La chasse au merle

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1979 - Éditions Jean Goujon - Engrenage 10
1984 - Gallimard - Carré noir 533
2002 - Les Éditions de la Chapelle - 2
2009 - Libra Diffusio

Résumé

- Edition 1979
Petite ville, grands ensembles, Français moyens, c'est la complainte de la ZUP. Mais il n'y a pas que les parents alcoolos, y a aussi les enfants du béton, fleurs carnivores poussées sur l'humus des terrains vagues. Qui reculent pas devant la mort pour s'amuser...
Y a plus d'enfants ? Que si ! Et c'est pas triste !...
- La parole est au procureur. Faut que tu accuses maintenant !
- Ouais, dit Raisin, mais est-ce que l'accusé plaide coupable ou innocent ?
- Que dit la défense ?
- Rien ! dit Jaco.
- T'es chié ! dit Dudule. Faut que tu interroges ton client.
- Ah bon ! dit Jaco. T'es coupable ou innocent ?
- M'en fous ! dit Fredo, vous êtes tous des cons !
- Injures à magistrats, dit Dudule, t'aggraves ton cas !
- Je te pisse au cul ! dit Fredo qui avait entendu la chose dans la bouche de son Vieux.

- Edition 1984
Chasse au merle de bétonnière. A la grive de haute tension. A l'étourneau pylône...
Drôles de zoiseaux de la Zone qui chantent la complainte de la ZUP quand les zenfants du béton jugent, condamnent et exécutent.
Comme des grands...

- Edition 2002
L'auteur observe impitoyablement une ville de province et ses enfants, les uns habitant dans un quartier bourgeois, les autres dans des taudis. Ils se rencontrent et se battent quand une bande est plus forte que l'autre. Et puis il y a le meurtre d'une grande personne. Découvrira-t-on les assassins ? Mais est-ce bien un crime ?
La nouvelle génération française d'auteurs de "polars" a parfois du bon. En voici un exemple.
(Pierre Lebedel, Le Figaro Littéraire)

Extrait

Lacloche avait récupéré dans sa mansarde le sac de jute contenant le fruit de leurs rapines. Puis il avait gravi, sorte de Père Noël ivre ployant sous sa hotte, la pente du Côteau, en s'accrochant d'une main à la rampe dont la nouvelle municipalité avait nantie la partie la plus à pic. Pour les vieux, par tous temps. Et pour les jeunes, les jours de verglas. Un peu comme à Montmartre, la rampe des escaliers de la Butte.
Le vendredi soir, Lacloche et Clignotant, après avoir juré d'abandonner à jamais le commerce des ovins, avaient fait un photographe et un antiquaire. Ils avaient fauché les premiers trucs qui leur étaient tombés sous la main. N'importe comment, ils n'y connaissaient rien, question photo et antiquailles. Et le brocanteur à qui ils fourgueraient le tout non plus. En outre, comme le broque en question, connu de la flicaille pour avoir un casier à rallonge, recevrait, ou avait déjà reçu, la visite des poulets, il fallait attendre quelques semaines avant de lui refiler la camelote. Le temps que les choses se tassent.

Critiques

- Le dossier est ouvert : l'enquête et les journaux ont donné leurs conclusions mais la vérité est ailleurs. Les enfants du béton ne font pas de cadeaux.
(06/1985, in catalogue nouveautés Bibliothèque BNP Barbès)

- La Chasse au merle nous présente une enquête sociale sur une famille de parents séparés avec six enfants dont un de père inconnu. Deuxième élément : la famille telle qu'elle est dépeinte par la presse à sensation avec la relation du fait divers. Enfin, les événements tels qu'ils se sont réellement déroulés. Une pauvre histoire de gamins de rues zonant, se battant avec d'autres bandes, troussant des gamines dans les caves, piquant à l'étalage et rêvant d'une vie meilleure. Et soudain, le miracle, le butin d'un casse qui leur tombe entre les mains, le rêve qui se matérialise, et puis la bêtise qui s'en mêle et les drames qui s'ensuivent.
Nettement mois provocateur (que La Mariée rouge) mais tout aussi désabusé, avec un ton inimitable, à la fois distancié et proche du sujet et des personnages. Egalement une tranche de vie avec de sacrées tronches qui témoignent du regard et des talents de conteur de l'auteur.
Jean-Pierre DELOUX - Le Polar régionaliste français (Polar n° 8 - décembre 1992)

- Dans un petite ville de province, c'est la guerre des bandes entre les pauvres de la rue de la Pompe et les petits bourgeois du quartier d'à côté. Une rivalité qui finit mal. Un double meurtre, et un suspect idéal que tout accable, et qui sera condamné.
Ce roman illustre une idée selon laquelle les personnes d'un milieu populaire sont plus souvent présumées coupables...

