Depuis "La Mariée rouge" en passant par le terrifiant "Fossé". Avec "Au-dessous du calvaire", le gentleman quimpérois décrit une famille déchirée par les sombres errances de la collaboration, de la lâcheté et de l'opportunisme. Hormis Corentin, intègre et victime, seules deux femmes trouvent grâce, la courageuse Suzanne, blindée par son vécu, et la petite Naïg, ballottée dans un amour impossible. Avec une verve impitoyable, qui croise l'argot parisien et les savoureuses expressions de la langue des Monts d'Arrée, Jaouen raconte...
"Je crois qu'il était temps pour moi de parler de cette époque. Depuis que j'ai perdu mes parents, je ressens le besoin de parler de ma terre, de mes origines. C'est un travail que j'ai commencé avec "Que ma terre demeure" et que je vais sans doute continuer. C'est aussi pour cela que j'apprends désormais la langue bretonne. Évoquer la période troublée de la guerre était également important mais j'ai été surpris des réactions de beaucoup de gens qui me voyaient "oser" en parler. Comme si, soixante ans après, cette période était encore brûlante. En tout cas, elle fait toujours peur..."
- Le roman semble être construit de souvenirs personnels qui se mêlent à la grande Histoire et aux témoignages, quelle est la part des choses ?
"Il y a en effet des clins d'œil comme le manoir de Kermabeuzen que les Quimpérois reconnaîtront. Ou cette fratrie que j'ai connue et avec qui j'ai chassé il y a plus de 20 ans. Ils étaient organisés comme dans un monastère avec chacun un rôle. Le frère ménager, l'économe, etc. Il y a aussi des détails comme le retricotage des laines. Ce sont les grands-parents de ma femme arrivés de Saint-Pierre et Miquelon qui pratiquaient cela au Huelgoat. Et cet homme condamné pour un crime qu'il n'a pas commis, j'ai failli le connaître. Mais c'est une autre histoire..."
- Même si vous ne citez pas les véritables noms, un personnage comme l'abbé Castric, c'est évidemment l'abbé Perrot. La rencontre entre le général SS Klapper, keltologue érudit et illuminé sadique, et Castric, tient du sordide et du satanique. Et qu'est donc cette Vierge de Vienne ?
"Oui, c'est évidemment une allusion à l'abbé Perrot et à ces gens paumés et minables qui ont rejoint les bagadou-stourm pour ensuite porter l'uniforme SS et servir de rabatteurs à la police allemande. Mais je devais changer les noms pour en faire de vrais personnages. Quant à la Vierge de Vienne, elle existe. Une statue de vierge, ans une église bretonne. La queue de l'animal couché devant elle remonte par derrière troussant sa robe et se glissant entre ses fesses. C'est un curé qui me l'a montrée. Mais je ne vous dirai pas où elle se trouve !"
- Avec Momo des Batignolles ou Corentin Kermanac'h, vous jouez aussi avec le style... ?
"Quand le nouveau roman est arrivé avec des auteurs comme Robbe-Grillet, on a senti que le style, l'écriture, devaient s'adapter au fond. Je suis de cette école. Je n'écris pas tous mes livres de la même manière selon le point de vue qui doit être pris. Et je ne décris pas la vie des Kermanac'h de la même façon que je raconte le parcours de ce petit maquereau parisien. Je crois que j'aime plus le style que le fond."
Après les excellents ouvrages de Hamon et Kadiou sur les nationalistes bretons pendant la guerre et que cite Jaouen en référence, c'est la première fois qu'un grand romancier se mêle avec précision de ce morceau d'Histoire. Et personne n'est épargné, pas plus les tondeurs de femmes, résistants de la vingt-cinquième heure que ces "Brêles atao, clones d'abrutis à qui on avait bourré le crâne comme on bourre un poêle de papier journal, au point d'empêcher tout tirage !" Jubilatoire dans la forme. Et capital dans le devoir de mémoire. Merci, Monsieur Jaouen.
Arthur - Juin-Juillet-Août 2005

- Hervé Jaouen, auteur d'une trentaine d'ouvrages de genres différents, tente ici un pari risque en traitant d'un sujet difficile, celui d'une famille bretonne pendant l'occupation allemande lors de la Seconde Guerre mondiale. Les cinq frères de cette famille sont célibataires. Ils exploitent une ferme avec leur sœur, mais celle-ci tombe amoureuse d'un soldat allemand. La division devient complète entre les pacifistes attentistes, les Résistants et les adhérents aux brigades nationalistes bretonnes du parti nazi. Survient la Libération... C'est de l'histoire, mais encore bien douloureuse.
Yves MADELIN - Le Casoar - Juillet 2005

