Merci de fermer la porte

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1999 - Denoël
2001 - Denoël - Folio 3560

Résumé

- Edition 1999
Un jeune employé de banque s'abrite derrière un éternel sourire et décourage tous ceux qui cherchent à percer ses secrets. Dans un bourg de la côte bretonne, un vieux négociant en vins dort sur un trésor familial et semble planer hors du temps.
Deux jeunes filles fêtent au café du Viaduc un événement énigmatique, à la fois sinistre et gai, une promesse fatale dont elles ne pourront plus se défaire. Maï-Yann contemple la prairie qui descend vers l'Odet où son regard devenu flou crée des détails magnifiques qu'il puise dans sa mémoire.
Tous les personnages d'Hervé Jaouen, à la fois inattendus et proches, appartiennent à un milieu et une époque en mutation, où les plus faibles, coupés d'un monde qui les ignore, dérivent dans leurs univers intérieurs.

- Edition 2001
Un jeune employé de banque qui s'abrite derrière un éternel sourire et décourage tous ceux qui cherchent à percer ses secrets ; un vieux négociant en vins qui dort sur un trésor familial et semble planer hors du temps ; deux jeunes filles dans un café, qui fêtent un événement énigmatique, une promesse fatale dont elles ne pourront plus jamais se défaire ; Maï-yann qui contemple la prairie qui descend vers l'Odet...
Tous ces personnages semblent coupés d'un monde qui les ignore. Ils dérivent dans leurs univers intérieurs.
Six personnages, six destins, six nouvelles à la fois désabusées et optimistes.

Titres des six nouvelles :
- Le jeune homme qui souriait tout le temps
- Y a pas trente-six façons...
- Martial Noisant
- La Montre
- Café du Viaduc
- La Prairie

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"La Prairie" a été traduit en allemand, sous le titre de "Die Prärie" par Belinda ALBRECHT et publié dans un recueil collectif : Keltische Sprachinseln, Anthologie Keltischer Autoren ; sous la direction de Sabine HEINZ (Editeur : Frieling & Partner, Berlin - 2001)

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La nouvelle "La Montre" a été traduite en espagnol, sous le titre de "El Relog", par Eduardo Berti et reprise dans une anthologie parue en 2006, "Nouvelles. Antología nuevo cuento francés" (Páginas De Espuma).

