Le fossé

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1995 - Denoël - Sueurs froides
2003 - Les Éditions de la Chapelle – 7
2012 – Presses de la Cité
2012 A été publié en e-book

Résumé

- Edition 1995
J'ai cinq morts sur la conscience.
Trois homicides volontaires et deux par ricochets.
Écrire est plus facile que dire, Catherine.
Si tu viens me chercher à la porte de la prison, nous ne nous dirons rien, puisque je t'aurai tout écrit.
Je t'embrasse et te serre dans mes bras.
Papa.

Ainsi s'achève la lettre-fleuve que Xavier Langlois, ancien vétérinaire, adresse à sa fille quelques jours avant sa libération. Lettre étrange, déroutante, puisque Catherine, pour les avoir déclenchées, est censée connaître les circonstances qui ont conduit à cette hécatombe. Mais connaît-elle ce qu'ont été les mobiles profonds de son père, les raisons pour lesquelles il s'est si mal défendu au procès ?
Ne subsisterait-il pas entre le père et la fille un fossé qui expliquerait le silence obstiné de Catherine durant les treize ans de l'incarcération de Langlois ?
Là réside tout le mystère. Et toute l'émotion d'une tragédie contemporaine qui, comme toutes les grandes tragédies, tire sa force dans sa concision.

- Edition 2003
Quand ils sortent le samedi soir, les Langlois expédient leur fille Catherine chez sa mamie où, croient-ils, elle regarde sagement la télé. Un dimanche midi, le téléphone sonne. Mamie doit avouer l'incroyable : Catherine sortait, et elle n'est pas rentrée. Avant d'appeler la police, son père mène l'enquête. Il apprend très vite que Catherine franchissait "le fossé", le boulevard périphérique qui sépare les quartiers bourgeois de la Zone. Sur les traces du petit chaperon rouge, une véritable descente aux enfers dans la jungle urbaine.
Au lieu d'un plaidoyer en faveur de l'autodéfense, que pareil sujet pouvait porter, l'auteur en démonte au contraire des mécanismes autrement plus intimes, et dérangeants.
(Michel Guilloux, L'Humanité)
Un roman plein d'émotion et de pudeur retenues et qui éclate cependant comme un terrible orage. (Michel Renaud, Le Dauphiné Libéré)
Hervé Jaouen a écrit un livre admirable. Admirable par l'imbrication de l'intime et du social, de l'épistolaire et de la fable moderne. Admirable parce qu'utilisant les ressorts efficaces du roman noir, il part d'une simple histoire d'autodéfense et de fugue pour montrer la ville comme une machine à déshumaniser, ogresse contemporaine.
(Daniel Morvan, Ouest-France)

Extrait

Ma Chère Catherine,
Le directeur vient de me l'annoncer : je serai libéré dans quinze jours. Il faut croire que par le jeu des remises de peine légales nous sommes arrivés à l'échéance. Condamné à dix-huit années de prison, je vais être libre au bout de douze ans et cinq mois.
J'ignore s'il s'agit d'un pur hasard, ou d'une espèce de grâce, ou bien d'un arrangement négocié entre l'administration pénitentiaire et le Garde des Sceaux en faveur du détenu modèle que j'aurai été. Toujours est-il que ma libération va coïncider avec ton vingt-cinquième anniversaire et ton mariage.
Pendant ces douze années, hormis les traditionnelles cartes de vœux - quatre cartes, les quatre premières années, et ensuite le silence -, tu ne m'auras pas écrit. Au parloir, tu n'es pas venue me voir. Je ne le voulais pas. Mais je sais que maintenant tu te portes bien. Tu as surmonté notre épreuve.
Les photographies épinglées au mur, en face de moi, au-dessus de la tablette où j'écris, me montrent une jolie jeune femme de dix-huit ans qui ressemble à sa mère. Ce sont donc deux jeunes femmes que je vais retrouver bientôt. L'une n'a pas cessé de m'aimer, l'autre m'a privé de tout sentiment - du moins exprimé - depuis ses treize ans.
Que signifie ce silence ?
Je me dis, je me suis dit cent mille fois que le silence n'est pas l'expression de la haine. La haine se crie. Le mépris se tait. Le doute se murmure.

Critiques

Ce roman d'Hervé Jaouen se présente sous la forme d'une lettre, sorte de confession que fait Xavier Langlois à sa fille, qu'il aime tant, Catherine. Il lui écrit à quelques jours de sa libération de prison puisqu'il est plus facile d'écrire que de dire.
On découvre dans ce roman deux mondes qui s'opposent totalement, et tout d'abord le petit monde bourgeois et tranquille d'où vient Xavier et qui n'est séparé de la "zone" que par un périphérique. Là, on ne trouve que trafics en tous genres et logements précaires.
Xavier Langlois, en jouant les policiers, nous fait découvrir une atmosphère et un langage spécifique.
Pourquoi ce silence entre Xavier Langlois et Catherine durant ces treize années d'incarcération ? N'y a-t-il pas comme un fossé entre ces deux personnages comme il y en a un entre le quartier bourgeois de la ville et le quartier défavorisé ?

- Un roman émouvant où deux mondes sont mêlés. Le langage spécifique qu'utilise l'auteur quand il s'agit de la "zone" rend encore plus crédible l'histoire en la rendant plus réaliste.
Un roman où l'amour d'un père pour sa fille et son désespoir vont l'amener à tuer.
Autrement dit, un roman qui traduit toute l'émotion d'une tragédie contemporaine.
Myriam GALLAIS

- Le fossé c'est celui qui a toujours existé entre Xavier Langlois, vétérinaire et sa fille. Le père vient de purger 13 ans pour meurtre. A la veille de sa libération, il rédige une longue lettre destinée à sa fille Catherine pour lui expliquer enfin les circonstances qui l'ont amené à tuer. L'écriture très sobre, les mobiles paternels et le dénouement tragique rendent ce roman bouleversant.

