Flora des embruns

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1991 - Denoël
1995 - in Toutes les couleurs du noir - Denoël - Sueurs froides
2003 - Les Éditions de La Chapelle – 8
2012 – Presses de la Cité
2012 – A été publié en e-book

Résumé

- Edition 1991
"De loin - loin dans le temps et loin de ce lieu -, la vengeance lui avait paru un acte simple, une formalité nécessaire, une jouissance brève qui l'apaiserait à tout jamais. Mais rendu à pied d'œuvre, à proximité de ses victimes, il a soudain mesuré les difficultés de l'épreuve. Le plaisir réveillerait la douleur et sa tête s'alourdirait encore..."

- Edition 2003
Vingt ans après avoir largué les amarres en plein drame, Vinoc, ancien patron de pêche, remet sac à terre quelque part dans un port bigouden. Dans le passé, la belle Flora l'aurait trompé. Il revient pour se venger.
Roman noir de la folie. Un drame psychologique qui mêle aux échos de Simenon un souvenir de la tragédie antique.
(Pèlerin Magazine)
Passionnant de bout en bout, Hervé Jaouen est un de ces écrivains rares qu'on lit sans musarder, avec frénésie et un sentiment d'urgence, l'urgence du lecteur qui se trompe chaque fois de dénouement.
(Claude Darras, Le Provençal)
Venu de la littérature criminelle, Jaouen élargit sans cesse son registre. Livre de passion sauvage et de mer, "Flora des Embruns" ne tombera des mains de personne.
(Jean David, VSD)
Au loin, les nuages et les ennuis s'amoncellent dans ce polar salé où Hervé Jaouen ne déteste pas le parler dru et nous donne la recette de l'opium du pêcheur... Souquez, matelots, ça va tanguer !
(Dominique Durand, Le Canard enchaîné)

Extrait

Depuis le début de la semaine, l'homme allait et venait comme un ours en cage le long de la côte, sa prison sans barreaux. Prisonnier de la terre, il lui fallait s'arrêter à la frontière de la grève et rêver qu'il marchait sur les eaux - qu'il possédait un bateau. A partir de sa litière, de son antre - l'hôtel de la Criée -, son territoire était borné qu'il parcourait sans cesse ainsi qu'un animal à l'attache, son collier relié à un câble sur lequel un anneau coulissait entre deux poteaux, d'ouest en est. A l'ouest, la pointe des Naufragés et la statue de Notre-Dame des Péris-en-Mer - chaque soir il avait suivi Flora jusqu'au lieu du pèlerinage. Vers l'est, à l'autre bout du câble, se trouvait le Moulin du Pont sur la Virgule, la naissance de l'aber et le creuset du peuplement, et, au flanc de la colline qui descendait en pente douce et à partir de laquelle le fleuve, de plus en plus large, déroulait sa langue tour à tour chargée du bleu turquoise océanique et de l'ambre gris des vasières, reposaient les dalles dont se recouvraient les défunts pour s'allonger sur le ventre de leurs aïeux, face au couchant, loin de la nervosité du ressac et cependant à deux pas de l'eau, prêts à redescendre l'aber comme autant de saints Patrick sur leurs esquifs de granit.
Entre ces deux points célébrant la mémoire des morts - deux portes que l'homme n'avait pas franchies : sur les pas de Flora, il s'était bien gardé d'aller jusqu'à la statue comme si elle avait pu lui porter malheur ; quant au cimetière, il avait décidé d'attendre le dernier jour de la semaine pour y pénétrer, et ce jour-là était arrivé -, l'aber demeurait une coulée de richesses. Richesses des pauvres, d'abord : le moulin en ruine, les champs originels et leurs parcelles séparées par des murets de pierres sèches ; puis les villas de plus en plus nombreuses, de plus en plus imposantes, de plus en plus vaniteuses ; et puis enfin les entrepôts frigorifiques, les coopératives, les schipchandlers, jusqu'au chaos final en guerre contre l'océan : le port précédant la pointe, ses pâtures à moutons, ses talus et leurs ormes desséchés, guetteurs immobiles, autres défunts victimes de la civilisation.

Critiques

- Ce port de pêche breton reste marqué par une affaire remontant à près de vingt ans. Flora était serveuse au "Café des Embruns". Îlienne d'origine, la jeune femme ne manquait pas de caractère. Vinoc, son fiancé marin-pêcheur, obtint le commandement d'un chalutier neuf. Il le devait à ses seules capacités. Nonna, riche armateur de 50 ans, patron ce Vinoc, était amoureux de la belle Flora. Elle ne lui céda qu'une fois, pour une pitoyable relation sexuelle. Au lendemain de leur mariage, Flora étant enceinte de lui, Vinoc partit en pêche. Son bateau dut s'abriter de la tempête dans un port écossais. C'est là qu'un marin jaloux affirma à Vinoc qu'il était cocu, se basant sur une rumeur malsaine. Désespéré, Vinoc tua son équipage, provoqua le naufrage du chalutier, et disparut. Le drame entraîna le déclin de Nonna. Flora affronta les médisances. Elle racheta le "Café des Embruns", éleva sa fille Viviane et adopta un autre enfant. Nonna resta proche d'elle. Par un signe du destin, Flora retrouva la carte d'identité de son mari. Depuis, elle va prier chaque jour Notre-Dame des péris en mer.
Un marin danois à l'allure fatigué s'installe à l'hôtel, face au "Café des Embruns". Il observe Flora...
Claude LE NOCHER

- Ah, Flora... La belle Flora a dû en faire chavirer des cœurs.
Flora est serveuse dans un bistrot sur un petit port de pêche. Mais la rumeur court : quelques jours avant son mariage elle aurait trompé son marin de mari. Et 20 ans après, Vinoc revient pour se venger.