- Huelgoat, au cœur des Monts d'Arrée, pendant la seconde guerre mondiale. Les Kermanac'h, cinq frères et leur sœur Naïg, s'occupent ensemble de la ferme familiale. Dans une Bretagne sous l'Occupation, la fratrie se divise entre pacifistes, résistants et partisans des brigades nationalistes bretonnes. "Au-dessous du calvaire" est une saga familiale qui évoque l'adhésion au nazisme de certains nationalistes bretons. Ce pan controversé de l'histoire bretonne est abordé pour la première fois dans un roman et révèle une nouvelle facette du talent de l'auteur quimpérois Hervé Jaouen, un des maîtres du roman noir français.
Bretons - Juillet-Août 2005

- La Bretagne entre les lignes
Le calvaire de la guerre
C'est un revenant. Vingt-cinq ans à l'ombre, retiré à sa terre. En 1969, Corentin revient au "pays où l'on n'arrive jamais" : Huelgoat et sa vallée. Huelgoat où il a été trahi. Et nous remontons le temps avec lui, vers ces années où quelques égarés portèrent le svastika et le triskell sur leur uniforme d'auxiliaires de l'Occupant. Vers cette face obscure d'une certaine Bretagne ultra qui, appâtée par une promesse d'autonomie, pactisa avec le nazisme, encourageant tous les amalgames à venir.
Hervé Jaouen a choisi, pour traiter de cet épisode qui compte parmi les plus sordides de l'histoire bretonne, de raconter l'histoire d'une famille divisée, au cœur des Monts d'Arrée : les Kermanac'h, cinq frères célibataires et leur sœur Naïg, exploitant ensemble la ferme familiale. L'un d'entre eux choisit la Résistance. Pour un autre, la révélation de l'idéologie Breizh Atao, mélange de national-socialisme et de nationalisme breton, a eu lieu au stalag. En échange de sa libération, il s'engage dans les Bagadoù stourm, le service de sécurité du parti nationaliste breton. Le gardien du troupeau est l'abbé Castric, prêtre antisémite muté à Huelgoat, dans cette "Montagne rouge" qui craint pourtant Dieu. Castric, articlier de la feuille collaborationniste "L'Heure bretonne", se fait le grand missionnaire d'une celtitude, supposée être la variante locale de la pureté aryenne. Tout comme le général SS Eduard Klapper, délicieux lettré bavarois et "keltologue" nazi. Tous des surhommes, ces héritiers des Celtes.
Naïg, placée comme bonne chez des commerçants de Carhaix, vit son premier amour avec un jeune soldat allemand et attend un enfant. De son côté, Castric menace de livrer la liste des réfractaires au STO, et il est assassiné. Au printemps 1944, il est question de partager les terres, mais la justice expéditive permet d'éviter les formalités de partage à celui qui a choisi le bon camp. De leur côté, après avoir commis l'irréparable, les pieds nickelés de la Bezen Castric sont lâchés par les SS qui taillent au lance-flammes leur route vers la mort.
Hervé Jaouen se défend de proposer une stricte reconstitution de l'histoire réelle. Il préfère la recomposer avec toute sa liberté de romancier, afin de la monter dans sa vérité tragique de guerre fratricide. Il ranime cependant des fantômes, et l'on reconnaît celui de l'abbé Perrot, recteur de Scrignac tué en 1943, ainsi que la Bezenn Perrot, milice de supplétifs créée par Célestin Lainé. Mais il s'est surtout attacher à montrer, dans une habile construction, la complexité des positions, l'engrenage mortifère de l'extrémisme, sans complaisance ni manichéisme. Si les nationalistes sont de grands naïfs manipulés, Mathias le Résistant n'a rien d'un pur puisqu'il fait tondre sa propre sœur, s'achetant une auréole de héros du maquis sur le déshonneur de Naïg. Dans l'ignominie, l'assassinat patriote n'a rien à envier à la barbarie nazie. Les personnages sont définitivement fixés dans leurs compromissions, à l'exception de ceux dont le destin n'est pas clos et qui attendent ou cherchent justice : Corentin, le paysan pacifiste, et Suzanne, supposée entretenir des sympathies avec l'Occupant, mai qui est, elle aussi, exposée au "grand guignol de la résistance tardive". Et toute l'empathie du lecteur va vers eux, même si, autour de Suzanne, et pour bâtir le suspense, l'auteur conserve le mystère. De retour sur les lieux de la trahison, Corentin va-t-il aller jusqu'au bout de son projet vengeur ? S'il choisit au contraire la vie, quelle force pourrait le détourner du chaos ? Le dénouement, le lecteur l'attend comme une justice rendue aux faibles, aux femmes, aux Juifs, après que tous les autres ont suivi jusqu'au bout la logique de leur destin, y trouvant la mort ou la misérable survie des traîtres. Hervé Jaouen offre à ses héros une nouvelle espérance, une nouvelle vie possible, comme réveillée du cauchemar de cette guerre complexe.
Daniel MORVAN - Armen - Juillet-Août 2005