- Tombé dans le fossé, Xavier Langlois l'est depuis douze ans. Vétérinaire, une femme, deux enfants, une villa cossue dans le quartier chic d'une petite ville, l'homme est à la veille de sa libération anticipée d'une peine de prison. Pour meurtre. Comment, pourquoi, c'est l'objet de la longue lettre confession qu'il écrit alors à sa fille, Catherine.
Tout s'est déclenché, douze ans plus tôt, le lendemain d'une de ses visites à sa grand-mère. Celle-ci appelle les parents car sa petite-fille n'a pas réapparu depuis la veille. L'homme se lance dans une traque qui prend pour lui l'allure d'une vertigineuse descente aux enfers. Préférant ne pas aller voir la police, contrairement à son épouse, Langlois se lance dans une enquête toute personnelle aux confins de quartiers populaires où il n'a jamais mis les pieds de sa vie. La "zone", coupée par le fossé, la cicatrice, d'une voie périphérique. Son imper, son flingue et sa voiture munie d'une antenne radio lui font vite endosser la peau d'un flic. Son rang social et sa douleur le mettent à ses yeux au-dessus des lois.
Le premier versant de ce roman noir présente la vision horrifique que peut avoir un père torturé par l'angoisse de la disparition d'une enfant, redoublée par le fossé social qui le sépare des gens que sa fille s'est mise à fréquenter.
Les morts vont s'amonceler au passage, directement, trois truands, et indirectement, deux autres, deux jeunes filles. L'on comprend, petit à petit, que le narrateur garde un secret avec la destinatrice de sa lettre : les raisons pour lesquelles il s'est tu à son procès. Si plaidoyer il y a, c'est pour assurer sa défense aux yeux d'une fille dont les nouvelles se sont taries au fil des ans. Mais pourquoi en parler à ce moment, si le "secret" est commun ? Se dessine alors le portrait psychologique d'un homme rigide qui ne voit que ce qui peut ne pas le gêner et se tait quand il faudrait parler. Il n'a jamais accordé trop d'importance à cette gosse, qui lui adressait pourtant des signaux.
Le récit, qui comprend une réponse et se conclut par un épilogue à la sortie de prison prend alors une toute autre dimension. Il est des moments dans la vie où il faut savoir ne pas être aveugle, inciter à la parole de l'autre et l'entendre. Le confort moral préservé dans le cas contraire n'est rien face au fossé qui peut se creuser alors avec des êtres proches.
Au lieu d'un plaidoyer en faveur de l'autodéfense, que pareil sujet pouvait porter, l'auteur en démonte au contraire des mécanismes autrement plus intimes et dérangeants.
Michel GUILLOUX - L'humanité - 10 février 1995

- Xavier Langlois doit bientôt sortir de prison. Dans une lettre à sa fille Catherine, il revient sur les événements tragiques qui ont bouleversé la vie d'une famille bourgeoise. Depuis ce jour où Catherine a disparu et où il s'est lancé seul à sa recherche sans faire appel à la police. Depuis ce jour où sa fille a été victime de la violence urbaine.

- Texte d'Hervé Jaouen, en date du 8 juin 1996 :
La nature de ce lien [avec le monde de l'enfance et/ou de la jeunesse], c'est déjà la construction du roman, en grande partie constitué d'une longue lettre qu'écrit un père à sa fille, Catherine : une adolescente âgée de treize ans au moment d'un crime qui a valu à son père d'être condamné à de longues années de prison. Il lui écrit cette lettre à la veille de sa libération, pour lui donner sa version des faits. Il se confesse, il confesse ses fautes, il lui dit tout l'amour qu'il aurait dû lui donner.
Quel crime le père a-t-il commis ? Au lecteur de le découvrir. Mais qu'on sache bien que comme toujours dans un roman noir digne de ce nom, la "dynamique de la mort violente" est accessoire, ou presque, et en tout cas sert essentiellement à décrire pourquoi les personnages ont choisi cette extrémité.
La nature profonde du lien entre mon roman et le monde de la jeunesse repose sur un thème éternel : la difficulté de communiquer entre un père et sa fille au moment où la petite fille se mue en femme. L'incompréhension mutuelle conduit l'adolescente à rechercher ailleurs - dans la forêt hantée des contes cruels de l'enfance, c'est-à-dire ici hors des limites balisées de son quartier, là où le danger va la surprendre - l'affection que semble-t-il on lui refuse. Commettre l'irréparable pour qu'enfin le regard de son père se pose de nouveau sur elle, voilà vers où la pousse son inconscient - puisqu'elle n'a pas encore l'âge d'analyser ses propres sentiments et de faire la part des choses.
A l'éternité de ce thème s'ajoute l'actualité du décor. Le roman noir est un miroir grossissant que l'écrivain promène le long des chemins de la société dans laquelle il vit. J'ai donc essayé de montrer que la société actuelle élargit le fossé entre le père et la fille. Les parents, plongés dans l'égoïsme d'une vie bourgeoise, vivent à côté de leurs enfants. Après la disparition du clan, du village et de la famille au sens large, de nos jours c'est la cellule familiale, au sens étroit (parents/enfants), qui est menacée. A chacun sa télé, à chacun ses loisirs : c'est tout juste, dans la famille que je décris, si l'on dîne encore à la même table. Catherine va donc chercher dans un milieu social qui n'est pas le sien la convivialité qu'elle ne trouve plus chez elle. Se sentant confusément coupable de franchir le fossé, elle va, toujours inconsciemment, au-devant de la punition : ce viol dont elle sera victime, à la fois sanction et ultime appel au secours.
Voilà, il me semble, la nature du lien entre mon livre et le monde de la jeunesse - éternelle et d'aujourd'hui.