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Extrait

Maï-yann et Youenn étaient nés tous les deux peu avant 1910, au bord de l'Odet, à trois vallons, deux pâtures et un bois de distance, mais en ces temps où on circulait à pied ou en char à bancs par les garennes creuses, quelques kilomètres c'était déjà un grand bout de chemin. Ils étaient tous les deux des bugale al lanneier, des enfants des landes, de ces coteaux incultes que les grands fermiers, propriétaires des plateaux fertiles qui dominaient les friches encaissées où coulaient les ruisseaux, abandonnaient aux journaliers contre la promesse tacite qu'ils leur seraient fidèles et ne loueraient pas leurs bras à d'autre fermier qu'à celui qui leur accordait le droit de bâtir une masure sur les trous à vipères.
En ce temps-là, le breton était la langue maternelle, qu'ils ne savaient ni lire ni écrire, de tous les pauvres, et c'était à l'école qu'on apprenait le français, si on avait la chance d'y aller. Pour les enfants du bourg et les gosses de fermiers, à l'école qu'ils fréquentèrent pendant deux années, de leurs neuf ans à leurs onze ans, Maï-yann et Youenn, ainsi que leurs nombreux frères et sœurs respectifs, répondaient au sobriquet méprisant de bugale al lochou, "enfants des cabanes". A l'image des baraques en bois et torchis de glaise, couvertes de fougères et de genêts où ils avaient vu le jour, ils allaient vêtus de hardes et chaussés de sabots ou de galoches que distribuaient aux nécessiteux les bonnes sœurs de l'école, manière d'obtenir par ces dons sinon le pardon du moins l'amnésie des gueux pour la ségrégation qu'elles entretenaient en classe. Au crépuscule de leurs jours, Maï-yann et Youenn ne se lasseraient pas d'évoquer avec amertume et rancœur le souvenir du réfectoire divisé en deux par une ligne imaginaire : d'un côté les gosses des cabanes, de l'autre les enfants des riches. D'un côté, tous les jours et à tous les repas du pain de seigle trempé dans une soupe au lard rance ; de l'autre des rôtis, des pommes de terre rissolées, du pain blanc et au goûter des brioches et des bols de chocolat au lait brûlant.
Chez eux les enfants des cabanes ne faisaient pas plus bombance qu'à l'école. Le père de Youenn, un fainéant, buvait le maigre argent qu'il gagnait. Les jours de paye, sa femme envoyait les grands à sa rencontre, mais il déjouait leur surveillance, coupait à travers des ronciers en empruntant à quatre pattes des passages de renards, et dépensait ses sous en achetant du rhum Négrita au café-alimentation du carrefur de Croasloc'h. Il cachait les bouteilles dans les meules de foin, sous les tas de betteraves, au fond des terriers à lapins le long des talus. Partout il avait des cachettes qu'il lui arrivait d'oublier. Il vendait les œufs et les poulets et ne laissait à la mère que les vieilles poules pour la soupe, dont elle gardait le bouillon gras, saturé de sel afin qu'il se conserve mieux, jusqu'à ce qu'il fût aigre et juste bon à tremper les patates du cochon. Youenn mangea son premier bifteck et but son premier verre de vin au service militaire.
Maï-yann fut mieux lotie : son père était sérieux, mais de faible constitution. Sa mère était courageuse. Elle louait ses bras sans rechigner, apte à toutes les tâches, même les plus dures, réservées aux hommes, telles que le défrichage et le dessouchage des landes, à la serpe et à la houe. Elle se flattait à juste titre que ses enfants se couchent tous les jours le ventre plein de bouillie d'avoine. Les seules choses qu'elle les autorisait à mendier dans les fermes alentour, c'était un peu de beurre pour les crêpes et de pétrole pour les lampes.
Extrait de "La prairie"

Critiques

- Sombre sujet que le thème commun à mes six nouvelles : le suicide. Le sait-on ? En Bretagne on se suicide beaucoup plus qu'ailleurs. Chaque jour, affirment les statistiques, trois Bretons quittent ce monde volontairement. Pourquoi ? Autrefois, en plus du climat, on accusait l'alcoolisme, la désertification des campagnes, le célibat des paysans ou des ouvriers agricoles. Mais aujourd'hui ? J'ai voulu non pas étudier ce "fait de société", mais essayer d'aller voir dans les têtes, avant l'acte fatal, qui est ici à peine décrit, voire éludé. La solitude, l'impossibilité de communiquer, le désir d'en finir sont-ils spécifiquement bretons ? Je ne le pense pas. Seul le mépris de la mort pourrait être particulier aux Celtes. Dans ce recueil, la nouvelle à la fois la plus "bretonne" " et la plus universelle est à mon sens "La Prairie". Vers 1910, mon personnage naît avec une identité (une langue, un milieu rural, une culture). A la fin du siècle, cette identité a été perdue et Maï-Yann considère qu'elle a assez vécu dans un paysage détruit par l'agriculture intensive et l'urbanisation. Autant quitter un monde qu'elle ne comprend plus. (Hervé Jaouen)

- Recueil de six nouvelles qui frôlent la formule du roman policier souvent visitée par l'auteur.