- Décidément, la Bretagne séduit les auteurs en cet été 2005. Précédant le série Dolmen sur TF1 avec son lot de légendes et de surnaturel, Hervé Jaouen nous offre un roman bretonnant à souhait. Nous découvrons cette portion du Finistère où se trouvent les monts d'Arrée et parcourons les sentiers à l'entour d'Huelgoat, l'un des plus beaux sites de la Bretagne intérieure, irriguée par la rivière Argent, dont celui du Chaos du Moulin, pittoresque et verdoyant. Ces sites constituent le décor de ce roman en une agréable invitation au voyage. Mais il y a aussi, et surtout, les hommes, l'âme bretonne. Car elle existe, et de puissante façon, avec sa fierté, son orgueil, sa démesure, sa dureté..., sa tendresse.
En 1969, Corentin Kermanac'h revient sur le lieu de la tragédie familiale qui a bouleversé sa vie. 25 ans de prison !
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les frères Kermanac'h vivent en commun dans la ferme laissée par leurs parents. La fratrie est composée de façon disparate, de cinq garçons et une fille. Les uns sont partisans de la lutte armée contre l'occupant, les autres, proches des brigades nationales bretonnes séduites par le nazisme.
Au printemps 1944, le moment est venu de partager les terres avant de se séparer, mais le chaos de la Libération avec ses règlements de compte et leurs conséquences vont aggraver une situation familiale particulièrement confuse...
Un roman dur, réaliste, viril, mais édifiant.
G. J. - Le Sillon -Septembre 2005

- On ne présente plus Hervé Jaouen, reconnu et salué comme l'un des maîtres du roman noir français. C'est aussi un renard qui prend plaisir à gratter l'histoire là où elle démange. Ce qui est une nouvelle fois le cas avec ce roman évoquant de destin d'une famille de paysans des monts d'Arrée confrontée, sur fond de violences collectives, à une lutte d'intérêts exacerbés par l'air du temps. Les six frères et sœur Kermanac'h exploitent, sous l'autorité de Corentin, le frère aîné, la ferme de Kermabeuzen. Rien d'anormal si nous n'étions en 1944, dans les derniers mois de l'occupation, à l'heure des comptes. À l'image du pays, les Kermanac'h sont divisés depuis longtemps sur la tournure des événements. L'un d'entre eux a rejoint les partisans, l'autre la milice bretonne, les autres attendant. Le drame est en place, auquel ils n'échapperont pas se déchirant jusqu'à la mort, la ruine et l'opprobre. Vingt-cinq ans plus tard, Corentin sort de prison pour se venger du frère qui l'a fait condamner... Sujet périlleux - comme les aime Jaouen - que de mettre en scène une région dont certains enfants se rallièrent à la cause nazie. (Il n'est d'ailleurs pas difficile de mettre des noms sur les chefs nationalistes de ce roman.) Sur cet aspect de l'égarement d'une poignée d'illuminés, l'auteur nous entraîne dans un passionnant roman populaire qui n'échappe pas toujours aux archétypes du genre. Reste que ces quatre cents pages font un excellent Jaouen.
Le Mutualiste Breton - Septembre 2005

- Vingt-cinq années se sont écoulées depuis la libération, vingt-cinq ans que Corentin vient de passer en prison. À Huelgoat, au cœur des monts d'Arrée, la ferme de Kermabeuzen, héritée des parents et exploitée sous sa houlette avec ses quatre frères et sa sœur Naïg, est passée dans d'autres mains. Pendant l'occupation la fratrie s'est déchirée, un clivage irrémédiable s'est produit entre partisans de la Résistance et ceux des brigades nationalistes bretonnes ralliées au nazisme. Corentin, qui a toujours clamé son innocence, de retour sur les lieux de la tragédie familiales, revit les événements qui ont brisé sa vie. Veut-il se venger ?
Sujet polémique entre tous que celui de l'adhésion aux thèses du nazisme des Bagadoù Stourm, minoritaires heureusement en Bretagne. Il faut reconnaître qu'aux moments les plus durs de l'épuration, un certain nombre de règlements de comptes ont eu lieu dans notre beau pays et qu'entre vrais et faux collabos et... résistants de la dernière heure, tout n'était pas noir ou blanc. L'histoire donne à réfléchir.
Le Retraité militaire - Octobre 2005