- Il s'agit d'un roman qui se lit d'une traite idéal pour le train ou sur la plage.
L'histoire débute lorsqu'un couple ordinaire apprend un dimanche matin que leur fille de 13 ans, qui devait passer la nuit chez sa grand-mère, est en fait sortie la veille et n'est pas rentrée de la nuit.
Elle raconte comment le père part à sa recherche, découvre un monde noir dont il ignore tout, et l'engrenage qui va le mener en prison.
Elle prend la forme d'une lettre écrite en prison par un père à sa fille.
C'est un livre passionnant, très bien écrit, prenant, et terriblement triste.

- À l'heure où les écrivains de romans policiers font dans la démesure éditoriale (à moins de 500 pages tu meurs), Hervé Jaouen ("Hôpital souterrain", Grand Prix de littérature policière 1990) vient de faire paraître un court roman de 137 pages qui est une magnifique et tragique histoire d'amour.
L'amour d'un père pour sa fille qui s'exprime dans la lettre que Xavier Langlois écrit de sa prison à sa fille Catherine à la veille de sa libération après treize ans de détention. Je ne saurais aller plus avant dans le résumé de ce roman plein d'émotion et de pudeur retenues et qui éclate cependant comme un terrible orage. En 137 pages Hervé Jaouen écrit une tragédie qu'on n'est pas prêt d'oublier.
Michel RENAUD - Le Dauphiné Libéré - 05/07/1995

- Hervé Jaouen, auteur de récits et de romans, a reçu en 1990 le Grand Prix de littérature policière pour "Hôpital souterrain". Il récidive avec un étonnant roman, publié dans la collection Sueurs froides, où l'intrigue fait la part belle à la psychologie. En treize années passées en prison, l'homme a eu le temps de penser la longue lettre qu'il écrit à sa fille juste avant de regagner le monde du dehors. Ainsi découvre-t-on le terrible chemin qui mène un vétérinaire respecté, un père aimant, au meurtre. Il a tué, lui le doux, et à plusieurs reprises. Le fauve décidé à protéger sa progéniture s'est éveillé quand le père, sur les traces de sa fille - une inconnue, véritablement, se révèle à lui -, apprend des horreurs qu'il n'aurait pu même imaginer. Sa petite Catherine a quitté sans trop y penser l'univers préserver de l'enfance pour entrer, bien involontairement, dans une "zone" dangereuse où la mort, entre autres, guette... Jusqu'où un père confronté à l'insupportable peut-il aller pour restituer à son enfant son intégrité ? Au tribunal, père et fille se sont compris sans se parler. Des regard échangés, et l'homme obstiné paie à la société une dette d'honneur, et la jeune fille garde sa robe blanche. L'histoire pourrait bien se terminer, n'était-ce la vie qui parfois se charge de punir aussi les innocents - aveuglément. Hervé Jaouen excelle décidément dans le genre noir, qu'il illumine d'une amour déchirant.
Bonne Soirée - 31/05/1995

- Hervé Jaouen reste fidèle à un certain univers glauque, se situant de préférence en Bretagne. Un vétérinaire ayant pignon sur rue découvre que sa fille a disparu. Il la retrouvera et se vengera durement de ceux qui l'ont enlevée mais le paiera de treize années de prison. Ecrit sous forme de lettre, ce roman est bouleversant.
La Croix - 22/05/1995

- Aux enfers
On lit d'une seule traite le dernier roman d'Hervé Jaouen : "Le Fossé". Mais on éprouve un réel soulagement quand on arrive à la fin tant la tension va crescendo.
L'auteur raconte comment Catherine, une adolescente de 13 ans appartenant à un milieu bourgeois, disparaît un soir de juillet. Fou d'inquiétude, son père part à sa recherche et apprend qu'elle est tombée entre les mains d'un groupe de "zonards" et de punks qui s'abrutissent d'alcool et de hard rock. On devine la suite...
Hervé Jaouen a écrit là un livre sombre, très sombre. L'univers qu'il dépeint est d'autant plus effrayant qu'il a utilisé avec maestria différents procédés narratifs qui tiennent le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page. Bien sûr, on peut s'interroger sur l'opportunité d'un tel ouvrage : l'auteur a-t-il voulu "faire du sensationnel" et exploiter quelques bas instincts ? À chacun d'en décider et, de toute façon, c'est là un autre débat. On remarquera, cependant, qu'Hervé Jaouen n'a pas forcé le trait. Ce climat oppressant qui imprègne "Le Fossé" est entretenu à petites touches et même avec une certaine retenue. La violence est plus souvent suggérée que décrite. Mais chaque mot porte et chaque scène entraîne un peu plus le lecteur dans la descente aux enfers. Du grand art, vraiment.
Mais quand même : âmes sensibles et cœurs fragiles s'abstenir.
Yves LOISEL - Le Télégramme - 12/04/1995

- On aimerait croire que l'idée de ce roman est née dans un café du boulevard Arago ou s'était attablé Hervé Jaouen. Un homme est entré, apparemment désemparé et a commandé un café. Et s'il sortait de la Santé, et si personne n'avait jugé bon de venir le chercher. Seul, abandonné de tous après plusieurs années, sans doute, d'incarcération. Et puis un jeune homme est arrivé et l'a serré dans ses bras. Et, le lendemain, le soir même peut-être, Hervé Jaouen s'est mis à écrire "Le Fossé". Une histoire banale. Un couple comme il y en a des centaines de milliers. Une vie paisible, faite de sécurité et de "langueur partagée". Une fille de 13 ans, Catherine, qui compte plus que tout au monde. Mais sur un simple coup de fil, voilà que tout bascule : Catherine a disparu. Disparu ?! Xavier ne savait même pas qu'elle sortait le soir, il la croyait sagement assise devant la télé chez sa grand-mère. Comme tous les week-ends. Comme tous les week-ends : "Je croyais que tu ne m'aimais plus", dira Catherine au procès de son père. Il l'aimait mal, sans doute. Et que savait-il vraiment d'elle ? Alors quand ses recherches l'on conduit dans les quartiers dont il ne soupçonnait même pas l'existence, dans des appartements sordides occupés par la misère, quand il s'est trouvé soudain projeté dans la violence, la came et le cul, ses illusions, ses rêves se sont écroulés. Seul son orgueil est resté intact. Et le paisible père de famille s'est subitement transformé en justicier, en beauf, en Dupont-la-Joie. Dans sa cellule Xavier prendra conscience de ses erreurs. Mais n'est-ce pas trop tard ? Jamais Catherine ne lui a écrit.
Nouveau Journal d'Orly - Mars 1995