- L'avouerai-je ? J'hésite un peu à parler de "La chasse au merle", ce noir mais fascinant roman écrit par un Quimpérois de 34 ans. Il faut croire qu'il y a en moi un vieux fonds de puritanisme. Je dirai donc - histoire de soulager ma conscience - que ce livre n'est pas à mettre entre des mains jansénistes.
L'ouvrage porte en épigraphe cette phrase de Georges Perros : "Ecrire nous met à poil". Le fait est qu'Hervé M. Jaouen n'a pas lésiné sur le strip-tease, et je pense même qu'il y a pris un certain plaisir. Cette citation est suivie d'un avertissement où l'écrivain nous rappelle qu'il y a "une justice de classe". S'il pense qu'il s'agit là d'une idée neuve, il se trompe : La Fontaine, qui n'était pas gauchiste, disait exactement la même chose.
"La chasse au merle" est donc un roman à thèse. C'est aussi, et surtout, un excellent roman de mœurs. D'intrigue policière, il n'y en a pas. On sait, des les premières pages, qu'un certain Armand Loupeau, alias Clignotant, domicilié à B.... (Brest, pourquoi pas ?) a été inculpé pour le meurtre de son ami Laloche, éboueur et receleur, et de son fils adoptif Fredo, 13 ans, né de père inconnu. Armand et sa femme Marie-Ange vivent, avec leurs six enfants, dans une déprimante ZUP.
Mais, on l'a compris, il s'agit d'une erreur judiciaire. Ce n'est pas Loupeau-Clignotant qui a tué Laloche et Fredo. La vérité, il faut la chercher dans la rivalité qui oppose deux clans d'adolescents : celui du Coteau et celui de la Pompe (dont Fredo est le chef). Et c'est un certain Dudule, âgé de 14 ans, qui a mortellement blessé Laloche d'un coup de carabine. C'est encore lui qui, après un simulacre de procès, est indirectement responsable de la mort de Fredo par pendaison. Bien qu'innocent, Clignotant est condamné à mort, tandis que Dudule, devenu fort en thème, envisage sereinement de devenir avocat.
Les petits loubards de Jaouen parlent une langue qui ferait rougir Céline et, à l'évidence, ils n'ont pas besoin de cours de rattrapage en éducation sexuelle. "Y a plus d'enfants ? Que si ! Et c'est pas triste !..." assure la couverture. Moi, je la trouve un peu triste, au contraire, cette histoire de gavroches privés d'âmes. Et que ce soit la faute à Voltaire, à la ZUP ou à la société ne change rien à l'affaire. Hervé M. Jaouen a beaucoup de talent, mais son œuvre porte en elle je ne sais quelle blessure secrète.
Christian COETQUEN

- Je n'avais pas du tout aimé "La Mariée rouge" d'Hervé M. Jaouen, le premier roman de la collection "Engrenage". Je n'en dirai pas autant du second dans la même collection. L'auteur observe impitoyablement une ville de province et ses enfants, les uns habitant dans un quartier bourgeois, les autres dans des taudis. Ils se rencontrent et se battent quand une bande est plus forte que l'autre. Et puis il y a le meurtre d'une grande personne. Découvrira-t-on les assassins ? Mais est-ce bien un crime ? La nouvelle génération française d'auteurs de "polars" a parfois du bon. En voici un exemple.
Pierre LEBEDEL - Le Figaro littéraire - 12/10/1979

- Après dix titres parus, on commence à y voir un peu plus clair dans la collection "Engrenage". Bizarrement, le responsable de la collection, Alex Varoux, semble avoir gardé ses meilleurs titres pour la deuxième vague de la série. Depuis la sortie du José Varela, c'est la fête, rien que des bons titres et notamment cette "Chasse au merle" de Jaouen.
La seule construction de son livre en trois parties, "l'enquête sociale", "le point de vue d'une certaine presse", "la vérité" montre l'ambition non dissimulée de l'auteur : faire un roman social noir. Sans jamais tomber dans le misérabilisme, Jaouen sait décrire à merveille un milieu social et sa logique interne. Rappelez-vous les pages bien enlevées de sa noce campagnarde dans "La Mariée rouge", et ce ton qu'il emploie dans son dernier roman, abandonnant les facilités un peu racoleuses du précédent.
Description d'un milieu social, réflexion sur le sens tout relatif du mot justice, mise en lumière de ce chancre caché de nos sociétés industrielles, la misère, "La chasse au merle", sans avoir l'air d'y toucher, nous propose une vision noire et désespérante de notre douce France.
R. P. - Polar - Octobre 1979