- Dans sa vie antérieure de "banquier", Hervé Jaouen a travaillé pendant treize ans à Pont l'Abbé et beaucoup fréquenté le monde de la pêche, d'où le décor de ce livre : un mélange de Pays Bigouden et de Cap Sizun. Un type bizarre débarque à la gare de Quimper, visiblement déconnecté de la réalité. Il se met à rôder dans un port bigouden, habité par une idée de vengeance. Se venger de quoi et de qui ? Ce type s'appelle Vinoc, c'est un ancien patron de pêche. Quelque vingt ans auparavant, il s'est fait traiter de cocu dans un bistrot et, alors que son bateau fait route pêche vers la mer d'Irlande, ça recommence à bord : sa belle Flora le tromperait avec un armateur, celui-là même qui lui a donné le commandement de son chalutier. Flora est enceinte, mais ce serait de l'armateur... Vinoc devient fou, sort son couteau, tue, coule son bateau, change d'identité et disparaît en Ecosse, où il se fond dans la population cosmopolite des plates-formes pétrolières. Et quelque vingt ans après, ayant vraiment perdu la boule, il revient pour tuer Flora. Sa belle Flora qui tient le café des Embruns, avec sa fille, qui lui ressemble. Fille de Vinoc, aussi. Car le cocufiage n'était qu'une rumeur, Flora n'a jamais trompé, ou à peine, son mari. Dans l'esprit embrumé de Vinoc tout se mélange : c'est sa propre fille qu'il essaiera de violer et de tuer. Arrêté, il finira ses jours à l'asile.

- Encore un port enrichi par la langouste ! "L'argent ! L'argent ! L'argent ! On avait l'impression que ce pays en était imprégné, qu'il était devenu la grande-porte d'un eldorado", en perdant son âme en même temps que ses petites maisons de pêcheurs.
Chaque jour Flora, patronne du café des Embruns, va prier Notre-Dame des péris-en-mer, dont les pommettes sont saillantes et les yeux légèrement bridés. Son souhait : "Qu'il ne revienne jamais !" celui qu'on croit perdu, comme son esprit, avec son chalutier le "Flora des Embruns". Celle qui revient d'abord, c'est sa fille à elle, "grande, mince, putassière dans sa robe chaussette" et rendue folle par la ville. Au loin, les nuages et les ennuis s'amoncellent dans ce polar salé où Hervé Jaouen ne dédaigne par le parler-dru et nous donne la recette de l'opium du pêcheur, "mélange de Fidélic, eau-de-vie locale, et de Saint-Raphaël"... Souquez, matelots, ça va tanguer !
Dominique Durand - Le Canard enchaîné - 07/08/1991

- Un superbe roman, une intrigue menée de main de maître.
L'histoire se déroule dans un port de pêche, en Bretagne, univers de marins, de femmes laissées au port, de mauvaises langues qui vont entraîner un drame. Il y a dix-huit ou vingt ans de cela, mais ce drame est toujours présent dans le cœur des témoins survivants.
Flora : "Fallait pas la contrarier, Flora, LA Flora comme ils disaient entre eux, et il y avait dans l'article défini comme un mélange de crainte, de respect et d'amour". Nonna, le richissime armateur, le notable que tout le monde craint et respecte, a une réputation de coureur de jupons et est amoureux de Flora, comme Vinoc un jeune marin...
Il naîtra une fille, Viviane qui a aujourd'hui dix-huit ans. Elle va rencontrer dans le bar des Embruns, un marin étranger : Hans Rosen, qui a bien connu sa mère Flora. Entre Hans et Viviane se produira une relation étrange, elle essaie de le séduire, mais il y a un mur qui les sépare, il recherche autre chose, la questionne au sujet de Flora. Hans Rosen hante le village, où il découvre sa propre tombe... disparu en mer, un cercueil vide a été enterré, selon la tradition.
La trame de ce roman est superbement construite, cela ferait un excellent film, décor de port de pêche, avec le café, les personnages poignants, la rumeur et l'histoire d'amour mêlée de jalousie et de vengeance. Ce roman est un véritable joyau, un amer dans l'océan littéraire, magnifique et bouleversant.
Veronik BLOT - L'Echo de la Presqu'Ile - 05/07/1991

- Mauvais temps et mauvais sentiments
"Flora des embruns" est avant tout un roman d'atmosphère. On y respire le varech, la fumée et la chaleur poisseuse des bistrots du port, les fragrances des poissons à la débarque de 17 heures. Ici, c'est la bigoudénie maritime, le menton en galoche du Finistère. Une terre où les hommes connaissent le poids des mots, et le prix qu'il faut payer quand on les utilise à mauvais escient.
Oui. Malheur à celui qui provoque le scandale car l'orgueil des marins est à la mesure du pays. Ici, on ne pardonne guère et les sentiments ont la violence des vents d'ouest et la force des houles du large. Dans ce monde de la pêche, on s'observe, on se copie, on se jalouse. On se déteste aussi fort qu'on s'aime.
Un mélo supportable
Flora est une îlienne qui, de servante du Café des Embruns à épouse d'un capitaine de pêche, Vinoc, n'a pas eu l'existence heureuse. On ne pardonne pas à la beauté surtout quand elle est soutenue par la volonté et l'intelligence. Des quolibets, Flora en a supporté. Plus que son compte. Il se dit même dans le pays que Vinoc n'a dû son capitanat du "Flora des embruns" qu'à la gentillesse de son épouse pour Nonna, le riche armateur. Le cocktail est prêt. Il peut exploser !
C'est au nord-ouest de l'Écosse, au fond du fjord Ullapool que Vinoc apprend qu'il est cocu. La tempête est terrible. Qu'importe, le "Flora des embruns" reprend la mer. Une folie... C'est le drame... Les années passent. Flora a mis au monde une fille prénommée Viviane. Une belle garce insouciante qui fréquente les boîtes de nuit de la côte. Un marin danois fait sa connaissance. Le roman bascule alors dans le mélo. Hervé Jaouen, dont on n'oublie pas le merveilleux "Connemara Queen", sait peindre à merveille les atmosphères. Dans "Flora des embruns", il est sur ses terres. La bigoudénie est sienne. Les hommes sont ses cousins. Il les connaît tous et aucun n'échappe à son œil critique. Reste le mélodrame. Supportable par la grâce du talent de l'auteur. Le roman ferait un excellent téléfilm.
Daniel YONNET - Ouest-France - 11/06/1991

