Coup de chaleur

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1987 - Fleuve noir
2004 - Les Editions de la Chapelle - 9

Résumé

Boule à zéro et treillis, tu as entre 20 et 25, tu es français, brestois et chômeur, tu es un mec sportif et viril, militaire ou assimilable, nous voulons de toi pour un long entraînement et combats dans une discrétion réciproque, domination virile et obéissance au plus fort...
Nous sommes à Brest, le 14 juillet 1989. La Révolution a 200 ans. Mais qui parle de révolution ? Pas le maire d'extrême-droite récemment élu en tout cas. Il a passé la nuit à chiader son discours autour de lignes de force déjà éprouvées : travail, famille, patrie. La place de la Liberté grouille de monde, une foule bigarrée qui attend, impatiente. C'est que pour commémorer la prise de la Bastille, le maire a eu une idée de génie : faire disputer une course non-stop, par élimination, dont le premier prix est... un emploi municipal. Naturellement les concurrents sont tous chômeurs et... de nationalité française. Après tout, on achève bien les chevaux. Faites passer la civière, le thermomètre et la glace pilée. Du coup, le polar dérape carrément sur la magouille politico-sportive.
Claude PÉRIDY- Le Télégramme

Extrait

Les masses populaires s'étaient rassemblées place de la Liberté, attirées à la fois par la kermesse et par l'espoir qu'il y aurait une arrivée, un sprint final de toute beauté.
Des cris saluèrent le passage de Yellow-sub.
Pipi de chat à côté de ceux qui accueillirent Denis. Ils étaient tous là : le chef de section, le député social-démocrate, ses camarades colleurs. On avait rameuté. On avait sonné, téléphoné, frappé aux portes. L'ambiance était à la manif. Les supporters de Denis étaient innombrables. Un mot et ils avaleraient tout crus les gardes municipaux qui barraient l'entrée de la mairie, le slip humide.
En un tour, Denis était devenu le porte-drapeau, l'oriflamme, l'emblème des forces de progrès. Des groupes scandaient son nom, d'autres "e;MARTEAU, DEMISSION"...
Denis, soulagé de son hématome, avait retrouvé un moral et une santé à tout épreuve.
Il gratta Yellow-sub au début de la rue de Siam. Il lui prit cinquante mètres et garda la distance.
Des gusses venaient courir près de lui pendant quelques dizaines de mètres. Il sentit un parfum. Mireille ! Elle lui sourit et ils coururent de concert jusqu'à Recouvrance. Puis elle le laissa.
- Tu vas gagner, Denis ! cria-t-elle. - Et la litote ? dit-il. Tu ne perdras pas, Denis, murmura-t-il en rigolant.
Des gens partout. Le long du pont, à l'entrée de la passerelle, au bas de l'escalier...

Critiques

- Brest, 14 juillet 1989. Depuis quelques mois, le massif et inculte Charles Lecomte - dit Charles Martel - dirige la ville avec sa municipalité d'extrême-droite. "Le Prince", son principal conseiller, organise un marathon très particulier pour fêter le Bicentenaire de la Révolution. 200 concurrents participent à cette course. Le gagnant obtiendra un emploi à la mairie. Neuf hommes choisis par "Le Prince" ont bénéficié d'un super entraînement. Le probable vainqueur sera Yellow-sub, un paumé recalé de la Marine Nationale, bien préparé pour l'épreuve.
Denis, jeune militant de gauche déçu de la politique, est amateur de marathons. Il va courir par esprit sportif, plus que pour le poste promis au premier. Après un discutable discours sur la liberté, Charles Martel reçoit les notables. La course est lancée. Denis repère ses vrais adversaires : les expérimentés speedies, et un groupe de neuf hommes mesurant leurs efforts. Au fil des tours éliminatoires, le peloton diminue. Esprit simple, Yellow-sub admire la performance de Denis, qu'il trouve plutôt sympa. Quand ces derniers restent seuls en course, "Le Prince" s'inquiète...
Claude LE NOCHER

