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L'ALLUMEUSE D'ETOILES

Nouvelle parution aux Presses de la Cité le 26/08/2016

RALLUMER LES ÉTOILES

Réédition rime avec frisson, celui de rouvrir le dossier, de feuilleter le manuscrit, de se souvenir avec attendrissement qu’on utilisait de l’encre bleu des mers du sud, par coquetterie, à cette époque-là.

« A cette époque-là », c’est bien ce qu’il faut dire. Un roman est le fruit d’une longue fièvre inexplicable. La fiction, pendant des mois, devient la réalité de l’auteur. On se relit comme si le texte avait été écrit par un autre, et de même qu’on ne se permettrait pas de retoucher l’œuvre d’autrui, on écarte toute idée de corrections. Le roman appartient à un moment donné de votre existence, tant pis ou tant mieux si ensuite votre palette a changé.

Rééditer, c’est se demander : dans quel état second étais-je quand j’ai écrit ce livre ? Dans Le Monde d’hier, Stefan Zweig remarque : « Des innombrables énigmes insolubles de l’univers, c’est quand même le mystère de la création qui demeure la plus insondable et la plus mystérieuse. Une fois la création achevée, l’artiste ne sait plus rien de sa genèse. »

Tout de même, je retrouve quelques repères dans ma mémoire. Le défi que je m’étais lancé de relier une salle de bal rétro perdue dans les monts d’Arrée à l’univers clinquant du showbiz, et broder sur le mythe de Pygmalion. Pour le décor dont j’avais besoin à la fin de l’histoire, chercher dans le catalogue d’un voyagiste un club de vacances bien gratiné d’animations en tous genres. Le trouver en Turquie tel que je l’ai décrit, me condamner à y séjourner une semaine, et là, autre énigme insoluble de l’univers, tomber sur un animateur, gentil organisateur raté, en chair et en os le personnage qu’il me manquait. Appelons cela cadeau des dieux ou heureux hasard ; troublant, quoi qu’il en soit.

En relisant la correspondance, se rappeler aussi que le roman inspira une chanson mise en musique par Jo Privat junior et chantée par Muriel Demarchi, dite Bambolina. Cette valse lente fut enregistrée mais jamais diffusée.

Revoir dans le dossier ses gribouillis de recherche du titre, se remémorer le coup de chance de découvrir dans Les Mamelles de Tirésias, d’Apollinaire, ces variations étoilées : Ils éteignent les étoiles à coups de canon… Ils ont même assassiné les constellations… Il est grand temps de rallumer les étoiles. CQFT, ce qu’il fallait trouver.

Enfin, la bonne surprise du prix Populiste et le baptême du feu de sa remise, pendant le salon du livre de Saint-Etienne, devant un millier de personnes (venues assister à un spectacle, pas pour ma personne). Dans le bus qui nous ramenait à l’hôtel, François Cavanna, président du jury, se montra préoccupé par la dérive sémantique du mot « populiste », nuisible à la notoriété du prix. Ignorant que le populisme désignait à l’origine une école littéraire soucieuse de dépeindre le petit peuple , un certain nombre de personnes pensaient déjà, en 1996, à une récompense d’un goût douteux. A l’exception de La Croix, aucun média national ne reprit l’info, malgré les efforts de mon attachée de presse. Le plus bel hommage au roman fut suisse, signé Jean-Louis Kuffer, dans La Tribune de Genève. En 2012, le prix a été rebaptisé prix Eugène Dabit, du nom de son premier lauréat, pour L’Hôtel du Nord.

« Atmosphère, atmosphère… » Atmosphères du nord, de l’ouest et du sud opposées et entremêlées. Grâce à cette réédition, les étoiles d’un moment d’inspiration vont se rallumer dans le ciel du roman noir.

Hervé Jaouen

samedi 27 août 2016 à 10:19




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