- Jaouen excelle à rendre les images et les odeurs de sa Bretagne, la peine des hommes et des femmes arc-boutés par le vent contre les maisons de granit. Il s'était fait connaître dès 80 par une "mariée rouge" mémorable, il récidive avec une mariée très noire.
Celle-ci attend près de son calvaire que son pêcheur de mari ne revienne surtout pas du naufrage de son navire survenu une quinzaine d'années plus tôt. Car il y avait eu mort d'hommes sans qu'on puisse accuser la mer. Et la liste va bientôt s'allonger.
Ce n'est pas complètement un polar, à tel point que Denoël a préféré qualifier cette "Flora" de roman. Tout simplement. A son tour, Hervé Jaouen abandonne le ghetto de la polardie pour se faire reconnaître comme un auteur à part entière. Il est vrai que cette mariée-là est superbe.
Patrice GAGNANT - Le Journal de Saône-et-Loire - 30/06/1991

- Celles qui restent - Le "Flora des Embruns" était un beau chalutier
Après ses balades et son journal irlandais, Hervé Jaouen retrouve les côtes du Finistère et un pays dont il connaît chaque mètre carré. Si son Café des Embruns n'existe que dans son imagination, il doit pousser quelques établissements homonymes sur les ports de France. D'autre part, cette petite ville située près de l'île de Sein et de Pennmarc'h ressemble évidemment comme une sœur à d'autres cités bretonnes : une grand-rue, un port, une flottille de côtiers. Là où les âmes boréales se complaisent dans la fraîcheur du Nord. Décor planté pour un drame marin.
"Fallait pas la contrarier, Flora, LA Flora comme ils disaient entre eux, et il y avait dans l'article défini comme un mélange de crainte, de respect et d'amour." Une femme qui ne tourne pas rond, comme disent les commères. Il y avait de quoi. Une semaine après son mariage, elle perdait son mari. Et si on avait retrouvé le "Flora des Embruns" et les cadavres de trois marins, l'océan n'avait pas rendu le corps du capitaine Vinoc Le Hemon. Depuis ce jour, la tenancière du café récitait chaque matin une prière devant Notre-Dame des Péris-en-Mer. Une assiduité jugée morbide par certains, qui suscitait par mal de spéculations. Flora ne s'était jamais remariée, avait élevé seule sa fille. Mais les fantômes du passé finissent toujours par se matérialiser... Un roman magnifique qui fait chavirer les cœurs.
B.C. - 24 Heures de Lausanne - 20/07/1991

- Dans ce petit port tranquille de Bretagne, le café des Embruns vit au rythme des marées, du départ et du retour des pêcheurs, de la rotation du phare. Le café des Embruns, c'est le refuge des marins. A sa barre Flora, veuve de pêcheur et mère de Viviane, une jeunette de 18 ans, délurée, à la langue agile, lycéenne à l'étroit dans ce petit village. Tous les jours Flora effectue son pèlerinage, dire une prière à la chapelle de Notre-Dame des Péris-en-mer, à la mémoire de Vinoc son mari, disparu en mer dix-sept, dix-huit ans auparavant. Un mariage qui aura duré une semaine. Flora vit, survit, ressassant ses souvenirs. Des souvenirs en forme de honte qui lui laissent dans la bouche comme un goût amer, dans la tête des images d'humiliation, de duperie, de trahison. L'ambition qu'elle nourrissait et dont elle voulait faire profiter son fiancé s'est retournée contre elle. Nonna, l'armateur, le mareyeur, l'homme riche du canton avait promis le commandement d'un bateau pour Vinoc si Flora couchait avec lui. Un calcul éhonté de la part de Flora qui ,pensait-elle, ne tirerait pas à conséquence. C'était sans compter sur le destin, représente sous la forme d'un bossu, ivrogne, jaloux, malfaisant, pervers et cancanier. Le rêve a éclaté comme une bulle de savon, fragile et irisée dans le soleil, ballottée au gré du vent. Dans le village, un étranger arrive. Il dit être de nationalité danoise, s'exprime avec difficulté, animé de mauvaises intentions, et dont l'idée fixe s'exprime en un seul mot : vengeance. Insidieusement, Hervé Jaouen nous entraîne sur la piste de cet homme et de son obsession, dans les souvenirs de Flora et de sa hantise, dans le dévergondage de Viviane et de son appétence de liberté et de distractions, dans les regrets et les désirs de Nonna, le vieux beau à l'origine de ce drame. Il pose ses repères, ses jalons comme la mer abandonne sur la plage les algues et les détritus. L'on se dit que la vague va tout nettoyer, qu'avec le ressac le sable sera propre, débarrassé des impuretés. Mais comme la mer qui inexorablement rejette ses cadavres, Hervé Jaouen ne peut épiloguer sur une note optimiste. Il faut que la punition s'accomplisse, non pas en tant qu'exemple, mais en forme de mortification.
Paul MAUGENDRE- Radio-Manche - Émission "Le Polar fait la Manche" - Juin 1991