- En novembre dernier, Hervé Jaouen a publié chez Denoël un recueil de nouvelles sous le titre : Merci de fermer la porte, ultime prière qu'adressent au lecteur tous les personnages de ces nouvelles, désireux d'en finir avec la vie, d'une manière ou d'une autre. Dans "Café du viaduc", le texte que l'auteur a choisi de lire, deux jeunes femmes fêtent un événement énigmatique, à la fois sinistre et gai, une promesse fatale dont elles ne pourront plus se défaire. Le Télégramme - 04/04/2000

- Six nouvelles composent ce recueil dont le thème central est la mort acceptée, sinon provoquée. Le suicide consécutif à une dérive que ne veulent plus subir les protagonistes de ces histoires. Des personnages qui sont lassés de se confronter à un destin cruel, impitoyable ou tout simplement indifférent. Ils choisissent le terme d'une vie devenue pour eux trop lourde et cherchent le refuge, la liberté dans un ailleurs peut-être problématique mais qui devrait se révéler plus doux que ce qu'ils ont subi depuis leur naissance ou presque. Ce peut être aussi un accroc dans une existence encore jeune alors que tout pourrait leur sourire même s'ils sont nés dans une famille dont les prétentions sont loin d'être bourgeoises. Quoique l'origine familiale et l'épaisseur du portefeuille paternel ne soient pas des critères de longévité. Mais voyons un peu plus en détail ces tranches de vie contées avec sensibilité par Hervé Jaouen
. Le jeune homme qui souriait tout le temps met en scène un employé de banque dont la principale singularité est de tout le temps sourire, acceptant les remontrances sans broncher, ne dévoilant rien de sa vie privée. Il a toujours vécu chez papa maman, de modestes employés, a poursuivi des études lui permettant de trouver un travail dont personne d'autre ne voulait. Il n'a pas de petite amie, mais cela ne le traumatise pas. Mais il possède un secret et le jour où il ne pourra plus s'extérioriser avec, ce sera le début de la fin.
Dans La montre, le "héros" est un gamin à qui le grand-père a cru bon de donner sa montre-gousset. Il est fier de cette remarquable relique, mais le temps joue contre lui, ou plutôt ses condisciples lui jouent un sale tour. Jusqu'au jour où il se voit supprimer par sa mère son argent de poche pour un malheureux paquet de cigarettes qui traînait.
Autre histoire poignante, ce qui ne veut pas dire que les autres ne le sont pas, mais celle-ci plus particulièrement. La prairie, qui narre la vie d'un couple de paysans qui à force de courage, de travail, parvient à s'établir, à posséder leur maison, à être des gens respectables, eux qui ont débuté comme commis de ferme à douze ans. Ils ne se sont jamais dit je t'aime, cela leur semblait superflu, ils ont construit leur couple sans heurt, ils ont eu des enfants qu'ils ont élevés dans la dignité des personnes simples et respectueuses, jusqu'au jour où l'homme a démissionné et s'est laissé aller, usé par le labeur.
Des histoires simples, émouvantes, de tous les jours, sans artifices, sans misérabilisme, mettant en scène des personnages ordinaires, modestes, faibles parfois au contact d'une société qui s'acharne à les briser, à les mutiler, à les humilier. Un dérive insidieuse qui guette chacun de nous, pour peu que l'on ne sache se rebeller contre les vicissitudes d'un monde qui ne pense que profit, rentabilité, avec comme matériel l'arnaque, la répression, le mépris.
Paul MAUGENDRE

- Hervé Jaouen : auguste, le Breton
Avec son premier roman, "La Mariée rouge", il signait en 1979 l'un des titres phares du courant baptisé par la suite "néo-polar". Depuis cette date, de son réduit breton et entre deux escapades irlandaises, Hervé Jaouen n'a cessé d'étoffer son œuvre. Elle compte aujourd'hui une trentaine d'ouvrages. Romans policiers (le plus souvent) et journaux de voyage. Une palette ondoyante, même si le noir reste sa couleur de prédilection. Avec ce nouvel ouvrage, on ne sera pas dépaysé. On y retrouve l'univers, le style Jaouen. Décors de l'Ouest, sens de l'intrigue, inspiration férocement réaliste. Qu'il nous conte la double vie d'un jeune employé de banque, trop souriant pour être heureux, le calvaire d'une alcoolo dépressive, ou encore l'histoire tragiquement ordinaire d'un couple, Maï-Yann et Youenn, enfants miséreux des landes bordant l'Odet, placés dans une ferme à 11 ans... Le plus long texte de ce recueil, le plus impressionnant sans doute, véritable roman miniature qui condense magistralement une traversée du siècle achevée dans la détresse du grand âge et l'incompréhension des temps nouveaux. Au total, six nouvelles, retraçant autant d'itinéraires singuliers inévitablement clos par un geste d'autodestruction. Un geste qui est à la fois un sursaut d'orgueil sanctionnant un échec et l'ultime preuve par l'absurde de la liberté donnée à l'homme.
Bernard LE SAUX - Le Figaro Littéraire - 27/11/1999