- Peu après les élections municipales de 1989 où le Front national fait une percée annonciatrice de ses futurs scores, Hervé Jaouen imagine que l'extrême-droite a pris la mairie de Brest. Pour cette nouvelle municipalité, comment commémorer le bicentenaire de la Révolution ? En mettant en pratique, de son point de vue, l'adage "un esprit sain dans un corps sain". Autrement dit en organisant un marathon dont le vainqueur gagnera un emploi de titulaire à la mairie. Cette épreuve déjà très particulière prend pour modèle les marathons de la danse de l'époque de la Grande Crise aux Etats-Unis (immortalisés par Horace MacCoy dans son roman On achève bien les chevaux). Le vainqueur sera celui qui restera le dernier debout. Afin que ce dernier ne soit pas un asocial plus ou moins communisant, ou pire, un immigré, les organisateurs recrutent et entraînent à la course à pied des crânes rasés chargés d'éliminer les gêneurs pendant la course... et de gagner. Malgré le trucage, un marginal finit par l'emporter et sa victoire déclenche des scènes d'émeute place de la Liberté.

- 14 Juillet 1989, Place de la Liberté à Brest : la nouvelle municipalité d'extrême droite organise une course jusqu'à l'épuisement : le dernier encore en lice gagnera un emploi. Mais au cours de la course, on comprend qu'elle est truquée.

- Retour au polar, ou plutôt au roman noir, avec Coup de chaleur, qui transpose sous un mode sportif dans la France contemporaine le célèbre On achève bien les chevaux. Un politicien d'extrême-droite organise un marathon sportif truqué. Mais c'est un gauchiste qui mène la course... Que faire sinon l'empêcher de gagner...
Très virulent et caricatural, mais il marque quelque peu le pas ; en quelque sorte, un livre sabbatique.
Jean-Pierre DELOUX - Le Polar régionaliste français (Polar n° 8 - décembre 1992)

- Si Hervé Jaouen est natif de Quimper, c'est à Brest qu'il situe Coup de chaleur (1987), petit roman qui se lit avec grand plaisir.
Claude LE NOCHER - Bibliopoche.com