- Roman noir de la folie. Le patron de pêche, Vinoc, se fait traiter de "cocu" ; dans un bistrot. Vrai ? La douleur du soupçon le rend fou et meurtrier. Disparu pendant vingt ans, il revient au pays... Un drame psychologique qui mêle aux échos de Simenon un souvenir de la tragédie antique.
Le Pèlerin - 12/07/1991

- La mer, l'amour, la mort
Il s'appelle Vinoc. Marin d'un port du littoral breton. Brillant patron-pêcheur qui va épouser la belle Flora avant de partir pour sa première marée à bord du Flora des Embruns. On est dans les années 70. La vie est belle et l'amour ouvre ses bras au jeune couple. Un qui ouvre également les bras, c'est Nonna, le riche armateur, qui louche sur les charmes de la jeune femme. Un soir, comme ça, juste avant le mariage, elle va finir par céder. Sans trop savoir pourquoi. Peut-être simplement pour voir. Sans se douter qu'elle commet l'irréparable. La faute qui va tout faire basculer.
Là-bas, dans un bar perdu du nord-ouest de l'Écosse, Vinoc le pur a appris son infortune. Et d'un seul coup s'impose l'irrépressible besoin de rentrer. Malgré la tempête qui cloue a quai les marins les plus audacieux. Rentrer pour se venger. Pour laver l'infamie. Rentrer pour tuer.
Pas loin de vingt ans après, au terme d'une longue errance, Vinoc va effectivement retrouver le chemin de son port, de sa criée, de sa maison, de son passé. La douleur au ventre et le cœur en feu. Et au fond de la poche, un couteau.
"De loin, - loin dans le temps et loin de ce lieu - la vengeance lui avait paru un acte simple, une formalité nécessaire, une jouissance brève qui l'apaiserait à tout jamais".
Les couteaux de la haine
Au Café des Embruns, Vinoc rencontrera Viviane, adolescente turbulente qui, bribe par bribe, et en toute innocence, reconstitue l'itinéraire brisé du marin hébété. Drôle d'histoire que celle de ce mort-vivant, "corps sec, visage émacié, des yeux brillants et délavés où trempaient, chauffés à blanc, les couteaux de la haine".
Vinoc se laissera-t-il attendrir par Viviane ? Saura-t-il faire taire les feux de la rage ?
"S'occuper de la fille. Du fruit du péché ? D'où lui venaient ces mots ? Il n'était sûr de rien. Il obéissait".
Et saurait-il deviner que l'adolescente n'était autre que la fille de Flora ? Sa propre fille à lui ? Le fruit de leur si brève union ?
Passions déchirées
Longtemps, Vinoc va errer autour du port. "Rendu à pied d'œuvre, à proximité de ses victimes, il a soudain mesuré les difficultés de l'épreuve. Le plaisir réveillerait la douleur et sa tête s'alourdirait encore..."
Dans la poche, la main a caressé la lame tiède du couteau...
La suite ? Tragique, bien sûr. La fin d'une histoire tout au long de laquelle Hervé Jaouen mêle avec aisance, sensibilité et talent, les tourments éternels de la mer, de l'amour et de la mort.
Une histoire somme toute banale, mais dont chaque page exhale le précieux parfum de la mélancolie, le délicieux poison des passions déchirées. Une histoire forte et souvent pathétique qui vous colle à la peau. Un bouquin qui s'avale d'un trait. Comme les demi-panachés que les pêcheurs, chaque jour à midi, descendent joyeusement au Café des Embruns.
Jean-Marie BRAUD - Ouest-France

- L'essence de la tragédie selon Hervé Jaouen
A mi-chemin entre le "roman blanc" et le "roman noir", le dernier-né d'Hervé Jaouen (18ème roman d'une belle famille) a ceci du bon polar qu'il n'offre aucune chance de rédemption à quiconque.
Bonjour tristesse : le destin colle à la peau et, mené par les invisibles fils du grand marionnettiste, chaque personnage croit fuir le piège de la fatalité quand il s'y précipite tout droit...
Fâcheuse compagne, que celle-là ! Sans coup férir elle vous fabrique en quelques pages les ingrédients d'une tragédie annoncée.
L'école américaine
Mais, des paysages marins du Finistère aux brumes d'Écosse, cette tragédie patiente un peu : son heure viendra.
La plume de l'écrivain, entre temps, s'offre quelques heureuses variations poétiques et, au gré des rencontres et des chapitres, y font écho des dialogues un rien "crus", parfois même "osés".
"Que voulez-vous, argumente Hervé Jaouen, c'est la loi des contrastes. Mon écriture n'est pas ampoulée, elle emprunte à l'école américaine du roman noir son refus de la psychologie à tout va. Ce sont les comportements qui m'intéressent : ils révèlent l'intimité des personnages".
Du particulier au général
Une évidence : "Flora des embruns" désorientera, une fois encore, plus d'un lecteur fidèle.
Niché dans sa campagne d'Ergué-Gabéric, à portée de voix de la chapelle de Kerdévot, l'auteur s'est appliqué "à ne pas écrire deux fois le même livre".
"Il s'agit d'un roman symboliste, je prends ici et là quelques éléments pour mieux les pervertir... On pourra y reconnaître Le Guilvinec ou la Pointe de Penmarc'h, mais cette géographie n'a rien de rationnel. En fait, et c'est une constante, l'essentiel est d'aller du particulier au général. Viser à l'universel...".
Encre noire...
Ici, dans cette histoire qui oscille du drame familial à la quête d'identité, le désir de vengeance de Vinoc, le héros, aurait pu donner naissance à un incroyable mélodrame.
Mais l'auteur puise sa liberté et sa force dans l'encre noire, pas dans la rose...
Autant dire que les futurs morts n'ont pas les langueurs de la "Dame aux Camélias" et que, sur fond d'inceste, l'épilogue n'a rien d'un "happy end" !
Le plus drôle dans ce livre dont nous ne dévoilerons pas plus avant l'intrigue, c'est que l'événement le plus incroyable est précisément le plus vrai.
En vidant un poisson, méfiez-vous, vous aussi pourriez bien y puiser le ressort d'un futur polar...
Renaud CLECH - Le Télégramme - 30/05/1991