- Hervé Jaouen est un sacré conteur et il nous le prouve une fois de plus à travers ces six nouvelles qui se passent en Bretagne. Un jeune éprouve une passion pour une Golf GTI. Maryse essaie de se débarrasser de Loulou. Martial se méfie comme de la peste des banquiers et des notaires, sauf un. Gweltaz se fait offrir une montre - un oignon suisse - par son grand-père. Francine demande à Irène de l'accompagner sur le parapet d'un viaduc. Maï-Yann et Youenn ont trimé toute leur vie pour s'offrir une solide maison et une prairie. On ne reste pas indifférent à la vie de ces gens-là qui se referment sur eux, cachent leurs peines, et pourraient être nos voisins, nos amis.
P. L. - La Croix - 25/11/1999

- Six nouvelles, six rencontres éphémères avec des personnages que l'on aurait pu croiser tant ils nous semblent familiers et proches. Pourtant, une sorte de fêlure en eux déconcerte. Mal à l'aise dans leur vie, dans leur temps, ils dérivent, et choisissent de s'en échapper. Hervé Jaouen nous attache à ses héros, qui deviennent pour un moment nos frères, nos voisins, nos amis, et changent le regard que nous portons aux autres.
Géraldine DELAUNEY - Le Télégramme - 19/01/2000

- Six nouvelles, six vies. Un employé de banque passionné de voitures, la compagne d'une brute alcoolique, un riche héritier, une femme désespérée, un couple de paysans laborieux... Tous connaîtront la mort par suicide. Une fin tragique, inéluctable, qui clôt chaque histoire comme une porte qui se ferme. Seule issue pour échapper à la honte, au désespoir, à la maison de retraite, à la vie moderne... Le romancier breton raconte avec réalisme saisissant ces récits poignants. Ses personnages se débattent dans un monde dans lequel ils ne se reconnaissent plus. Un monde "bousillé", laid, triste. Et si la mort, vue ici comme une délivrance, permettait d'échapper à un avenir bien plus effrayant ?
France LEBRETON - Pèlerin Magazine - 09/12/1999

- Rideau !
Les histoires d'Hervé Jaouen nous entraînent dans l'ombre des vitrines illuminées. Ici, la vie ne fait pas de cadeaux. Ses "gens de peu" ont les deux pieds dans le malheur et, pourtant, ils n'en font pas tout un plat. Discrètement, ils vont s'en aller, se retirer du monde qui, de toute manière, ne veut plus d'eux. Alors rideau sur ces âmes perdues, sur ce "jeune qui souriait tout le temps" à son travail, et qui brûlait le week-end les routes de France à bord de sa Golf GTI ; rideau sur Maryse, plombée par l'alcool et les coups, rejetée par sa famille ; rideau sur Martial Noisant, ce fier négociant en vins, muet sur son infinie solitude ; rideau sur Francine, marre de vivre tout simplement, poussée d'un pont par son amie Irène. Et puis, pour clore re recueil, "Merci de fermer la porte", Hervé Jaouen nous convie à une traversée de ce siècle, donnant la main au plus beau couple du monde, Youenn et Maï-Yann, deux enfants que la naissance condamnait au ruisseau et qui, à la force du poignet, se sont hissés au-dessus de leur rang. Nés pauvres d'entre les pauvres, ils auront vécu dans l'obsession de la dignité, découvrant, hélas, qu'il ne suffit pas de construire pour que les générations suivantes en fassent autant.
Décidément, la Bretagne, si chère au cœur de l'auteur, n'en finira jamais d'apparaître sous des ciels venteux, et des tragédies pathétiques. L'univers que dépeint Hervé Jaouen gagnerait quelquefois à s'ajourer des nuances. Entre les bons et les méchants, entre le bonheur et le désespoir, il excelle pourtant à faire jaillir l'émotion, d'un mot, d'un bruit, d'un souvenir.
J. L. - L'Alsace - 23/12/1999