- Après treize ans de prison pour un triple meurtre commis par amour de sa fille Catherine, qui avait alors 13 ans, Xavier Langlois lui écrit, au moment de sa libération, pour s'expliquer et tenter de combler le "fossé" resté béant entre eux. Sa fille, à part les quatre premières cartes de vœux, ne lui a jamais donné de nouvelles, et il veut lui dire que lui, pas un instant, n'a regretté.
Il s'est changé en flic au moment des faits, et a fini par s'y voir. Fatale erreur. Et doublement, comme nous l'apprendrons in fine, dans un dénouement à la Jaouen (auteur de "Flora des embruns", "Ouragan sur les grèbes"), qui a sans doute eu le tort, ici, d'imaginer cette longue lettre, parfois trop véhémente et sans recul. On imagine ce qu'aurait pu être le récit, encore plus diaboliquement compliqué, d'un proche de l'affaire, un inamical...
D. D. - Le Canard Enchaîné - 22/02/1995

- Le nouveau polar d'Hervé Jaouen
Le dernier roman du Finistérien Hervé Jaouen sort aujourd'hui en librairie. Entre roman noir et critique sociale, "Le Fossé" est à l'image d'une fin de siècle, noir et glacé. Et se lit d'une traite.
"J'ai cinq morts sur le conscience. Trois homicides volontaires et deux par ricochet. Écrire est plus facile que dire, Catherine. Si tu viens me chercher à la porte de la prison, nous ne dirons plus rien, puisque je t'aurai tout écrit." Xavier Langlois, le personnage du nouveau polar d'Hervé Jaouen, va sortir de prison et retrouver sa fille. Douze ans auparavant, il y a eu meurtre et procès. Au cours duquel tout n'a pas été dit. Entre elle et lui, un secret, qui se dévoile au fil de cette longue lettre aux accents de prière tragique.
Une petite fille qui va chez sa grand-mère. Qui franchit "le fossé" et pénètre dans la forêt interdite, la jungle urbaine. Qui rencontre le loup. "Le Fossé" est un conte de Perrault d'aujourd'hui. Un "Petit chaperon rouge" avec skinheads, exclusion sociale et magnum 357. Une fable atroce.
"Le Fossé", c'est la ligne blanche qui sépare les belles rues piétonnes des quartiers populaires, de la "zone", "vaisseau en panne qui bat pavillon de la planète des exclus, amarré par des barbelés électrifiés au quai des nantis". Cette machine à broyer de l'humain mouline sans bruit : "Le film du dimanche soir bleuit le chœur des caveaux empilés et réconforte les âmes mortes du vaisseau sans futur."
En cherchant sa fille perdue, "obsédé par l'image d'un cygne se débattant dans une soue", le père découvre l'étendue de son aveuglement. Le coupable de ce qui va arriver à sa fille, c'est lui. Coupable ? Oui, de ne pas tenter de comprendre pourquoi sa fille se claustrait dans sa chambre à douze ans. De ne pas entendre ses appels au secours. D'avoir raté le rendez-vous avec l'enfant.
Daniel MORVAN - Ouest-France - 14/02/1995

- "J'ai cinq morts sur la conscience.
Trois homicides volontaires et deux par ricochets.
Écrire est plus facile que dire, Catherine.
Si tu viens me chercher à la porte de la prison, nous ne dirons rien, puisque je t'aurai tout écrit.
Je t'embrasse et te serre dans mes bras.
Papa."
Ainsi s'achève la lettre-fleuve que Xavier Langlois, ancien vétérinaire, adresse à sa fille quelques jours avant sa libération. Lettre étrange, déroutante, puisque Catherine, pour les avoir déclenchées, est censée connaître les circonstances qui ont conduit à cette hécatombe. Mais connaît-elle ce qu'ont été les mobiles profonds de son père, les raisons pour lesquelles il s'est si mal défendu au procès ?
Ne subsisterait-il pas entre le père et la fille un fossé qui expliquerait le silence obstiné de Catherine durant les treize ans de l'incarcération de Langlois ?
Là réside tout le mystère. Et toute l'émotion d'une tragédie contemporaine qui, comme toutes les grandes tragédies, tire sa force de sa concision.
L'Est Républicain - 03/02/1995