- Après son remarquable "Hôpital souterrain", Hervé Jaouen nous revient avec un roman paraissant toujours chez Denoël, mais hors collection. Le titre fait penser au Giono de la première période, celle des romans du terroir, mais il s'agirait ici d'un Giono breton mettant en scène, avec talent, les choses de la mer. L'histoire est simple. Ce n'est qu'un petit mélodrame sans originalité comme il s'en écrivait beaucoup au XIXe siècle et dans la moitié du XXe. Apprenant que sa femme l'a trompé, un marin devient fou. Il sacrifie son bateau et ses hommes. Seul à en réchapper, passant pour mort, il revient se venger une vingtaine d'années plus tard... Avec un sujet aussi outré, il fallait qu'un équilibre soit rétabli par le conteur. Jaouen y excelle avec son sens du mot précis, son art de la dramatisation toujours à la limite du crédible et un talent certain à mettre en scène des humbles aux réactions parfois imprévisibles. Beaucoup d'autres seraient allés à la catastrophe en sacrifiant à ce mélo. Jaouen se sort brillamment de ce numéro de funambule grâce à un style plein de retenue (je ne lui reprocherai que quelques phrases commençant par le prétentieux "L'on..." alors que ce "l'" d'appoint ne sert qu'à éviter un hiatus lorsque "on" est précédé d'une voyelle. Comme, par exemple, dans "si on", qui devient "si l'on"...).
L'opinion de Maurice Bernard Endrèbe
Après (et s'il me plaît à moi de commencer aussi par cette préposition ?) le Grand Prix de Littérature policière qu'il avait remporte triomphalement, d'aucuns devaient attendre Jaouen au tournant - "la confraternité, cette haine vigilante", comme l'a dit je ne sais plus qui - mais c'est lui qui les a possédés, pour le plus grand bonheur des autres, car "Flora des embruns" n'est pas un roman policier. Dieu sait s'il s'en est écrit des histoires de marins et de Bretons, mais celle-ci restera parmi les plus bouleversantes. Tous les ingrédients habituels s'y trouvent, même le nabot maléfique des contes noirs, mais l'écriture de Jaouen leur redonne tout l'impact de la première fois, tant sa langue est riche, savoureuse, évocatrice, belle... Je suis convaincu que le voilà bien parti maintenant pour décrocher, demain ou plus tard, un prix littéraire auquel ne s'attachera aucune autre étiquette que celle distinguant le talent.
Hitchcock Magazine

- Dans une Bretagne mythique où les falaises surplombent un grand port de pêche, un homme, presque somnambule revient pour se venger d'un passé nébuleux. Il hante les lieux, jusqu'à découvrir sa propre tombe : disparu en mer, c'est, selon la tradition, son cercueil vide qui a été enterré. En effet, dix-huit ans plus tôt, sa femme l'ayant trompé, il avait voulu se suicider en sortant d'un fjord en plein ouragan et a abattu les trois matelots qui s'opposaient à lui. Puis il a disparu. Jusqu'au jour où...
Le Méridional - 11/08/1991

- Après une escapade aux îles anglo-normandes qui nous valut "Hôpital souterrain", puis en Irlande marquée par "Connemara Queen", Hervé Jaouen est de retour dans sa Bretagne natale et nous offre avec "Flora des embruns" un ouvrage noir à souhait, inspiré de ce vieux chant nostalgique que tout le monde a chanté, chante et chantera : "Quand le marin revient de guerre !"
Vingt ans après avoir disparu dans le naufrage de son chalutier tout neuf qui portait le nom de "Flora des embruns", le nom de sa femme épousée la veille, Vinoc revient pour se venger de celle qu'il croit infidèle.
Même si c'est un plat qui se mange froid, la vengeance, caressée avec volupté pendant vingt ans, n'a plus soudain le même attrait lorsque l'objet de tant de haine est là, à portée de la main...
Dans cette Bretagne battue par les vents, Hervé Jaouen écrit un magnifique mélo qui se hisse à la hauteur d'une tragédie avec des personnages taillés dans le granit.
Incontestablement, "Flora des embruns" est balayé par le souffle puissant d'un auteur qui renouvelle avec bonheur ses inspirations et doit être considéré comme un maître du polar moderne.
Pour notre part, il y a bien longtemps que nous tenons Jaouen pour un grand de l'écriture. "Flora" ne nous a pas déçu.
Michel RENAUD - Le Dauphiné Libéré - 24/09/1991

- Il faut le culot sans pareil d'Hervé Jaouen pour placer ce fait divers d'anthologie : la veuve d'un capitaine de pêche breton disparu au nord de l'Écosse, devenue employée d'un mareyeur, découvre dans le ventre d'une lotte, la carte d'identité et une photo de son mari. Venu de la littérature criminelle, Jaouen élargit sans cesse son registre. Livre de passion sauvage et de mer, "Flora des embruns" ne tombera des mains de personne.
VSD