- L'intérêt des romans du terroir est, aujourd'hui, de permettre aux écrivains de traiter de certains faits de société inabordables auparavant. Ainsi Hervé Jaouen aborde-t-il le sujet polémique - ô combien ! - de l'adhésion des nationalistes bretons au nazisme durant la seconde guerre mondiale.
Au cœur des monts d'Arrée si sauvage naturellement, l'opposition viscérale des pacifistes et des partisans de la lutte armée, quel que soit le camp (Résistance et brigades nationalistes bretonnes). Un roman qui résonne dans nos cœurs actuels.
Généalogie Magazine - Septembre 2005

- [...] Un drame digne d'une tragédie grecque
Quimper, lundi 5 mai 1969. Condamné à perpétuité pour des crimes commis en 1944, Corentin Kermanac'h attend sa libération pour revenir 25 ans après sur les lieux de la tragédie familiale qui a bouleversé sa vie et accomplir sa vengeance.
Durant la seconde guerre mondiale, cinq frères célibataires et leur sœur Naïg exploitent la ferme léguée par leurs parents. Durant l'Occupation, la fratrie dirigée par l'aîné Corentin va se diviser. Naïg partie travailler à Carhaix va s'éprendre d'Erwin, jeune Allemand originaire de Dachau ; quant à ses frères, ils vont choisir entre le pacifisme, la Résistance et les brigades nationalistes bretonnes ayant adhéré au nazisme.
C'est ainsi qu'en plein cœur des monts d'Arrée se développe un drame digne d'une tragédie grecque. Expert dans la manipulation des situations et des âmes, Hervé Jaouen entretient jusqu'au dernier chapitre un suspense à toute épreuve, démontrant avec gourmandise les mécanismes psychologiques de ses héros. Les frères d'abord : Corentin, innocent des crimes qu'on lui reproche, et Alexis tout aussi pacifiste que son aîné ; Blaise, colosse naïf, légèrement demeuré, dont les poings valent bien les 10 livres d'un merlin, deviendra membre du Parti Nationaliste Breton par inadvertance ; Mathias s'engagera dans les Francs-Tireurs et Partisans ; Noul, le benjamin, débile profond, se contente de présenter ses bijoux de famille à qui veut les admirer. Autour d'eux gravitent des personnages attachants ou inquiétants : Suzanne Quemeneur aux yeux de gitane qui dit de Corentin qu'il est "un rêve pour la femme" ; l'abbé Castric, collaborateur invétéré, imprégné de nationalisme breton et de national-socialisme ; Eduard Klapper, général SS "délicieux lettré épris de vieilles pierres", à la fascinante cruauté ; Marianne Lautridou, postière et vieille fille indigne, par qui le malheur arrive...
Un admirable thriller
Et puis, il y a la terre de Bretagne, celle de Huelgoat, de Saint-Herbot. "Les anciens racontaient, nous dit Jaouen que la vallée de Saint-Herbot, profonde comme une gorge, avait été tranchée dans les monts d'Arrée par un titan ivre, à la houe, d'un coup. (...) Champs en pente, pâtures tarabiscotées, landes décousues, énormes pierres levées non par l'homme mais par les tremblements de terre originels."
Il y a surtout un roman qui, dans un style remarquable, n'hésite pas à traiter des sujets aussi mal connue et brûlants que l'adhésion de nombre de nationalistes bretons au nazisme. Un roman dans lequel les méchants et les bons ne portent pas toujours l'étiquette qu'on attendait. Il y a enfin a découvrir, si ce n'est déjà fait, un écrivain puissant qui nous entraîne dans un thriller d'une admirable qualité.
Yves JACOB - La Renaissance - 14/11/2005

- Collabos-Résistants Le romancier Hervé Jaouen s'est attelé à un classique de l'histoire bretonne récente : la dualité collabos-résistants pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le Centre-Finistère. La fracture passe au cœur d'une famille de Huelgoat dont, de plus, certains membres rejettent l'un et l'autre des engagements. L'auteur ne fuit pas la polémique. Il la met en scène avec talent. Beaux portraits nuancés de paysans de la "montagne".
Bretons - Novembre/Décembre/Janvier 2005/2006

- Un autre roman historique, attendu depuis la Libération. L'adhésion de nationalistes bretons au nazisme est le sujet d'Hervé Jaouen. Courageux. Cinq frères célibataires et leur sœur exploitent la ferme familiale.
L'Occupation arrive. Trois camps se forment : les résistants, les collaborateurs (curé de la paroisse en tête !), et le duo d'amour entre ennemis. Arrivera la défaite allemande et l'épuration, avec faux témoignages et justice injuste.
Reste la terre... Là aussi une période tragique à ne pas oublier.
L'Écho des Vosges - L'Abeille - 10/02/2006