- Qui veut la fin...
La citation de Stig Dagerman placée en exergue donne le thème de cet excellent recueil de nouvelles : "Il semble comprendre que le suicide est la seule preuve de liberté de l'homme". À travers six nouvelles, Hervé Jaouen met en scène des personnages qui, tous, consciemment ou non, veulent en finir avec la vie : l'humble employé de banque, courtois, discret et souriant, qui s'asphyxie dans sa belle voiture après une condamnation à 18 mois de suspension de permis ; Maryse, la fille paumée, qui se pend dans l'atelier de couture où elle travaillait après avoir tué son amant violent ; Gweltaz, l'adolescent qui, victime d'un racket à l'école, vend la montre en argent que lui avait donné son grand-père et finit par craquer, accablé par les remords ; Maï-Yann, la vieille femme qui, une fois son mari décédé (à l'âge de 80 ans), voit peu à peu le monde changer autour d'elle et décide de se laisser mourir de froid dans une prairie enneigée...
Par la justesse de l'observation psychologique, la concision, et la précision du langage, Hervé Jaouen a su faire ressortir la douloureuse humanité de ses personnages, des hommes et des femmes qui, d'une façon ou d'une autre, sont en perdition.
Le Télégramme - 26/01/2000

- J'aime lire pour me détendre. Je n'ai pas de tendances suicidaires, mais, comme tout le monde, je peux devenir cafardeuse. Alors, avec un livre qui ne parle que de suicides, difficile de sauter de joie.
Pourtant, l'ensemble est écrit de fort belle manière et on va au bout de ces six nouvelles toutes aussi intéressantes l'une que l'autre, sans problème.
Surtout la sixième, intitulée "La Prairie". L'histoire d'un couple depuis leurs naissances jusqu'à leurs morts à plus de nonante ans. Enfin, monsieur est parti le premier. Madame sent ses forces décliner et ses enfants veulent la placer en maison de repos. Elle refuse, se contentant de contempler depuis son fauteuil la prairie qui s'étend devant sa fenêtre. En fait, c'est toute son existence passée qu'elle revoit. Et puis un jour, elle décide qu'elle a assez vécu. Alors, vêtue d'une simple chemise de nuit, elle sort et se couche dans la prairie enneigée.
Ce dernier texte m'a réconciliée avec le livre. Cette fin, je peux la comprendre, lui donner un sens. Et ce texte est tout simplement BEAU.
Lecture et critiques : Geneviève PIEKARCZYK - Rédaction : A. QUANIERS
Encre Noire - N° 18 - 1er trimestre 2000