- Port d'attache
Roman de 1991 réédité par les éditions de la Chapelle en 2003. Je ne me rappelle pas avoir lu ce livre auparavant. Une plongée dans le monde des marins pêcheurs, quelque part en pays bigouden.
Un homme revient au port. Il l'avait quitté, il y a environ une vingtaine d'années. Le but de son retour, la vengeance. Vinoc pensait être un homme comblé, une belle femme, peut-être trop belle ? Il commandait un des plus beaux bateaux du port et avait la confiance de son employeur, Nonna. Ce bonheur a eu une fin, un jour de grande tempête dans un port écossais. Un autre marin pêcheur, lui apprend ce que tout le monde savait, son épouse est la maîtresse de son employeur ! Il est marié depuis huit jours. Fou de rage, il oblige son équipage à sortir du port malgré la tempête. On retrouvera l'épave du bateau avec trois cadavres à bord. Les marins ont été tués à coups de fusil. Vinoc a disparu, de marin mort en mer il est devenu assassin, laissant quatre familles dans le désarroi.
Vinoc est de cette race d'hommes aux manières un peu frustes, fidèle à certains principes, dans sa raison perturbée, il ne lui reste qu'un but, la vengeance !
Flora est un personnage énigmatique, elle a toujours refusé de se remarier. Fille des îles, elle a cherché à quitter le monde des marins, mais cela est-il possible ? Elle travaille comme serveuse dans un bar du port. Pourquoi a-t-elle accepté un soir de partir avec Nonna ?
Viviane et Petit Clet sont ses enfants, Clet étant adopté. Viviane, par défi, provoque sa mère et couche de droite et de gauche, elle est la fille de l'assassin, mais est-elle réellement la fille de Vinoc ?
Nonna, homme parvenu, riche pour qui tout se vend ou s'achète, est-il vraiment amoureux de Flora, comme il le pressent ? Ou alors est-ce un simple échange de bons procédés, ton corps contre la nomination de ton mari au titre de commandant de mon dernier navire ? Mais cet épisode de sa vie, il le paiera au prix fort. Perdant Flora qui refusera son aide, et sa fortune dans un procès contre les assurances.
Les romans d'Hervé Jaouen sont toujours bien écrits, celui-ci ne déroge pas à la règle.
Un langage simple mais précis au service d'une histoire très forte, un grand bol de vent marin. Un fin tragique pour ce bon roman qui se lit très bien.
Extraits :
- La vengeance lui avait paru un acte simple, une formalité nécessaire, une jouissance brève qui l'apaiserait à tout jamais.
- Le plaisir réveilla la douleur et sa tête s'alourdissait encore.
- Son immoralité de requin des affaires ?
- Nous autres marins on ne parle pas quand c'est pour ne rien dire.
- Quelle femme pourrait guérir d'un tel dégoût d'elle-même ?
- Un barbarisme de l'île, une abréviation de "sous les ordres".
- Elle n'avait pas trompé Vinoc. Rien n'était arrivé.
- Pas envie de crever pour une histoire de cul.
- Ouais, les fiers faut qu'ils baissent la tête une fois le temps.
- La fatalité n'excuse pas la mort ici.
- On embauchait à tour de bras. On exigeait pas de pedigree, seulement du courage au boulot.
- Tu me diras, moi j'ai toujours trouvé que les marins ils ont tous un air de famille.
- Non. Je n'ai pas... je n'ai plus d'ennemis.
http://eireann561.canalblog.com/ - 30/08/2008

- Hervé Jaouen est un écrivain reconnu. Il a été récompensé par de nombreux prix littéraires, qui témoignent de la qualité de son œuvre. Les amateurs de suspense se souviennent en particulier de son Grand prix de Littérature policière 1990, pour le magistral "Hôpital souterrain". Il est probable que "Flora des Embruns" ne soit pas son roman le plus connu. Pourtant, c’est assurément un des plus marquants. Grâce à son ambiance, bien sûr, dans la lignée des grands auteurs ayant décrit le monde côtier et maritime.
Le décor, qu’on imagine entre Pays Bigouden et Pointe du Raz, n’est pas celui des vacanciers. C’est le contexte quotidien des natifs, de ceux qui y vivent vraiment. Hommes et femmes, les héros sont rudes, secrets et volontaires, capables d’affrontement. Une force qui peut les conduire à une forme de folie, car les sentiments enfouis jouent également leur rôle. Des personnages fatalement complexes, on le comprend vite en les côtoyant, et c’est ce qui suscite une réelle empathie à leur égard.
L’autre atout majeur, c’est la construction du récit. Remarquable, le mot n’est pas exagéré. Passé et présent qui s’entremêlent, ce n’est pas ici qu’une technique narrative. L’auteur en joue avec une rare maestria. Peut-être parce qu’il ne cherche jamais à égarer le lecteur, mais à rassembler les faits d’hier et d’aujourd’hui. "Flora des Embruns" est absolument un roman à redécouvrir.
Claude LE MOCHER – Action Suspense – 31/05/2012

- Un roman à la construction remarquable entremêlant passé et présent dans un décor breton fascinant.
Librairie Dialogues – 15/06/2012

- Abandonnant son île bretonne natale pour échapper à son destin tout tracé de femme de marin, Flora était devenue serveuse dans un bar du continent, suscitant la convoitise des hommes. Pourtant promise à un gentil patron pêcheur, elle avait cédé, par bravade, aux avances d’un industriel local, scellant le destin tragique de son futur époux qui périt en mer. Vingt ans plus tard, les esprits semblent apaisés mais l’arrivée sur la côte d’un marin danois relance l’histoire.
  Le Quimpérois Hervé Jaouen est un captivant conteur, passionné par sa Bretagne natale, ses côtes sauvages, ses paysages envoûtants et ses habitants au caractère bien trempé.
Jean-Paul GUÉRY – L’Anjou agricole – 19/06/2012