- Le crime d'un père pour sauver sa fille
Ce nouveau roman d'Hervé Jaouen est un pur chef-d'œuvre où les mots ont la force et le poids de l'amour d'un père pour sa fille. Un roman noir, un drame social.
"Si j'ai tué, Catherine, c'est parce que je t'aimais. "Plus que tout au monde" est-on tenté de poursuivre. Mais non. Je t'aimais comme un père aime son enfant. Je t'aimais autant que ton frère, autant que j'aimais ta mère. Avec, en plus, ce que les gens appellent "un faible". Un père a toujours "un faible" pour sa fille."
Une vie de famille aisée, sans histoire. Pourtant un jour, Catherine la fille de 13 ans disparaît, après avoir passé la journée chez sa grande-mère. Fugue ? Enlèvement ?
Xavier Langlois va mener l'enquête afin de retrouver sa fille. Pour cela, il va pénétrer dans la zone...
"Catherine, ma Catherine, mais que venais-tu faire ici ? Toi si soignée, toi si pure, toi que nous avons éduquée dans le respect de soi.
Qu'est-ce qui t'avait poussée à abandonner notre éden pour descendre en bas-fond ?"
Au fil de son enquête, seul, sans l'aide de la police, Xavier Langlois va aller d'horreur en horreur. Jusqu'au dénouement final. Pire encore. Car par perversité, l'agresseur de sa fille va tout lui narrer, en détail. Alors, Xavier Langlois craque et tue pour défendre sa fille. Au procès, il se taira. Un secret unit à jamais le père et la fille. Il sort de prison douze ans après, heureux de retrouver sa famille, de revoir enfin sa fille.
Un sujet délicat traité avec une grande justesse, écrit avec sensibilité, un roman poignant, bouleversant. À lire toutes affaires cessantes.
Veronik BLOT - L'Écho de la presqu'île - 03/03/1995

- Xavier Langlois est en fin de peine de prison, il était condamné à 18 ans pour trois meurtres. Après 12 ans, grâce à sa bonne conduite, il va ressortir. Il écrit alors à sa fille pour expliquer son geste. Lorsqu'elle saura qu'il a fait tout çà pour elle, sa petite fille chérie, elle voudra peut-être lui reparler et le revoir.
Ce jour-là, Catherine était censée dormir chez Mamie Jeanne mais elle n'est pas rentrée de la nuit. Elle s'est faite embobinée par une bande de zonards de la cité voisine.
Xavier tombe des nues. Sa belle-mère autorisait sa fille à sortir le soir ? Et où est sa fille maintenant ? Il part à sa recherche mais s'engouffre de plus en plus dans un monde pourri, sale et répugnant. Son enquête amène la nausée et nous rend malades. Plus l'horreur approche, plus Xavier tombe dans la folie jusqu'à retrouver sa fille et commettre l'acte ultime qui l'amènera en prison. On comprend tout à fait le geste de ce père et sa folie meurtrière. L'enquête tient en haleine, on se révolte de certains silences mais après tout on ne vend pas ses enfants même lorsque ceux-ci sont des monstres. On a la colère qui monte et on ne peut en vouloir à Xavier de ce final.
Un livre difficile au niveau émotionnel. Il est construit sous forme d'une lettre d'un père à sa fille et elle est très émouvante. On a également une sorte de réponse de Catherine qui est encore plus difficile à supporter.
http://majanissa.over-blog.com - 28/12/2006

- La Ballade de la geôle de.......
Roman policier datant de 1995, qui est, malgré tout pour moi un inédit.
Xavier Langlois, à quelques jours de sa sortie de prison, écrit à sa fille Catherine. Dans une de ses phrases, il lui dit : "Je veux simplement t'exposer les faits de mon point de vue. Je veux que tu entres dans la tête de celui que j'étais, il y a douze ans, le jour du crime".
Il relate à Catherine ce jour de juillet où sa vie a basculé dans un cauchemar dont il pense enfin sortir. Sortir également de prison, où il a passé plus de douze ans pour un triple homicide.
Il lui explique que sa belle-mère lui avait annoncé par téléphone qu'elle avait découché. Il lui raconte qu'il ne savait rien des libertés que lui accordait sa grand-mère, ni de ses fréquentations hors scolaires.
Il lui confie sa peur, ses regrets de ne pas l'avoir aimé assez, puis l'angoisse qui le prend quand il devine petit à petit la nature de ses fréquentations. Son enquête le mène dans un monde cauchemardesque où hélas elle n'est pas à sa place et où elle est une proie facile.
Il lui reparle du procès où, pour ne pas la souiller encore, il brode une histoire, se donnant le mauvais rôle pour tenter de sauver son avenir. Enfin, c'est le grand jour : Xavier Langlois sort de prison. Sa vie, entouré de sa famille, va reprendre son cours normal :
"Un gardien ouvre la dernière porte qui donne sur la liberté".
Xavier Langlois est un fils de la terre ; à force d'études et de travail, il est vétérinaire, a maintenant une situation en vue et habite dans la partie résidentielle de la ville. Sans le savoir ou sans culpabiliser, il ignore le monde extérieur, il estompe les problèmes de sa fille. Un homme ordinaire dans une catégorie de gens aisés, vacances en Sicile, quiétude financière, quelques dons pour se donner bonne conscience, mais le retour sur terre sera très dur.
Catherine, sa fille, avait treize ans au moment des faits. Adolescente, un peu jalouse de son frère, cherchant à attirer l'attention, elle se laisse entraîner dans une rébellion qui tournera au drame.
Les fossés, devrions-nous dire, celui qui sépare la famille de sa fille, celui qui interdit l'accès d'un quartier à un autre, et celui qui, plus le livre avance, créera un gouffre entre le père et la fille. Le fossé aussi, qui grandira entre un père blessé dans sa chair et la loi et la justice.
Peut-on en notre âme et conscience blâmer le père, se réfugier derrière le fait que cela n'arrive qu'aux autres? Un récit âpre, sans concession qui laisse pleins de questions en suspens quelque part dans la tête. Une grande leçon d'amour paternel et un grand livre, qui raconte les faits sans tomber dans le mélodrame.
Extraits :
- La haine se crie. Le mépris se tait. Le doute se murmure.
- Je t'aimais comme on aime son enfant.
- Ce qui suit est ma plaidoirie, mon acte de contrition.
- Je conçois que nous pouvions te paraître "étrangers". - Chez eux rien ne serait arrivé.
- Pourquoi te raconter cela? Retarder le récit ? Je te l'accorde. J'ai envie de renoncer.
- J'ai franchi cette tranchée coupe-feu, ce fossé antichar qui isolait la Zone du reste de la ville.
- Je n'ai pas su deviner, Catherine, que tu étais jalouse de ton frère. Jalouse est un vilain mot.
- La Zone la nuit. C'est un vaisseau en panne, qui bat pavillon de la planète des exclus, amarré près des barbelés électrifiés au quai des nantis.
- L'auditoire a éclaté de rire. Le tribunal s'amusait.
http://eireann561.canalblog.com/ - 17/01/2007