- L'éternité devant soi !
Je ne connaissais Hervé Jaouen que pour ses romans policiers et ses chroniques irlandaises. Ce recueil de nouvelles est une magnifique découverte, nous sommes à l'opposé de "Pleure pas sur ton biniou". Ici le propos est plus grave et même tragique.
La solitude de cet employé de banque que personne ne connaît et dont la passion est soigneusement tenue secrète.
Maryse, brisée par la vie, le chômage, un avortement, les coups du sort et de poings, chassée par ses parents, il lui reste la bouteille et la déchéance.
Gweltaz reçoit comme cadeau de son grand-père, "Pépé-train", une magnifique montre en argent, elle ne lui portera pas chance hélas !
"La prairie" clôt ce recueil, c'est un chef d'œuvre de la nouvelle qui figurera désormais dans mes préférées.
Pas de fracas, d'héroïsme, rien que la vie d'un homme et d'une femme, Youenn et Maï-yann, ils naissent au bord de l'Odet avant la Grande Guerre, avec eux, nous verrons les changements de la Bretagne, du monde agricole à la situation actuelle. La mutation des mœurs, l'abandon de la langue, du costume, des valeurs traditionnelles, ce couple les vivra de l'intérieur. D'une enfance pauvre, puis l'école et le certificat d'études, les querelles école laïque ou privée, puis le placement comme ouvriers agricoles dans les fermes alentour. Mais la guerre sonne le glas de ce monde, et au début des années cinquante, la vie moderne s'installe, puis la vieillesse et petit à petit, Youenn renonce, il ne s'occupe plus de sa maison, ses enfants et petits enfants lui semblent étrangers, son époque est révolue.
Maï-yann restera seule, ses yeux faiblissent, mais ses souvenirs et son imaginaire lui procurent encore des moments de bonheur intense :
- Tous les personnages du tableau parlaient breton et elle conversait avec eux sans la moindre hésitation.
Des gens ordinaires, chanceux ou pas, du doux et souriant employé de banque, à la femme alcoolique collectionnant les échecs sentimentaux et dont la beauté se flétrie et qui a la malchance de tomber sur le mauvais numéro au mauvais moment. Cet homme riche, jovial ou mesquin, capable d'offrir une bouteille de vin hors de prix pour une naissance, mais quittant sa banque pour des peccadilles. Quel est le secret de ces deux jeunes filles qui semblent boire le verre du condamné au bar du Viaduc ?
Un regard un peu à la McGahern, des gens ordinaires, mais qui au tréfonds d'eux-mêmes, cachent une faille ou un secret ou qui sont pris par des événements qu'ils ne contrôlent pas. Une très belle écriture sans fioritures qui alourdiraient le texte.
Un pur moment de bonheur, mais un bonheur âpre et amer, qui me renvoie à mon enfance, aux odeurs de lait dans les fermes, au temps où personne ne fermait sa porte.
J'ai laissé la porte ouverte, j'ai fermé ce livre, j'avais les yeux un peu humides.
Extraits :
- La plupart de ses collègues ne le voyaient pas arriver, la plupart ne le voyaient pas partir. Il n'existait que le service personnel.
- Il inspirait le respect qu'on accorde aux hommes sérieux
- Vous trouvez ça normal qu'ils me foutent dehors ? Et que mon père me dise va te faire ramoner le cul ailleurs.
- Vous n'êtes plus que tata Maryse, la tata un peu tarte qui n'arrive pas à retenir un gars par le paletot.
- "Ah ça donne du travail, mais on a sa récompense de la terre quand on se courbe dessus"
- "Qu'est-ce que tu crois ? Mon premier vélo, c'est six mois de travail qu'il m'a coûté !"
- Ses cheveux ont leur teinte naturelle, ce châtain foncé des filles du pays, des Bretonnes aux yeux gris-bleu.
- En ce temps-là, le breton était la langue maternelle, qu'ils ne savaient ni lire ni écrire.
- Elle n'avait jamais dit "Je t'aime" à son mari, à quoi bon, face à l'évidence qu'ils étaient déjà faits l'un pour l'autre.
- Après le repas de midi, elle allumait la radio réglée sur une station qui diffusait toute la journée de la musique bretonne et irlandaise.
http://eireann561.canalblog.com/ - 17/12/2006

- Un jeune employé de banque qui s'abrite derrière un éternel sourire et décourage tous ceux qui cherchent à percer ses secrets ; un vieux négociant en vins qui dort sur un trésor familial et semble planer hors du temps ; deux jeunes filles dans un café, qui fêtent un événement énigmatique, une promesse fatale dont elles ne pourront plus jamais se défaire ; Maï-yann qui contemple la prairie qui descend vers l'Odet... Tous ces personnages semblent coupés d'un monde qui les ignore. Ils dérivent dans leurs univers intérieurs. Six personnages, six destins, six nouvelles à la fois désabusées et optimistes. Manuealex – 25/09/2010




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