- Un jour, un homme étranger, danois, Hans Rosen, débarque dans un village breton. Il s’installe à l’hôtel, face au café des Embruns. Il l’observe par la fenêtre. Ce café est tenu par Flora. Dix-huit ans auparavant, très belle jeune femme, elle y était serveuse. Fiancée à Vinoc, puis mariée, puis veuve presque aussitôt les noces, la rumeur lui a prêté une aventure extra conjugale. Malgré les années, Flora n’a rien oublié de son mari disparu en mer et chaque jour, elle prie Notre-Dame des Péris-en-mer.
Deuxième roman d’Hervé Jaouen paru dans la collection "Les petits romans noirs" que je lis et deuxième très très belle appréciation. Très différent de "Le fossé", il prouve le talent de l’auteur pour se diversifier et nous raconter des histoires. Là, le livre est plus local, se déroule dans le milieu des marins bretons : des hommes durs au mal, taiseux, courageux qui vivent essentiellement pour leur travail et des femmes vouées à l’attente, à élever les enfants et à faire vivre la famille pendant les longues absences. Flora, au départ, belle jeune fille enjouée devient par les aléas de la vie, une femme renfermée qui se consacre à son café. L’ambiance est lourde, les traditions sont omniprésentes, le pays dur et la rumeur tenace. C’est un village dans lequel tout le monde se connaît et les histoires se transmettent de pères en fils et de mères en filles, même celles qui ne sont pas avérées.
Comparaison n’est pas raison, certes, mais ce livre est à rapprocher de ce qui se fait de bien dans le genre roman noir avec ambiance poisseuse, paysage et climat très présents qui ajoutent une pesanteur à l’atmosphère déjà lourde. La Bretagne se prête bien à cette ambiance et Hervé Jaouen réussit à faire dans son livre ce que font très bien les auteurs états-uniens avec la Louisiane : même ambiance, même rôle des lieux.
Je disais un peu plus haut que H. Jaouen savait se diversifier, car autant dans "Le Fossé" on est dans l’action pure autant là, l’auteur prend le temps de nous décrire les lieux, les personnages et bien sûr les situations, les événements qui les ont menés jusqu’à ce village dans ces conditions. Un tout autre exercice de style, largement réussi.
Je n’en dirai pas plus ; pour une fois, je fais court pour faire plaisir à une partie de mon large auditoire – non, je blague – qui me reproche parfois de me laisser aller à des longueurs. Mais je reviendrai avec des articles plus longs, pour satisfaire à l’autre partie de ce large auditoire – je blague toujours, c’est la répétition qui est censée être drôle… et le mot "large" aussi, je me dois d’être totalement honnête – qui me réclame à cors et à cris des billets encore plus longs. Fichtre, que c’est dur de faire plaisir à tous !
Le blog d’Yv – 25/06/2012

- Deux petits romans d'Hervé Jaouen, sans prétention refont surface : "Le  Fossé" et "Flora des embruns" écrits au début des années 90 et réédités une première fois au début des années 2000, puis une fois encore, ce printemps, dans la collection Les petits romans noirs des Presses de la Cité. Dans les deux cas, les histoires ont un peu vieilli, et dès les premières pages, on se rend compte que cela date un peu. Mais on y retrouve bien la plume de l'auteur, ses portraits sans complaisances, l'absence d'empathie pour une société de laissés pour compte, mais tout aussi bien pour la petite bourgeoisie bien confortablement installée. Hervé Jaouen va droit avec son scalpel et taille brutalement dans les faiblesses des uns et des autres. Pas de héros dans ses histoires, que des victimes, qu'ils soient agresseurs ou agressés, des personnages perdus dès le départ et qui s'avancent vers leur destin, sans illusions. Noir de noir...
À souligner également, le lettrage très facile à déchiffrer, surtout à la plage.
Ouest-France – 05/07/2012

- Un roman celtique avec, pour cadre, un bord de mer du Finistère et une Flora qui n’aura connu que la vie en noir.
Jaouen, un nom qui sonne bien la Bretagne. L’auteur n’a, cependant, rien avoir avec le célèbre père jésuite surnommé le Pape des paumés avec son voilier le Bel Espoir. Pourtant, si les héros du roman de Hervé Jaouen ne sont pas des délinquants, la rudesse de la vie les rend tous un peu à la marge. Hervé Jaouen situe son récit à une époque où n’existaient ni téléphone mobile, ni internet, ni télévision. Flora, l’héroïne, travaille dans un bar dans lequel les marins ne viennent pas pour une tilleul-menthe.
Filles et garçons se connaissent tous depuis le plus jeune âge. "Dans ce pays, le vent fait partie de la famille, il ne part jamais en voyage." Le romancier laisse au lecteur le choix d’imaginer les lieux. L’histoire pourrait se dérouler à Sein ou Molène ou au pays des Abers à une période où les habitants situés à dix kilomètres étaient considérés comme des étrangers alors que les Écossais ou les Irlandais font presque partie de la famille pour les marins. Quand Viviane, la fille de Flora, se rend à Brest, elle découvre la grande ville avec sa majestueuse rue de Siam.
Que la serveuse donne son nom à un bateau dirigé par son fiancé n’a rien de surprenant. Que ce chalutier ait été financé par le riche patron du pays n’a non plus rien d’étonnant. Seulement voilà, la jalousie, les rumeurs et la méchanceté se révèlent être des armes dévastatrices. L’histoire prend une autre tournure quand un marin danois, Hans Rosen, arrive dans la bourgade. L’originalité de ce roman tient au fait que l’intrigue n’a rien de palpitant et que l’auteur s’attache plus à décrire un univers. Le lecteur se prend au jeu et finit par découvrir un dénouement des plus surprenants. Idéal pour un Paris-Brest en train.
http://infos-75.com/ - 06/07/2012