- Suivant que vous soyez riche ou pauvre...?
Dans un avertissement avant lecture, l'auteur nous explique l'idée qui a permis la naissance de ce livre, un de ses amis, avocat, lui ayant fait lire un essai qu'il essayait de publier "Le rang social et la justice d'état". Hervé Jaouendécida alors d'écrire une histoire pour accompagner ces écrits.
La vie d'une ville de province et ses habitants, étudiée à travers ses différences de classes sociales. D'un côté les Loupeau, dignes héritiers des personnages d'Emile Zola, Marie-Ange, fille mère de dix-sept ans fait un mariage de "raison" ; l'homme, Armand, reconnaît Frédéric l'enfant, et cinq autres suivront.
En grande partie, le salaire du mari passe dans la boisson et le jeu, Marie-Ange se prostitue t-elle ? On lui connaît de nombreux amants.
Un jour de grande beuverie, Armand tue La Cloche, ami de boisson et Fredo ce bâtard qu'il n'a jamais supporté. Que s'est-il passé ce soir-là?
La ville n'est pas meilleure, ni pire qu'une autre, séparée en deux géographiquement et socialement, mais c'est un cas très fréquent.
La partie haute "Le Coteau" habitée par les notables ayant commerces, pharmacies et médecins, et évidement une jeunesse aisée, avec un vernis de respectabilité, mais pas réellement respectable.
En bas, "La Pompe" du nom de la rue qui traverse ce quartier déshérité, entasse les exclus de l'abondance, les familles pauvres vivant d'activités à la limite de la légalité. Un monde peuplé d'ivrognes et d'enfants souvent tabassés, mais débrouillards.
Les deux bandes de jeunes s'affrontent régulièrement surtout en cette période de vacances scolaires.
Quelle est la part exacte de chacun dans le drame qui secoue la ville, entre une presse racoleuse et des services municipaux pas toujours intègres, ainsi qu'un policier pressé d'en finir ?
La famille Loupeau est le prototype de la misère humaine, la mère ayant un enfant trop tôt se mariant pour un semblant de respectabilité. Le père alcoolique rédhibitoire, violent et magouilleur, tabassant son beau-fils qui en plus est d'origine algérienne.
Les bandes d'adolescents se battent pour la gloire et pour la frime, ceux du haut perdent régulièrement ; en contrepartie le désir de vengeance augmente.
Un bon roman de jeunesse (car il date de 1979) sur la vie de deux quartiers d'une même ville que tout oppose, même leurs jeunesses.
Un constat social qui à la fin du livre impose une conclusion accablante: pourquoi chercher plus loin alors que l'affaire semble évidente et que le coupable est pauvre !
Extraits :
- Elle sourit intérieurement en pensant que son passé venait de disparaître dans le trou des cabinets.
- Et c'est là quelle avait le plus de chance de trouver un homme. Un tout neuf. Qui lui ferait un gosse ou deux.
- Dudule, qui avait de la moustache et du sperme était le mauvais génie du groupe. L'inventeur de conneries.
- Les hommes, c'est comme ça, faut que ça chasse et que ça joue au foot.
- Les leçons d'éducation sexuelle à l'école quelles foutaises !... Quand on a les T.P. à la maison !...
- Il avait démarré au muscadet, le matin, cela décape mieux que le jus de pamplemousse.
- Ainsi chaque dimanche après-midi sonnait-il la fin de la vie communautaire.
- Mort au champ d'honneur! L'aura la croix! La médaille du douze degré cinq !
- Ah cette rue ! regretta Lebert, c'est comme une plaie ouverte dans notre bonne ville.
- Inutile de prévenir la hiérarchie. Une enquête toute ficelée.
- Il devait être coupable puisque tout l'accusait.
http://eireann561.canalblog.com/ - 09/07/2007

- Il s'agit d'un excellent petit polar français, bien troussé, qui raconte l'histoire de deux bandes d'adolescents rivales, un peu à la manière de "La guerre des boutons", émaillé de scènes lestes et très vivantes.
Personnellement, j'ai adoré l'expression, que j'ai d'ailleurs adoptée, de "fil dans la raie culière" pour parler du string.
Jorge - http://daysire.blogspot.com - 06/02/2008

- Quand les enfants jouent clandestinement à la chasse, et que la peur entre en jeu, un accident de chasse est vite arrivé. Quand les enfants jouent clandestinement à la guerre et que l'on perd de vue les règles de sécurité, un accident peut surprendre.
Les enfants cachent de tels accidents pour les adultes. Mais si les accidents sont mortels, on bascule dans le monde des adultes, des journalistes, des policiers et des juges, et alors, gare aux préjugés.
Autour de quelques enfants au seuil de la première tendresse amoureuse, l'auteur nous présente dans une ambiance de "La guerre des boutons", un double drame social et juridique dans une banlieue de ville de province en Bretagne.
Une écriture fluide et précise, qui va droit au fait, qui a sa part de tendresse et de cynisme, et qui fait sourire souvent. Un "tourne-pages" à lire d'un seul trait. Un plaisir de lire.
Cette "version adulte" contient quelques scènes d'un doux érotisme, qui sont bien intégrées dans le récit ; il existe une version "jeunesse" sous le titre "Singes d'hommes" (Edition Nathan, collection Lune Noire, 1999) et je ne doute pas qu'une telle version ait tout pour plaire aux jeunes.
Gallo - 22/01/2009




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