- Quel livre dérangeant ! L'essentiel de ce roman est une lettre qu'un père en prison envoie à sa fille juste avant sa sortie. Il explique les faits, tels qu'il les a vécus, ceux qui ont motivé son incarcération.
Au début, on s'identifie à cet homme qui cherche sa fille éperdument. Quel père normalement constitué ne mettrait pas tout en œuvre pour retrouver l'être à qui il tient le plus ? Puis, peu à peu, la gêne s'insinue, enfin le malaise.
L'homme, bon bourgeois de petite ville, lisse et bien pensant, ne parvient à masquer son dégoût pour la Zone et ses habitants, un dégoût épidermique qu'il ne soupçonnait pas jusque-là, un écœurement de classe, primaire, trivial.
Au fil de ces quelques heures, on sent monter en lui un sentiment de toute puissance, comme si la disparition de sa fille lui donnait de fait une légitimité d'ange exterminateur. Mais Jaouen ne fait pas l'apologie de l'autodéfense. À l'inverse, il déconstruit complètement le processus qui mène au geste fatal, en embarquant le lecteur dans une empathie avec le narrateur puis en l'assommant par une fin brutale, aboutissement logique d'un aveuglement constant.
Le propos est servi par un style maîtrisé et sans fioritures mais très travaillé. Le livre est court, rythmé, haletant. Jamais on n'a envie de le lâcher mais on en ressort bouleversé.
http://www.polarnoir.fr/livre.phppointdinlivre=liv515 - François CARIOU - 16/04/2007

- Dans l’œuvre riche d’Hervé Jaouen, on trouve des romans noirs néo-polars, des histoires de terroir et des sagas familiales, des fictions ou des chroniques inspirées par l’Irlande. Suspense psychologique, "Le fossé" est avant tout une invitation à regarder autour de soi. À mieux observer nos proches autant que, plus loin, tous ceux qui nous entourent anonymement. À ne pas rester superficiel dans notre contexte quotidien, à prendre conscience des autres.
Sans doute est-ce la seule véritable faute commise par ce père de famille ordinaire, Xavier. Vétérinaire dans une ville moyenne, marié, deux enfants. Une vie tranquille, bourgeoise peut-être, routinière assurément. Catherine, sa fille de treize ans, il se contente d’en voir une image sans aspérité, entre gamine et ado. Par facilité, parce qu’il n’existe pas de motif d’inquiétude, Xavier est aveugle à la réalité de Catherine. Il ne connaît pas sa copine Barbara, si vulgaire, "mal élevée" au réel sens de cette formule. Pas plus que qu’il n’a entendu parler de la sulfureuse Estelle ou de sa demi-sœur Sandra. Des filles pas beaucoup plus âgées que Catherine, issues d’un monde que Xavier a du mal à imaginer.
Car Xavier n’a jamais porté le regard sur cette partie de la ville au-delà du fossé, grande artère servant de frontière avec les quartiers HLM. C’est pourtant dans ces quartiers-là, cette tour et ces immeubles ghettos, que vivent les "amies&qyit; du week-end de sa fille Catherine. Un espace clos laissé à sa saleté, où des gangs comme celui de Laser jouent aux caïds menaçants. Un univers hostile, malgré des gens moins malsains, tel Louis Boncoeur, hélas dépassés par l’ambiance glauque. Le club L’Éléphant Rose, dans les faubourgs, Xavier ne l’avait jamais remarqué non plus. Ce n’est pas que le patron soit forcément malhonnête. Mais face à une clientèle dangereuse, il est plus prudent de ne rien savoir.
Toute cette faune, Catherine l’a probablement trouvée excitante dans un premier temps. Elle a suivi Estelle, a côtoyé cette voyoucratie, à ses risques et périls. Quand Catherine a disparu ce dimanche-là, Xavier a tardivement ouvert les yeux. Sur sa fille, sur sa vie, sur sa ville, sur la réalité. Il s’est improvisé enquêteur, passant pour un flic, afin de la sauver. Il a eu besoin d’un revolver, pour avancer vers la vérité, ainsi que vers le drame. Douze ans plus tard, il revient avec lucidité sur cet épisode qui a détruit tant de chose pour lui, autour de lui…
C’est sans manichéisme, ni stigmatisation qu’Hervé Jaouen dessine le gouffre qui sépare Xavier de la malpropreté de cette Zone HLM. "Le fossé", c’est aussi celui qui s’est creusé lentement entre le héros et sa fille. S’il y a là un échec, ses conséquences s’annoncent d’une sérieuse gravité. Portraits humains nuancés et scènes d’action se complètent harmonieusement, comme toujours chez cet auteur dont on connaît bien la finesse. Un excellent livre d’Hervé Jaouen.
Claude LE NOCHER – Action Suspense – 08/06/2012