- Les idées noires d’Hervé Jaouen
Déjà évoqué récemment dans ces colonnes avec "Ceux de Menglazeg", un drame social et familial mis en scène en Bretagne, Hervé Jaouen n’est surtout pas un auteur régionaliste même s’il met souvent sa région natale en avant. Il ne faut pas oublier qu’il a commencé sa carrière comme écrivain de polars reconnu et salué unanimement.
Les Presses de la Cité viennent de ressortir dans une édition économique deux de ses petits chefs-d’œuvre. "Flora des Embruns" est l’histoire d’une passion dans un port de pêche. Un pêcheur, meurtrier, disparu en mer quand sa femme était enceinte revient à l’adolescence de sa fille, décidé à se venger.
Dans "Le Fossé", un père écrit à sa fille juste avant de sortir de prison après avoir purgé sa peine pour avoir tué ceux qui s’en étaient pris à elle. Ce livre est époustouflant, violent, noir jusqu’au dénouement, d’une cruauté indicible.
Norbert ILLI – L’Union – 15/07/2012

- " Elle s’est retournée. Avait-elle rêvé ? Une silhouette ne venait-elle pas de disparaître, à la lisière du parking bitumé et de la pente rocheuse ? Depuis le début de la semaine, depuis que cette tempête d’été s’était levée, elle avait l’impression d’être suivie."
Qui est cet homme qui semble suivre Flora à la nuit tombante ? Celle qui, depuis plus de vingt que son mari a disparu lors d’un naufrage, va prier Notre-Dame des Péris-en-Mer pour que s’exauce son vœu : " Qu’il ne revienne jamais !" Qui est ce marin danois, barbu et le visage buriné par les intempéries qui occupe une chambre d’hôtel en face du café des Embruns ? Celui qui, mine de rien, interroge Viviane, fille délurée et rebelle de Flora, qui n’ignore rien du passé de sa mère ni du drame qui est lié.
C’est que dans le passé, la belle Flora, serveuse au café des Embruns, a fait jaser les marins et les autres, dans le petit port de pêche où chacun se connaît, s’épie, prêt à encenser un jour et à maudire le lendemain. Un port où règle Nonna, à qui, dit-on, aucune femme ne résiste. C’était avant. Quand Flora, jeune et belle serveuse, fiancée à Vinoc, avait dû repousser le séducteur qui lui inspirait plus de répulsion que d’attirance. "Qu’avait-il de plus que les autres, ce Nonna ? Son fric ? Sa faconde ? Ses maisons, ses bateaux, sa conserverie ? Son immortalité de requin des affaires ? Son physique ?"
Vinoc et Flora se marient. Le jeune marin est fou de sa femme. Aussi, quand peu après, il entend des sous-entendus sur sa fidélité, il voit rouge.
Il convainc son équipage de prendre la mer alors que la météo contraint tous les chalutiers à rester au port. Quel sera le sort du "Flora des Embruns" ?
Un drame psychologique aux accents envoûtants, porté par la plume poétique, juste et sensible d’Hervé Jaouen
OUEST-FRANCE – 08/07/2012

- Comme pour le roman du même auteur sorti en même temps (Le Fossé) la couverture est discrète et accrocheuse. On notera la reprise nuancée du bleu de la photo dans le lettrage du titre et le fond noir qui renvoie au genre dans lequel l’auteur s’est fait connaître. On souhaite longue vie à ce qui semble une nouvelle collection (ouverte ?).
Attention ! Si comme pour "Le Fossé" l’histoire racontée ici est en partie constituée de flash-back, elle n’est pas écrite dans le même ton, ni présentée de la même façon. Ainsi Hervé Jaouen prend la peine de nous prévenir : "Bien que le café des Embruns soit le fruit de mon imagination, il est probable que le long des côtes de France existent quelques dizaines de cafés, bars ou hôtels homonymes. Il va de soi que toute ressemblance…". Vous connaissez la suite. Cette histoire serait donc plus réaliste ( ?) en tout cas elle est écrite avec plus de poésies pour ce qui est des descriptions, des passages hors action. Une poésie noire qui souffre d’une certaine nostalgie d’un temps moins généreux en saisons touristiques. Un temps où les hommes avaient les mains calleuses. Flora a épousé Vinoc et baptisé le bateau de pêche dont il est capitaine pour le compte de Nonna le maître des pêcheries. Bien sûr Nonna le veuf aux mains fines et élégantes a séduit la belle Flora et Viviane la fille qui est née de ce rapport caché a eu Vinoc pour père officiel. Le Flora des Embruns a sombré avec son capitaine. Flora a hérité du Café des Embruns et d’une maison. Vingt ans plus tard alors qu’elle va prier tous les soirs pour que Vinoc ne revienne pas, un marin fatigué arrive au port. Il séduit Vivianne. La jeune fille est d’une rare vulgarité et réclame à sa mère sa part d’héritage.
Vous avez je pense deviné une partie de la noirceur de cette histoire, il vous reste à en découvrir la fin. Et à constater que l’auteur ne nous abandonne pas, nous lecteurs, dans un monde plus noir que le réel… Ses récits s’achèvent en happy end, pour les vivants.
Noé GAILLARD – Murmures Magazine –18/09/2012




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