- Épuration et vengeance !
[...] Nous sommes à Huelgoat dans le Finistère, le 5 mai 1969. Corentin Kermanac'h sort de prison, il y était depuis la fin de la guerre. Après une visite à sa sœur et à son mari, il part pour une vengeance lentement mûrie.
Retour en arrière : Loqueffret avril 1944. Naïg descend du car, elle était partie à la ville, Carhaix, quatre ans auparavant. Elle retrouve ses cinq frères tous célibataires ; ils exploitent ensemble la ferme familiale.
Certains ont été exemptés du service obligatoire, il faut bien nourrir les civils. D'autres se sont évadés d'Allemagne comme Mathias. Noul (Noël), le dernier, déficient mental, n'a jamais quitté les environs. L'arrivée des troupes allemandes va bouleverser la vie de tous. Chacun réagira à sa manière, mesurée ou violente, mais tous en porteront des séquelles.
Corentin Kermanac'h semble être le patriarche de la fratrie, il serait plutôt pacifiste et tente de calmer ses frères. Alexis et Noul n'ont pas d'opinion, Alexis est un travailleur sans beaucoup de cervelle et Noul lui est "retardé" et ne survit que grâce à ses frères.
Blaise est démobilisé grâce à la complaisance de l'armée allemande, avec d'autres Bretons qui ont accepté (ou feint d'accepter) de collaborer avec l'ennemi. Son retour ne plaît pas à tout le monde, en particulier à Mathias, qui lui est un membre important des réseaux de résistance. La conduite de Blaise le révolte et leurs querelles s'enveniment.
Naïg à Carhaix était amoureuse d'Erwin, jeune Allemand qui vivait chez ses employeurs ; ceux-ci ont disparu, emmenés par la Gestapo et Erwin envoyé sur le front.
Suzanne Guermeur, maîtresse de Corentin, est une femme jeune encore, mariée à un handicapé, ancien partisan de Pétain.
Le père Castric est notoirement un curé collaborateur, très proche de la Gestapo et au courant de bien des secrets d'alcôves ou autres. Un général allemand, "Celtoman" jusqu'à l'absurde, et un proxénète parisien donnent une touche d'exotisme à ce récit.
Les acteurs sont en place, la campagne bretonne semble calme. Ce n'est qu'apparence, le drame peut commencer. Les troupes alliées poursuivent leur progression et l'armée allemande, son repli vers Lorient.
Je trouve chez Jaouen, comme chez tous les grands écrivains bretons, une pudeur, qui rend le récit très intimiste, surtout dans des écrits plus polémistes comme celui-là. L'écrivain se veut neutre et y réussit parfaitement.
Comme si on était, nous lecteurs, des invités tolérés mais à qui il est demandé de ne pas juger les causes de cette période de l'Histoire.
Une écriture non pas différente de celle de ses romans policiers, mais plus secrète, plus basée sur des petits gestes de la vie de tous les jours de gens qui seront dépassés par des événements extérieurs à leur monde.
Extraits :
- Naïg avait buté sur le mot Noël. C'était aussi le prénom d'un de leurs frères, et le prononcer eût été renforcer le couteau dans la plaie.
- Il n'aurait pas besoin de courir après son bonhomme. Il serait au premier rang, la poitrine bardée de médailles comme un conscrit le jour du conseil de révision.
- La société ne pardonne pas l'indifférence et encore moins sa variante dans les années noires, le pacifisme.
- "Nous autres Bretonnes de l'Argoat, on est de la race des pies-noires, dures au travail et faciles à nourrir".
- Ils ne s'embrassèrent pas, exactement comme si Naïg n'était jamais partie et qu'elle revenait d'avoir tiré de l'eau au puits.
- Que ceux qui veulent semer du chardon dans le froment aillent le faire dehors !
- Il poussa son juron des pires circonstances, celui à rallonge, où il est question, en breton, de crotte de chien noir chiée par un chien blanc.
- L'heure de la libération et des bilans fratricides approchait.
- Utiliser les nationalistes, oui. Leur laisser la bride sur le coup, non.
- S'il y a quelque chose que l'on ne peut pas pardonner à un homme, c'est bien d'enlaidir une femme à ce point, en lui causant du chagrin.
http://eireann561.canalblog.com/ - 31/05/2007

- La Bretagne mystérieuse des Monts d'Arrée durant la période troublée de la libération voit une fratrie se déchirer ....
La haine va-t-elle survivre à travers les années et le chaos triomphera-t-il?
Il s'agit d'un roman remarquablement bien écrit qui soulève bien des questions et dont on a hâte de connaître le dénouement.
Cargo du soir - 03/06/2007