- 14 juillet 89, mairie de Brest
Il s'en passe de belles dans le dernier polar d'Hervé Jaouen, l'écrivain d'Ergué-Gabéric. Vite fait, vite lu, "Coup de chaleur" (paru aux éditions Fleuve Noir) nous entraîne à Brest en plein drame politicien. Nous sommes le 14 juillet 1989. Pour fêter le bi-centenaire de la Révolution, le maire de la ville, façon extrême-droite, organise un marathon ouvert aux chômeurs. Le gagnant se verra offrir un poste d'employé communal. Mais la course est truquée.
"Toute ressemblance avec des personnes ayant existé, existant, et même susceptibles d'exister à Brest le 14 juillet 1989, serait pure coïncidence". L'avertissement d'usage étant posé, on n'a qu'une envie, c'est de raconter la trame de "Coup de chaleur" d'Hervé Jaouen et ses connotations locales.
Le maire de Brest, c'est Charles Lecomte. "Un mètre quatre-vingt-dix, cent huit kilos. Une masse. Un marteau-pilon qui, trente ans plus tôt, clouait les adversaires sur les planches graisseuses des rings de catch à quatre." Son nom de guerre c'est Charles Martel, "hommage rendu à son illustre prédécesseur qui avait arrêté les Arabes à Poitiers".
L'homme est vice-président et chef spirituel du Parti du Renouveau Français. Parachuté à Brest à la faveur des municipales de 89. "Il avait négocié avec ses partenaires de la majorité présidentielle cette sous-préfecture du bord de mer, historique et chrétienne, respectueuse des valeurs, résistante aux chancres gauchistes, homos et sexuels (...) une ville non encore gangrenée par l'affreux mélange des races et des couleurs de peau."
Et l'homme est élu avec 62,3 % des voix. Aussitôt, avec son équipe, il met bon ordre dans la ville de Brest : "Fermeture de tous les foyers : foyers de révolte, foyers de stupre, fumeries de hasch, Maison des jeunes et de la culture, foyer du travailleur immigré. Renvoyés à leurs chères études les animateurs socioculturels barbus et chevelus, les pouilleux de la culture, les sous-maos attardés."
En ce 14 juillet bi-centenaire de la Révolution, Martel a concocté un marathon pour chômeur. Celui qui aura éliminé tous les autres, qui arrivera le premier, aura droit à un poste d'éboueur. Mais les dés sont pipés. Le bras droit du maire a entraîné un commando spécial fait pour gagner. Son chef, c'est Yellow-Sub. Il a été recruté par petite annonce : "Boule à zéro et treillis, tu as entre 20 et 25 ans, tu es Français, Brestois et chômeur, tu es un mec sportif et viril, militaire et assimilable, nous voulons de toi pour un long entraînement et combats dans une discrétion réciproque, domination virile et obéissance au plus fort".
Le jour J, Yellow-Sub, crâne rasé, avale les kilomètres sur le pavé brestois. Il se retrouve au coude à coude avec un autre vainqueur potentiel. Denis, adhérent des Jeunesses socialistes. Denis, "c'était la tête et les jambes. Un mec qui lisait Gracq, Grenier, Perros et Le Clézio dans le texte et dans l'autobus mais qui, chaque dimanche matin et la plupart des soirs de la semaine, enfilait son jogging et ses Nike, et se tapait ses trente bornes, comme ça, comme d'autres font cent mètres pour aller au PMU et au muscadet-pastis".
Le récit du marathon de Brest, Jaouen le conduit à la manière d'un sprint. Dans cet univers de politiciens sordides, les coureurs finissent par incarner une sorte de pureté. Contre toute attente, Yellow-Sub va fraterniser avec Denis et mettre par terre la magouille de l'hôtel-de-ville.
Preuve que dans le roman noir, la morale existe. Et ce grâce à tous les "speedies de la courette". Ces drogués du macadam à qui Hervé Jaouen a dédié son "Coup de chaleur".
G. GUITTON - Ouest-France - 14/05/1987

- Voici quelques mois que l'inculte Charles Lecomte, personnage vil, dirige la ville de Brest avec ses comparses d'extrême-droite. Un surnommé "Le prince", son principal conseiller, lui a cogité un discours pour soi-disant commémorer le centenaire de la Révolution, car pour cela ils vont organiser un marathon très particulier, 200 concurrents, tous chômeurs, Français et surtout pas homosexuels vont y participer. Le prix unique en son genre sera un emploi dans la municipalité. Parmi ces concurrents se trouvent Denis qui va courir juste parce qu'il aime ce sport et un groupe de neuf hommes qui ont suivi un entraînement intensif sponsorisé par le maire et ses acolytes. Dès le début de la course le polar commence car au fil des tours éliminatoires, le groupe de coureurs diminue mais Denis tient toujours la tête du peloton, gagnera-t-il malgré les embûches ?
Un beau petit polar très drôle que j'ai lu avec passion. J'ai aimé l'amitié sportive qui se noue entre deux hommes pendant la course que l'auteur nous décrit très bien.
Lalyre - 20/05/2007

- Roman policier, "Coup de chaleur" se déroule à Brest, pendant les cérémonies du Bicentenaire de la Révolution. Pendant les festivités, le maire d’extrême droite de la ville, frappée comme tous les pays par un chômage sans précédent, organise une course sans fin, par élimination, dont le gagnant, c’est-à-dire le concurrent le plus résistant, obtiendra un emploi municipal.
Antoine de GAUDEMAR, in "Le goût de courir", Mercure de France, août 2011




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