- Longue lettre d’un père à sa fille dans laquelle il explique son geste, celui qui l’a amené en prison. Douze ans auparavant, Catherine, la fille de Xavier disparaît une nuit. Xavier part à sa recherche et découvre dans sa ville des quartiers qu’il n’avait jamais vus. Lui, le notable, vétérinaire, belle situation, marié, vit dans les beaux-quartiers. Catherine, 13 ans a des amis des quartiers de la zone et y disparaît. Xavier va tout faire pour la sortir de là jusqu’à commettre l’irréparable.
Hervé Jaouen dans un style direct et franc hisse son livre dans le haut du panier. Écriture rapide et texte court (157 pages aérées) il se lit d’une traite sans pouvoir s’arrêter. On est à la fois dans un roman noir efficace, celui de la volonté farouche d’un homme de sauver sa fille quitte à y laisser sa réputation, sa situation, tout ce qu’il a construit petit à petit et dans une lettre poignante d’un père à sa fille lui expliquant tout l’amour qu’il lui porte et combien les non-dits entre eux (souvent de sa faute à lui) ont pu leur faire du mal. Cette lettre débute ainsi :
"Ma chère Catherine,
Le directeur vient de me l’annoncer : je serai libéré dans quinze jours. Il faut croire que par le jeu des remises de peine légales nous sommes arrivés à l’échéance. Condamné à dix-huit ans de prison, je vais être libre au bout de douze ans et cinq mois.
J’ignore s’il s’agit d’un pur hasard, ou d’une espère de grâce, ou bien d’un arrangement négocié entre l’administration pénitentiaire et le garde des Sceaux en faveur du détenu modèle que j’aurai été. Toujours est-il que ma libération va coïncider avec ton vingt-cinquième anniversaire et ton mariage." (p.7)
Très habile, Hervé Jaouen fait monter le suspense et la tension et même si l’on sait que Xavier a tué pour sauver sa fille, on se sait pas qui ni dans quelles circonstances, ni ce qui est réellement arrivé à Catherine. Tout se dévoile dans les ultimes pages.
J’ai découvert (un peu tard, je le concède) cet auteur avec l’excellentissime "Ceux de Menglazeg" et je retrouve ici, tout le brio de l’écrivain pour décrire ses personnages peu ragoûtants : "Une énorme femme barrait – occupait, remplissait ? – le couloir. Ridicule coquette aux cheveux crêpés roses, aux yeux bovins sous des faux cils argentés, aux chevilles en baguettes de tambour mais assez solides, cependant, pour supporter un quintal de chair, de graisse et d’eau. Ses seins étaient si imposants que sa robe sans manches se soulevait sur le devant, jusqu’à mi-cuisse." (p.52)
Sous prétexte de roman noir, H. Jaouen oppose deux mondes : celui de la bourgeoisie florissante et celui de la zone, des petits trafics et des crimes en tous genres. Deux mondes qui cohabitent ("le cri du crapaud en rut" selon Pierre Desproges) sans jamais se mêler. Sauf là ! Pour le pire !
Si vous ne connaissez par sencore Hervé Jaouen, voici une belle occasion de le découvrir dans cette collection sobrement intitulée Le petits romans noirs. Si vous le connaissez déjà, vous savez donc que c’est très bien. En plus, 9€ le livre, c’est abordable !
Et pour vraiment conclure, une dernière citation que j’aime particulièrement qui pourrait m’aller parfaitement, comme à nombre d’entre nous sans doute (c’est tellement bien dit que je ne peux résister au plaisir du partage) : "Je brode, Catherine. Je suis un secondaire. Mes dialogues qui auraient dû être sont toujours plus beaux que ceux qui ont été." (p.91)
Le blog de Yv – 21/06/2012

- […] Un roman qu’il était juste de rééditer démontrant qu’Hervé Jaouen est un auteur profondément attachant, jetant un regard plein d’acuité sur son époque, se montrant sensible aux malheurs des petites gens, même si ceux-ci sont favorisés financièrement. Des personnages auxquels chacun de nous pourrait s’identifier, car on ne sait jamais quelles seraient nos réactions si quelqu’un s’avisait de toucher à un cheveu de nos enfants.
http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/ - 03/07/2012

- Deux petits romans d'Hervé Jaouen, sans prétention refont surface : "Le Fossé" et "Flora des embruns" écrits au début des années 90 et réédités une première fois au début des années 2000, puis une fois encore, ce printemps, dans la collection Les petits romans noirs des Presses de la Cité. Dans les deux cas, les histoires ont un peu vieilli, et dès les premières pages, on se rend compte que cela date un peu. Mais on y retrouve bien la plume de l'auteur, ses portraits sans complaisances, l'absence d'empathie pour une société de laissés pour compte, mais tout aussi bien pour la petite bourgeoisie bien confortablement installée. Hervé Jaouen va droit avec son scalpel et taille brutalement dans les faiblesses des uns et des autres. Pas de héros dans ses histoires, que des victimes, qu'ils soient agresseurs ou agressés, des personnages perdus dès le départ et qui s'avancent vers leur destin, sans illusions. Noir de noir...
À souligner également, le lettrage très facile à déchiffrer, surtout à la plage.
Ouest-France – 05/07/2012

- Les idées noires d’Hervé Jaouen
Déjà évoqué récemment dans ces colonnes avec "Ceux de Menglazeg", un drame social et familial mis en scène en Bretagne, Hervé Jaouen n’est surtout pas un auteur régionaliste même s’il met souvent sa région natale en avant. Il ne faut pas oublier qu’il a commencé sa carrière comme écrivain de polars reconnu et salué unanimement.
Les Presses de la Cité viennent de ressortir dans une édition économique deux de ses petits chefs-d’œuvre. "Flora des Embruns" est l’histoire d’une passion dans un port de pêche. Un pêcheur, meurtrier, disparu en mer quand sa femme était enceinte revient à l’adolescence de sa fille, décidé à se venger.
Dans "Le Fossé", un père écrit à sa fille juste avant de sortir de prison après avoir purgé sa peine pour avoir tué ceux qui s’en étaient pris à elle. Ce livre est époustouflant, violent, noir jusqu’au dénouement, d’une cruauté indicible.
Norbert ILLI – L’Union – 15/07/2012