- En France, on connaît plutôt mal le rôle joué par les Bretons pendant la guerre, mis à part que ce sont tous des collabos !!! (ça c'est ce qu'on a appris !). Et bien dans ce roman, Hervé Jaouen nous montre que les Bretons ont réagi comme les 99% des Français pendant cette guerre et ont composé trois clans : c'est vrai des gens qui ont adhéré au nazisme, mais également des résistants (qui ne se sont pas forcément montré sous leur meilleur jour à la fin de la guerre) et comme la majorité des "pacifistes" qui pensaient d'abord à leur terre.
Mais ce que j'ai trouvé formidable, c'est que malgré tout Hervé Jaouen a réussi à rester neutre et à ne prendre parti pour quiconque.
Une page d'histoire que j'ai trouvé vraiment très intéressante avec en toile de fond, les règlements de compte d'une fratrie complètement disloquée par cette guerre. J'ai d'ailleurs trouvé le personnage de Corentin très beau.
Clochette 1509 - 03/11/2007

- Nous sommes en 1969. Corentin Kermarrec sort de la prison où il est enfermé depuis 1944. Après avoir ressassé pendant des années les évènements qui ont fait son malheur, il n'a qu'une idée en tête, se venger.
En 39, il vivait dans une ferme du Finistère avec ses frères et sa jeune sœur. Avec la guerre, les conflits qui couvaient entre les frères ont pris de l'ampleur. L'un d'entre eux a choisi le camp de la résistance, un autre celui de l'occupant, tandis que Corentin, pacifiste, s'est concentré sur la ferme familiale. La jeune sœur, quant à-elle, a eu le malheur de tomber amoureuse d'un allemand...
Le contexte historique évoqué par ce livre est celui de l'occupation allemande en Bretagne pendant la guerre 39-45. Il est fait référence notamment à la collaboration de certains membres du Parti Nationaliste Breton avec les nazis. Certains d'entre eux, particulièrement zélés, servaient de rabatteurs à la milice allemande. Je connaissais mal ces faits et j'ai trouvé très intéressant de faire quelques recherches sur cette période peu glorieuse de l'histoire des nationalistes bretons, une fois le livre terminé.
Si Hervé Jaouen se montre sans complaisance avec les collaborateurs, il pointe aussi du doigt une catégorie de résistants, opportuniste et sans scrupule. Il n'omet pas d'évoquer les graves débordements commis à la libération : justice expéditive, femmes tondues...
La ferme familiale de Corentin se situe à Huelgoat, en centre Finistère. Mes grands-parents tenaient une ferme dans la région à la même époque. J'ai donc pensé à eux tout au long de ma lecture. Le livre est truffé d'expressions en breton que j'avais un peu oubliées et que j'ai eu grand plaisir à retrouver.
J'ai beaucoup apprécié le rythme de ce roman, qui tient en haleine et contribue à faire de cette histoire une saga familiale très réussie.
http://sylire.over-blog.com/ - 07/03/2008

Jaouen plante le décor d'une Bretagne occupée par le Reich où les indépendantistes jouent sur la méfiance voire la haine de certains envers la République Française, centralisatrice et castratrice de l'identité bretonne pour embarquer dans une aventure sanglante et désespérée de jeunes hommes, parfois incultes, sous la houlette de prêtres peu recommandables; et où les résistants, "pen du" (tête noire = têtu) peuvent prendre de catastrophiques initiatives.
1969, un homme sort de la prison de Quimper pour recouvrer une liberté perdue depuis 25 ans. Il a ruminé un quart de siècle une vengeance aux senteurs d'ajonc et de bruyère, au parfum de prairie et de champs labourés.
1944, la famille Kermarrec, de Kermanac'h, se déchire entre le frère aîné, Corentin, qui reste neutre, le cadet Blaise, qui rejoint les "Breiz atao" et le benjamin Mathias qui rallie la Résistance. Naïg, la seule fille de la famille, revenue, enceinte d'un soldat allemand, de Carhaix où elle servait un vieux couple juif, les Jacob, tailleurs de leur état, compte les points et essaie de se faire oublier en espérant le retour de son amoureux.
Les personnages qui gravitent autour de la famille Kermarrec sont hauts en couleurs: l'abbé Castric, recteur collaborateur et ayant ses entrées à la Gestapo, "breiz atao" de la première heure et dépositaire de moult secrets de ses ouailles; le colonel SS, emphatique admirateur de la culture celte, frisant le ridicule parfois, esthète et tortionnaire; l'employée des Postes, oeil de la Résistance, Suzanne, la trop belle et trop jeune épouse d'un ancien combattant de 14/18, maîtresse de l'envié Corentin Kermarrec, le couple Jacob qui accepte, usé par le temps et l'Histoire, son triste sort et qui a aimé Naïg comme sa propre fille, le proxénète parisien, rusé et fin connaisseur de la bassesse humaine pour savoir en jouer à la perfection.
Le lecteur est convié à la plongée au cœur de la mémoire d'un homme mais aussi d'une région: la vengeance est un plat qui se mange froid, certes, mais le Temps ne s'occupe-t-il pas, lui-même, de juger et punir pour les actes injustes et impardonnables? C'est la question à laquelle se retrouve confronté Corentin à sa sortie de prison, peu de temps avant 25ème anniversaire de la Libération et de la chute du IIIè Reich.
Hervé Jaouen aborde le sujet douloureux des égarements idéologiques du mouvement indépendantiste breton avec beaucoup de pudeur et de recul, loin de toute polémique. L'histoire de cette famille déchirée prend une force romanesque encore plus importante tout en demeurant dans le domaine de l'intime et du privé: les soubresauts de l'Histoire ont mis à mal beaucoup de familles et l'Occupant a su déstabiliser par des promesses mirifiques les mouvements qui revendiquaient une reconnaissance culturelle et linguistique souvent refusée... les frustrations percent et répandent leurs humeurs putrides dans les moments extrêmes, au cœur de l'agitation, faisant leur miel des haines et rancœurs personnelles qui n'attendent que l'anonymat du chaos pour s'exprimer.
Hervé Jaouen situe l'action à Huelgoat et ses environs: le lecteur est emmené dans une belle histoire familiale, au souffle de la saga, où les jalousies, la rudesse émotionnelle (les Bretons sont plutôt du genre "taiseux" côté sentiments et marques de tendresse), la pénibilité du travail de la terre et les profits que l'on en tire sont entre les mains, justes et loyales, mais convoitées, de l'aîné, se disputent avec les petites et grandes bassesses d'un village où tout le monde s'épie, se jalouse et se connaît. Les rochers mystérieux et fascinants de la forêt de Huelgoat scandent merveilleusement bien le chaos intime et historique vécu par les personnages.
"Au-dessous du calvaire" est le premier roman d'Hervé Jaouen, auteur breton connu et reconnu pour son talent et son attachement à la terre bretonne, que je lis et je dois reconnaître que cette lecture m'a conquise. Le plaisir de lire fut le même de bout en bout : le passé et le présent se questionnent et se répondent au fil de la trame de l'enquête aux allures policières menée par Corentin, l'homme et le frère spolié de sa liberté en raison de la folie des hommes.
http://chatperlipopette.blogspot.com/index.html - 17/04/2008

- En cette matinée du mois de mai 1969, les portes de la maison d'arrêt de Mesgloaguen, située à Quimper, s'ouvrent pour laisser sortir un détenu. Cet homme, Corentin Kermanac'h, vient de purger vingt-cinq ans de prison. Malgré son apparence placide et résignée, un feu couve encore dans le cœur de Corentin Kermanac'h.
Après toutes ces années de détention, une seule chose lui importe : déterrer un vieux fusil qu'il avait enfoui près de la ferme familiale en 1940. Ce fusil, il compte bien s'en servir à nouveau pour assouvir sa vengeance.
Que s'est-il passé pendant cette sombre période de l'Occupation, pour que cet homme, bien des années plus tard, éprouve le besoin irrépressible de retrouver cette arme et de l'utiliser afin de régler ses comptes ? Qui est l'homme qu'il souhaite mettre en joue et abattre comme une bête malfaisante ?
C'est ainsi que commence le roman d'Hervé Jaouen et c'est en suivant ce récit que le lecteur découvrira progressivement les causes et les conséquences de cet acte qui puise ses racines dans les années noires de la seconde guerre mondiale.
En un va-et-vient entre cette année 1969 et l'époque de l'Occupation, le récit se déroule comme une mosaïque où peu à peu les éléments du drame qui va se jouer se mettent en place. À la manière d'une tragédie, l'on suit petit à petit les actes et les événements qui vont de manière inexorable marquer le destin des principaux personnages de ce roman. C'est ainsi que l'on va faire connaissance avec la fratrie des Kermanac'h, paysans des monts d'Arrée, pris dans la tourmente de l'Histoire, une Histoire qui fera basculer leurs destins respectifs et les amènera jusqu'au déchirement et à la haine.
Au travers de cette histoire familiale où s'entremêlent secrets et esprit de vengeance, Hervé Jaouen nous conte une page de l'Histoire récente de la Bretagne, celle de l'Occupation allemande, en nous offrant un récit dénué de tout manichéisme et où le Bien et le Mal ne sont pas nécessairement là où on s'attendrait à les trouver. Ici, pas de bons résistants confrontés à de méchants Allemands, mais une vision beaucoup plus nuancée de la nature humaine, une nature humaine dont les circonstances historiques ne font qu'exacerber les jalousies, les rancunes et les haines.
Mais ce récit est avant tout l'occasion de découvrir un aspect méconnu du passé de la Bretagne en revenant sur les prises de position idéologiques adoptées à cette époque par certains groupuscules nationalistes tels que le Parti National Breton, émanant du mouvement Breizh Atao ("Bretagne toujours"), mouvement séparatiste anti-français qui ne dissimulait pas ses sympathies pro-nazies et dont les brigades paramilitaires serviront d'auxiliaires aux forces d'occupation de la même manière que les miliciens du régime de Vichy.
[...]
Pour en revenir au roman d'Hervé Jaouen, les personnages qu'il nous décrit dans son récit ne sont pas, contrairement aux couleurs du Gwenn ha Du, blancs ou noirs. Ils se déclinent plutôt en un camaïeu de gris plus ou moins foncés, s'éclaircissant ou s'assombrissant au fil des circonstances.
Avec ce roman, Hervé Jaouen nous offre ici une tragédie à la mode de Bretagne, un récit situé entre roman-policier, roman régionaliste et roman historique.
Passionnant et redoutablement efficace, "Au dessous du calvaire" est un livre qui se lit d'une traite, un récit de vengeance et de trahison qui captivera le lecteur jusqu'à la dernière page. Du grand art.
http://lebibliomane.blogspot.com/ - 12/05/2008