- Un dimanche midi, le père d’une famille bourgeoise reçoit un coup de fil. Il apprend que sa fille Catherine qui devait aller dormir chez sa grand-mère n’est pas rentrée de la nuit. En partant à sa recherche, il découvre que l’adolescente fréquentait un autre quartier, plus pauvre, de l’autre côté d’un boulevard surnommé "le Fossé". Son inquiétude va vite se transformer en cauchemar, au point de bouleverser sa vie et l’envoyer en prison. Réaliste, angoissant, palpitant.
J. C. – Pont de Vue – 08-14/08/2012

- Les Presses de la Cité réédite dans la collection Les petits romans noirs "Le Fossé", un classique d’Hervé Jaouen considéré comme un maître du roman noir français. Catherine, treize ans, a disparu : le roman raconte la quête éperdue et suicidaire d’un père pour la retrouver à tout prix. Avant d’appeler la police, son enquête lui apprend très vite que Catherine franchissait "le fossé", le boulevard périphérique qui sépare les quartiers bourgeois de la zone. Sur les traces du petit chaperon rouge, une véritable descente aux enfers dans la jungle urbaine.
OUEST-FRANCE – 25/07/2012

- Une couverture discrète et pourtant qui accroche le regard, au moins par la couleur des lettres du titre qui reprend astucieusement la couleur des chaussures de la photo d’illustration, le fond noir donnant une idée du contenu. Si vous connaissez un peu l’auteur vous savez qu’il fait partie de la famille des grands écrivains du roman policier français. C’est un de ceux qui ont redonné au genre ses lettres de noblesse. Avec "Le Fossé", en manière de lancement sort "Flora des Embruns", mais j’ai commencé par "Le Fossé".
Il s’agit de la confession-explication d’un père à sa fille, douze ans après les faits. L’homme, Xavier Langlois, un vétérinaire bien installé, et son épouse ont deux enfants. Catherine treize ans et Adrien plus jeune. Lorsque le samedi, ils se rendent chez des amis pour continuer, comme ils disent, de refaire le monde, les Langlois confient leur fille à sa mamie chez qui en principe elle regarde la télévision et ne commet pas de bêtise. Or un dimanche, la mamie téléphone pour signaler que Catherine n’est pas rentrée comme elle a l’habitude de le faire avant minuit. Xavier part donc à sa recherche et remonte au long des derniers six mois qui ont vu sa fille se détacher de lui et fréquenter une fille de "mauvais genre" en relation avec une bande de voyous connus des services de police. Xavier, toujours un peu en avance par rapport à la police que son épouse a prévenu, découvre deux mondes, celui de la zone, séparé des quartiers bourgeois par les boulevards, et celui des voyous. Il tue ceux qui ont fait du mal à sa fille ce qui lui vaut les années de prison qu’il vient de faire…
Ce qui fait l’intérêt de ce court roman ce n’est pas la chute moins surprenante qu’il n’y paraît – vous verrez -, c’est le savant dosage entre prise de conscience, autocritique et critique de la société que réalise le père d’une jeune fille. Hervé Jaouen nous invite sous couvert d’histoire noire à reconsidérer notre appréhension du monde, n’est-ce pas le propre des romans intéressants ?
Noé GAILLARD – Murmures Magazine –30/08/2012

- Descente au bout de la nuit
Le titre est polysémique car ici le fossé renvoie à de nombreuses réalités. C’est d’abord une cassure entre les générations quand un notable de province ne voit pas comment sa fille a grandi et est entrée en révolte larvée contre cette famille trop bourgeoise. C’est aussi une fracture sociale (la première édition de ce texte date de 1995, au moment où le slogan entamait une belle carrière dans la bouche de Chirac) : entre le monde des riches ou des bourgeois, balisé, normalisé, prévisible, et celui des paumés, des laissés pour compte. Le narrateur venu des beaux quartiers part dans la jungle urbaine et rencontre des paumés des "rebelles sans cause", des petites gens qui font le gros dos dans les banlieues. Cette fracture explose dans des scènes fortes comme lorsque à un moment le narrateur débarque dans un appartement de grande cité où les diverses générations regardent un film pornographique. Mais d’autres frontières infranchissables apparaissent dans ce "t;Fossé". Les notables ont des piscines et les pauvres squattent des ruines d’anciennes usines. La police commence à être regardée de travers, et le roman décrit ce que d’autres appelleront les zones de non-droit.
Servi par un humour un peu distant (le narrateur voulait croire au lien social et a poussé sa fille dans un lycée public où elle a croisé de "mauvaises fréquentations"), "Le Fossé" se déroule en une unité de temps courte car le père doit retrouver sa fille qui a découché, et la piste qu’il suit l’entraine dans un univers de plus en plus nauséeux. Le roman présente un personnage central dont on suit les aventures périlleuses dans un long plaidoyer, dans une tentative de remettre de l’ordre, de devenir un vrai père. C’est peut-être là aussi qu’il existe un fossé entre Hervé Jaouen et une grande partie de la littérature policière. Il y a l’itinéraire d’un homme ordinaire, qui se fait policier, qui rend sa " justice", mais qui reste profondément humain, éloigné de toute récupération droitière et, en même temps, sa description évite l’angélisme des &quo;zonards". Ce parti pris de ne pas juger, mais de restituer un personnage dans sa complexité, dans une situation compliquée, et un final qui s’offre le luxe d’être empli d’espoir, alors que toutes les tentatives du narrateur furent un échec, présente bien à côté des "classiques"du genre, combien l’œuvre d’Hervé Jaouen mérite bien d’être régulièrement reprise et rééditée… pour que les nouvelles générations de lecteurs découvrent ce franc-tireur humaniste et attachant.
Laurent GREUSARD – 09/09/2012

- La narration resserrée tient la route et la chute inattendue permet d’ouvrir bien des débats.
(Lionel Germain – blacklibelle)

- Avec talent, Hervé Jaouen peint un tableau glaçant par son réalisme, mais dans lequel l’optimisme parvient malgré tout à trouver sa place.
(R. T. –Le Peuple breton)




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