- J'avais repéré ce roman chez plusieurs bloggeurs, et cette lecture n'est pas innocente dans la mesure où nous envisageons de partir en vacances en Bretagne cet été. Ce n'est pas complètement sûr, mais au cas où, ça ne peut pas faire de mal de se mettre dans le bain. Là où j'ai été un peu surprise, c'est que je m'étais mis dans la tête qu'il s'agissait d'un roman policier ; or ce n'est pas le cas !
Vingt-cinq ans après la Libération de la Bretagne, Corentin Kermanac'h sort de prison. Pour comprendre ce qui l'y a conduit, il faut se plonger dans les pages de Jaouen, et dans son roman audacieux. Audacieux, car il faut un certain courage pour utiliser comme cadre les heures sombres de la guerre en Bretagne, quand les nationalistes se sont embarqués aux côtés des occupants, quand les paysans refusent parfois de choisir leur camp, quand des femmes sont tondues à la Libération, quand des luttes fratricides se soldent par des assassinats pas toujours justifiés. Bien sûr ce type d'événement a eu lieu ailleurs en France. Mais qu'elle est forte, cette histoire de la fratrie Kermanac'h, où les salauds ne sont pas toujours du côté attendu, où un personnage sympathique se transforme en deux phrases en monstre de cruauté (pour ceux qui l'ont lu, je pense au personnage de la postière). Je tire un grand coup de chapeau à Jaouen pour avoir réussi une caractérisation et une intrigue vraiment originales par leur nuance, et pour sa réflexion presque philosophique sur le Bien et le Mal.
Cependant, si j'ai beaucoup aimé l'histoire, notamment le destin de Naïg, seule fille au milieu de cinq frères, je n'ai pas vraiment accroché avec le style de l'auteur. J'ai donc lu une grande histoire, mais pas un beau roman (à mon goût). C'est dommage, car du coup ça casse un peu mon enthousiasme par rapport à ce roman. En tout cas, je l'ai trouvé passionnant, à défaut de magnifique.
http://avisdelisa.canalblog.com - 27/06/2008

- En Bretagne, à Huelgoat, en 1969, Corentin Kermanac'h revient sur les lieux de la tragédie familiale qui a bouleversé sa vie. Au cœur des monts d'Arrée, pendant la Seconde Guerre mondiale, les Kermanac'h, cinq frères célibataires et leur sœur Naïg, exploitent en commun la ferme léguée par leurs parents. Sous l'Occupation, la fratrie se divise entre pacifistes et partisans de la lutte armée dans des camps radicalement opposés : la Résistance et les brigades nationalistes bretonnes.
Une saga familiale réussie et facile à lire.
lampaulbook.over-blog.com – 01/10/2009

- L'auteur, nous livre ici, un roman qui malgré son classement en "Terres de France" n'est pas un roman de terroir mais bien en roman à tendances psychologiques et historiques. Lors de la Seconde Guerre mondiale, une minorité de Bretons- des indépendantistes convaincus- se sont sentis attirés par l'idéologie nazie qui lui promettait justement son indépendance - en Belgique, nous aussi, une minorité de Flamands et de Wallons ont ressenti cet appel. Hervé Jaouen grâce à son talent, nous fait découvrir ce fait historique, par un récit qui mélange fiction et faits réels.
Les personnages sont denses et l'histoire assez noire. Une famille divisée par des choix idéologiques ou des amours interdites. L'histoire d'une vengeance qui une fois le temps écoulé n'a plus sa raison d'être.
Conclusion personnelle : une lecture enrichissante sur un moment plus que troublé - la Seconde Guerre mondiale -, un moment de réflexion sur la justesse des choix idéologiques mais aussi tout simplement une histoire romanesque très réussie car cet auteur est "amoureux" de sa région et de ses habitants.
j-l B. – 08/11/2011




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